Bruxelles, 10/05/2000 (Agence Europe) - Dans le prolongement des conclusions du Sommet de Lisbonne et dans l'optique du European Business Summit, qui aura lieu à Bruxelles du 9 au 11 juin prochains avec pour thème "Innovation et créativité"(voir EUROPE du 11 février p.16), le patronat européen (Unice) a présenté un "avant-goût", comme l'a qualifié son président le Baron Georges Jacobs, de son rapport benchmarking 2000 intitulé "Stimuler la créativité et l'innovation en Europe". Ce rapport est centré sur le développement des nouvelles technologies, du commerce électronique et d'Internet, sur les attitudes envers ces évolutions, sur la déréglementation et la libéralisation des marchés.
"Nous avons besoin de plus de réforme. Notre réunion de juin sera une opportunité unique pour les décideurs politiques, nationaux et européens, de témoigner leur intérêt et de partager leur point de vue sur les questions de l'innovation, des nouvelles technologies et du e-business avec les entrepreneurs européens", a déclaré le président de l'Unice au cours d'une conférence de presse donnée en présence du commissaire européen à l'Industrie Erkki Liikanen, vendredi dernier à Bruxelles. "En présentant notre étude sur le benchmarking 2000, nous avons essayé de présenter quelques éléments de comparaison entre l'Europe (mais aussi entre les pays de l'UE), le Japon et les Etats-Unis pour voir à quelle distance nous nous situons les uns des autres. Nous ne plaidons pas spécialement pour le système américain mais nous prenons acte de certains points qui sont intéressants dans l'American way of life: davantage d'initiatives, d'esprit d'entreprise et d'emplois. L'Europe doit réagir pour rattraper son retard", a commenté M. Jacobs en ajoutant: " Nous avons une dimension sociale, la diversité des cultures et des langues. Ceci est souvent présenté comme une faiblesse; or, c'est une plus-value dont il faut tirer parti. L'Unice attend de son sommet de juin un plus grand intérêt du monde des affaires pour l'innovation; c'est une question d'environnement, de décision", a conclu le Baron.
Très passionné par les questions d'Internet, le commissaire Liikanen a appuyé totalement le document patronal: " les indicateurs sont très importants pour la compétitivité, il faut en tenir compte et il est très important d'accroître l'usage de l'Internet et que tout un chacun puisse en bénéficier. Pour être les meilleurs au monde, nous devons être compétitifs ", a poursuivi le commissaire, pour qui le benchmarking est un outil efficace. Et d'expliquer: "Il faut doter au plus vite l'UE et ses Etats membres de références statistiques dans des matières où elles sont quasi inexistantes et difficilement comparables". Il est également très important que la société participe aux changements de Lisbonne. Il est très important que l'Unice travaille en ce sens. Ce genre de conférence est excellent pour tirer parti des expériences des autres, les meilleures comme les moins bonnes", a conclu Erkki Liikanen.
Le rapport 2000 sur le benchmarking a été réalisé par l'Unice pour alimenter le débat du Business Summit de juin. Par ce document d'information, l'Unice formule un ensemble de recommandations en relation avec les conclusions du Sommet de Lisbonne et étudie l'innovation sous tous ses angles. Le texte final sera disponible le 25 mai prochain. En attendant, Dirk Hudig, Secrétaire général de l'Unice, a relevé les points saillants du rapport, à savoir:
1. Coûts d'accès à Internet: ils sont prohibitifs en Europe. Sur une échelle, les Etats-Unis se placent à 30, le Japon à 54 et l'UE de 15 à 81. La Belgique avec 145 et le Luxembourg avec 152 se situent en bas de l'échelle. Par contre, la Finlande (42), la Suède (60) et la Norvège (60) se distinguent très positivement (il s'agit de pays où les télécommunications ont été libéralisées, précise un expert de l'Unice).
2. Capital-risque: l'UE ne témoigne d'aucune ambition dans ce domaine. Alors qu'aux Etats-Unis, les investissements ont triplé, entre 1994 et 1998, dans l'UE ils n'ont même pas doublé.
3. Inadéquation des qualifications en matière de technologies de l'information par rapport à l'offre d'emploi: il existe un manque total de main-d'oeuvre spécialisée et les projections pour 2003 indiquent une aggravation du retard européen par rapport aux Etats-Unis.
4. Délai pour mise sur le marché des produits. Il est plus long en Europe (il faut diverses autorisations réglementaires, l'environnement administratif est beaucoup trop compliqué) qu'aux Etats-Unis, surtout dans le domaine alimentaire. Mais l'UE des 15 se positionne bien dans le domaine médical et chimique;
5.Activités liées aux nouvelles technologies: les entreprises américaines ont quasi systématiquement le réflexe de nouer des alliances, contrairement aux entreprises européennes. Sur une échelle, le nombre d'alliances formées aux Etats-Unis en 1996 était de 413, au Japon de 77 et dans l'UE de 194.