Bruxelles, 01/03/2000 (Agence Europe) - A l'initiative de Patsy Sörensen (Verts/ALE, Belgique), qui prépare un rapport sur la lutte contre la traite des femmes (il sera discuté en session plénière du PE au mois d'avril), la commission des Droits des femmes a organisé une audition publique sur ce thème. L'objectif de Mme Sörensen était de recueillir l'avis d'experts mais aussi de victimes sur cette douloureuse question pour étoffer son rapport. Elle a saisi l'occasion pour demander à la Commission européenne de soutenir le Président Romano Prodi et son Commissaire à la Justice Antonio Vitorino lorsqu'ils estiment que la lutte contre la traite des femmes doit être une priorité politique de l'agenda européen.
Introduisant les travaux, la présidente de la commission parlementaire Maj Britt Theorin (PSE, Suède) a rappelé "tous les facteurs économiques, financiers, sociaux, politiques et juridiques qui accentuent cette forme moderne d'esclavage" et demandé de "rapprocher les législations pénales nationales afin d'établir un système approprié aux différents Etats membres pour remonter toutes les filières de ce crime honteux". Marco Gramegna (OIM - Organisation internationale pour l'immigration) a indiqué qu'il s'agissait "d'un problème mondial en augmentation en Europe" et que "les zones d'origine sont diversifiées: actuellement, les cas les plus nombreux proviennent d'Albanie, du Kosovo, du Nigéria, de la République dominicaine ainsi que d'Amérique latine et d'Asie". Willy Bruggeman (haut fonctionnaire d'Europol) a souligné que "face aux intérêts financiers et aux règlements de compte parmi les gangs, il y a, côté police, des carences de formation et une absence d'approche pluridisciplinaire". Jan Austad (d'Interpol) a attiré l'attention sur "les approches politiques qui diffèrent d'un pays à l'autre à l'égard de la prostitution, laquelle est indissociable du trafic des personnes.
Si la Convention des NU de 1949 bannit les deux formes d'exploitation, elle n'a pas encore été ratifiée par la majorité des pays pour des raisons politiques", a-t-il précisé. Enfin, Anita Hazenberg (expert au nom du Conseil de l'Europe et ancien officier de police aux Pays-Bas) a noté que la "police n'est ni équipée ni formée pour endiguer la violence envers les femmes. Dans ce domaine de l'action policière, "9% des officiers de police sont en Europe des femmes, et parmi elles, 90% ont été victimes de harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Ces chiffres donnent une idée du malaise éprouvé par une femme victime de violence vis-à-vis de la police où perdure une culture dominante machiste". C'est pourquoi Mme Hazenberg demande "aux eurodéputés d'exercer toute leur influence sur le Conseil et la Commission pour changer cet état de choses".