Bruxelles, 02/02/2000 (Agence Europe) - Nous ferons en sorte que le fonctionnement de la machine communautaire ne soit pas touché par ce qui se passe en Autriche, mais, alors que nous reconnaissons évidemment que l'Autriche a le droit de choisir son propre gouvernement, "nous avons le droit et le devoir d'exprimer notre avis" sur des événements importants qui affectent d'autres Etats membres de l'Union. "Ce qui vaut aujourd'hui pour l'Autriche vaudra demain pour tout autre pays de l'Union; je le répète: ce qui vaut aujourd'hui pour l'Autriche vaudra demain pour tout autre pays de l'Union". C'est ce que le Secrétaire d'Etat portugais aux affaires européennes Francisco Seixas da Costa a dit, au nom de la présidence du Conseil, mercredi après-midi au Parlement européen, qui avait sollicité une déclaration du Conseil et de la Commission au sujet de la position adoptée le 31 janvier par quatorze Etats membres de l'Union européenne concernant leurs relations bilatérales avec l'Autriche au cas où elle formerait un gouvernement dont ferait partie le FPÖ de Jörg Haider.
Le président du Conseil a précisé: personne ne doute de l'existence de la démocratie en Autriche, et la vérité électorale est là, mais nous regrettons la naissance d'un gouvernement où figure un parti dont les dirigeants ne donnent pas les garanties nécessaires du respect des valeurs essentielles qui sont à la base de l'unification européenne et auxquelles l'Autriche adhère. M.Seixas, qui a répété que la déclaration du 31 janvier se place dans un cadre très précis, celui des relations bilatérales (alors que le cadre communautaire comporte des "règles spécifiques"), s'est exclamé: Nous connaissons tous les prises de position de Jörg Haider et certaines idées de son parti, nous savons qu'il a "déculpabilisé le régime nazi", tenu des propos hostiles à l'égard des étrangers et adopté des "attitudes national-populistes qui rappellent d'autres temps". Par contre, il a poursuivi: "notre lecture commune" est qu'il faut continuer à défendre les valeurs essentielles qui sont à la base de la construction européenne et qui sont aussi "un cadre de référence" pour le comportement de l'Union européenne dans ses relations extérieures, dans le contexte en particulier des relations avec les pays candidats à adhérer et de la Politique étrangère et de sécurité commune. Le respect des droits de l'homme et des grands principes démocratiques, la lutte contre le racisme et la xénophobie ne sont pas l'affaire d'un seul pays, si ce pays appartient à une communauté dont les membres partagent un projet de civilisation et veulent créer un espace commun de liberté, justice et sécurité, s'est exclamé M.Seixas da Costa, en concluant: pour cette raison, je pense que nous avons le devoir de dire à nos amis autrichiens, comme nous le ferions avec d'autres, que leur choix de gouvernement ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur la manière dont nous organisons nos relations avec lui.
Le rôle de la Commission n'est pas d'isoler un Etat membre mais de le lier indissolublement
aux valeurs communes, a déclaré Romano Prodi
L'intervention du président du Conseil a été accueillie par des applaudissements nourris et prolongés, comme celle qui a suivi celle du président de la Commission. Romano Prodi a, après avoir rappelé que la Commission européenne avait pris mardi, "dans son autonomie", des décisions politiques d'une importance fondamentale, en partageant les inquiétudes des quatorze Etats membres, a voulu rappeler "ce qu'est, dans un moment comme celui-ci, le rôle politique de la Commission". Comme le Parlement, elle est une institution "supranationale" qui n'entretient pas de relations diplomatiques bilatérales avec les Etats membres; et "justement au moment où la cohérence, la continuité, la défense des valeurs apparaissent menacées, le rôle politique de la Commission devient plus évident", a dit M.Prodi, en rappelant que le Traité de Rome "ne prévoit aucune clause de sortie, ni volontaire ni forcée" pour un Etat membre, car au moment où chaque Etat membre adhère à l'Union, "il en accepte les principes fondamentaux jusqu'au fond et pour toujours". Les traités contiennent des "dispositions précises" afin d'assurer que ces principes sont respectés, et la Commission "abdiquerait à son propre rôle si elle cessait de maintenir des relations de travail avec l'Autriche comme avec tout autre Etat membre", a souligné M.Prodi. Et il s'est exclamé: "Lorsqu'un de ses membres est en difficulté, toute l'Union est en difficulté. Le devoir d'une institution supranationale forte n'est pas d'isoler un de ses membres, mais de le lier indissolublement à ses valeurs. La Commission se consacrera à cette tâche avec la plus grande ténacité". La Commission, qui est garante de l'état de droit, sera "inflexible" dans la défense des principes qui sont à la base de l'unification européenne, et "ne fût-ce que la plus petite infraction aux droits des personnes, de toute minorité, sera poursuivie par nous dans la forme la plus dure", a-t-il dit, en notant que, comme l'a dit un député d'un pays candidat, l'Europe "est une union de minorités". Liberté, droit, sécurité, paix. Ceci est ce que l'Union européenne a su garantir à ses citoyens dans le siècle qui vient de s'achever, et ce qu'elle veut offrir, dans le siècle qui s'ouvre, à ceux qui s'apprêtent à en faire partie, a conclu M. Prodi.
Le groupe PPE/Démocrates européens fait confiance aux "amis" de l'ÖVP, a dit M. Pöttering
Nous avons confiance dans nos amis de l'ÖVP, s'est écrié le président du groupe du PPE/Démocrates européens Hans-Gert Pöttering, en soulignant le rôle que Wolfgang Schüssel, avec Alois Mock, avait joué en faveur de l'entrée de l'Autriche dans l'Union européenne. N'insultons pas les électeurs autrichiens, a-t-il ajouté, tout en indiquant que les valeurs des pères fondateurs seront le critère selon lequel le groupe jugera le comportement du futur gouvernement autrichien: nous attendons de lui qu'il respecte la dignité de chaque personne et qu'il poursuive de manière conséquente la politique d'unification européenne, a-t-il dit, en remerciant par ailleurs la Commission pour son comportement "intelligent, équilibré" et respectueux des Traités. Nous voulons une Union de la tolérance, pas une Union de l'isolement", s'est exclamé l'élu de la CDU, qui a reproché (et a été hué lors de ce passage de son discours) à la partie de l'SPÖ "orientée vers les syndicats" d'avoir provoqué l'échec des négociations entre les sociaux-démocrates et les conservateurs par leur refus de faire figurer dans le programme gouvernemental un plan d'assainissement économique.
"Trois messages" des socialistes à l'opinion publique européenne - M. Cox a rappelé
que le groupe libéral avait expulsé le parti de M. Haider
Le président espagnol du groupe socialiste, Enrique Baron Crespo, a lancé trois messages à l'opinion publique européenne. "Nous exprimons notre soutien entier à la déclaration de la Présidence portugaise", a-t-il dit avant de condamner les injures proférées contre les gouvernements français et belge ainsi que contre les socialistes traités de "traîtres". "Un gouvernement doit avoir plus de courage plus de muscle", a-t-il affirmé à l'intention de la Commission en rappelant les propos du Président Prodi sur "le gouvernement européen". Il a aussi lancé un appel au "peuple autrichien (dont la grande majorité n'a pas voté pour M. Haider), pour qu'il reconsidère cette option". Il a demandé au PPE s'il entend prendre des mesures contre ses membres autrichiens s'ils persistent sur la voie de la coalition. Il a souligné la nécessité de s'élever contre "cette peste qui peut nuire à toute l'Europe et à l'élargissement". "C'est un grand jour pour la naissance d'une Europe politique", a-t-il ajouté.
"Nous avons fait l'expérience de la présence du FPÖ au sein du mouvement libéral et nous l'avons expulsé", a rappelé le président du groupe libéral, l'Irlandais Patrick Cox. "Ses talents, M. Haider les a mis au service de la xénophobie et de l'extrémisme", a poursuivi M. Cox avant d'ajouter: "Nous respectons le droit des Autrichiens à voter mais ici au Parlement européen notre devoir est de défendre les droits de l'homme et la démocratie. Nous soutenons l'esprit de l'initiative de la Présidence portugaise (…) même si je préfère avec M. Prodi la méthode communautaire et l'utilisation de l'article 6 et 7 du traité (...) Il faut éradiquer ce cancer. M. Schüssel va maintenant se lancer dans les bras d'un tigre politique. Nous ne devons pas aujourd'hui tolérer que l'on nous oppose pour nous faire taire une immixtion dans la politique nationale.
Le vert belge Paul Lannoye, co-président du groupe V/ALE, a dit qu'il s'agit, si la coalition en Autriche aboutit, d'un "premier pas vers la banalisation de la présence de l'extrême-droite au gouvernement" mais aussi "d'un signal négatif aux pays candidats" et d'une "régression politique" pour l'Europe. Et il a évoqué: "la menace d'une érosion lente des droits démocratiques". Et d'inviter le PPE à exercer les pressions nécessaires pour que cette coalition ne voit pas le jour. Au nom du groupe GUE/NGL, le communiste français Francis Wurtz a dit que "avec Haider, c'est l'extrême-droite ouvertement raciste" qui participerait aux réunions du Conseil. Son groupe soutient les prises de position de la Présidence portugaise et de la présidente du PE, alors qu'il critique l'attitude de la Commission faite, selon lui, "d'ambiguité et de complaisance". Pour l'UEN, Cristiana Muscardini (Alleanza Nazionale) a fustigé en revanche "l'ingérence grossière dans les affaires intérieures d'un Etat membre" et une "discrimination contre un peuple". "Nous ne sommes pas d'accord avec beaucoup de prises de position de Haider, comme la revendication du Haut Adige, mais l'autonomie et la souveraineté du peuple autrichien doivent être reconnues et respectées", a-t-elle expliqué. "Je crois que nous avons rendez-vous aujourd'hui avec l'hypocrisie", a dit le radical belge Olivier Dupuis (liste Bonino), en expliquant qu'il y a des risques mais aucune violation grave ou persistante permettant l'utilisation de l'article 6. "Le groupe EDD est inquiet", a dit le Britannique Jeffrey Titford. "Nous déplorons les références de M. Haider au troisième Reich mais aussi l'ingérence de l'UE dans la vie politique autrichienne", a-t-il précisé.