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Bulletin Quotidien Europe N° 13889
INSTITUTIONNEL / Budget

CFP 2028-2034 - les pays ‘frugaux’ apparaissent isolés à la table du Conseil de l'UE

Les ministres des pays de l’UE chargés des Affaires européennes ont étalé leurs divisions lors d’un débat public, mardi 16 juin à Luxembourg, au sujet du prochain budget de long terme de l’UE. Cette discussion, la première en Conseil des Affaires générales (CAG) sur la base de la proposition chiffrée (‘negotiating box’) dévoilée la semaine dernière par la Présidence chypriote (EUROPE 13886/1), se poursuivra en fin de semaine à Bruxelles à la table des chefs d’État ou de gouvernement.

Comme attendu, les pays dits 'frugaux', du Nord, ont exprimé un mécontentement commun quant au contenu de cette ‘nego box’, qui mise sur une réduction modérée du volume global du cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, de l’ordre de 2%. 

Pour nous, « cette proposition est clairement inacceptable », a tranché Gunther Krichbaum, le ministre adjoint allemand chargé des Affaires européennes. Évoquant « l’immense pression » pesant sur les budgets nationaux, ce chrétien-démocrate a appelé à des « coupes horizontales ».

Globalement, la Suède, les Pays-Bas, la Finlande, l’Autriche et le Danemark ont défendu une ligne similaire, quoiqu’avec un ton et des degrés de fermeté variables. La ministre suédoise, Jessica Rosencrantz, a été la plus véhémente, évoquant devant la presse sa « déception » et sa « frustration » au sujet de la copie chypriote.

Autre contributeur net au budget de l’UE, la Belgique s’est jointe, sur le sujet de l'ampleur des factures nationales, au club des ‘frugaux’, par la voix de son ministre, Maxime Prévot. « Clairement, une réduction de 2% est totalement insuffisante pour nous. Une augmentation de notre contribution européenne [risquerait d'avoir pour] corollaire d’amplifier davantage encore le déficit budgétaire structurel que la même Europe nous demande, à raison, de résorber promptement », a-t-il fait valoir. 

Les doléances ont aussi concerné les arbitrages sur le ciblage des coupes. Dans la ‘nego box’, les économies ont largement épargné la Rubrique 1 – où figurent les politiques agricole (PAC), de la cohésion et de la pêche –, mais pas le Fonds européen pour la compétitivité, ni le financement de la défense (Rubrique 2) ni l’action extérieure (Rubrique 3).

« Si nous avions la possibilité, aujourd’hui, de réinventer l’UE, de repartir de zéro, nous ne commencerions pas avec la PAC, mais par [le financement de] la compétitivité, de l’IA ou encore de la politique de défense », a tancé Gunther Krichbaum. « Cela ne signifie pas que la politique agricole n’est pas importante, mais qu’il faut hiérarchiser les priorités en conséquence », a-t-il précisé.

Du côté de la Commission, s'il a d’abord volé au secours de la Présidence chypriote, le commissaire européen au Budget, Piotr Serafin, y est ensuite allé de ses propres critiques. « La Commission ne peut pas rester indifférente à une baisse de 4% des dépenses en matière de défense et de compétitivité, à un moment où nous devons justement faire davantage ensemble », a-t-il pointé.

Bien qu’ils aient été parmi les plus bruyants autour de la table, les pays 'frugaux' - ou 'modernisateurs' du budget - ne sont pas moins apparus isolés. Ainsi, nombre de pays, parmi le groupe dit des 'Amis de la Cohésion', n’ont pas caché leur satisfaction que ces fonds en faveur des régions moins développées et de l'agriculture soient préservés, à l’instar de la Roumanie, de la Pologne, du Portugal, de la Grèce, de la République tchèque ou encore de la Croatie, de la Slovaquie et de la Bulgarie.

Le ministre français, Benjamin Haddad, s'est aussi félicité des arbitrages en faveur « des politiques communes de l’agriculture et de la pêche », qui sont « fondamentales » pour « la réduction de nos dépendances et pour la souveraineté alimentaire ». Il a néanmoins estimé qu'afin de trouver l’équilibre « entre le financement de nos ambitions et la maîtrise des contributions nationales », « des avancées sur le sujet des ressources propres » seront essentielles.

En la matière, aucun progrès n’a été observé, mardi, alors que le président du Conseil européen, António Costa, considère indispensable d'étoffer les ressources propres pour financer les priorités de l'UE.

En revanche, sur le volet ‘financement’ de l’équation budgétaire, plusieurs pays, dont la France, l’Italie et la Pologne, ont réitéré leur appel à supprimer les « rabais » dont bénéficient l’Allemagne, la Suède, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas. « On ne peut pas, d’un côté, appeler de ses vœux une modernisation du CFP et, de l’autre, appeler au maintien de ce mécanisme archaïque », a taclé Benjamin Haddad.

Globalement, les pourparlers ont paru dans l’impasse. « Nous pouvons discuter autant que nous voulons ici, mais à la fin, ce seront les chefs d’État ou de gouvernement qui se réuniront jusque tard dans la nuit (...) pour marchander - littéralement - et trouver un accord », a estimé le vice-premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel. (Clément Solal)

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