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Bulletin Quotidien Europe N° 13873
SÉCURITÉ - DÉFENSE / Otan

Les Alliés se penchent sur l'européanisation de l'OTAN

Les ministres des Affaires étrangères des pays de l'OTAN ont discuté, vendredi 22 mai à Helsinborg, de l'avenir de l'OTAN, alors que les États-Unis déroutent leurs alliés avec des annonces contradictoires quant à leur présence en Europe.

À l'issue de la réunion, le secrétaire général a expliqué que, dans un monde plus dangereux, les Alliés œuvraient activement à la construction d'une Alliance plus forte. Une Alliance où le partage du fardeau sera mieux réparti, où l’Alliance dépendra moins d’un seul membre - les États-Unis - et qui sera donc plus européenne. « Au moment où les États-Unis d'Amérique évaluent le niveau de leur engagement, de leur présence sur le continent européen, c'est précisément l'opportunité pour la France et pour les Européens d'y développer leur vision, d'y développer leurs capacités. Bref, d'européaniser l'OTAN », avait souligné le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à son arrivée à la réunion.

« Ce que vous verrez dans les années à venir, c'est un changement progressif et plus équilibré, où les Européens assumeront une plus grande responsabilité, tandis que les États-Unis resteront fermement ancrés dans l'Alliance transatlantique », a souligné le secrétaire général de l'organisation, Mark Rutte.

Alors qu'il y a quelques jours, les États-Unis avaient annoncé le retrait de 5 000 hommes d’Allemagne, annulé le déploiement de 4 000 hommes et indiqué qu'ils pourraient réduire les moyens mobilisés pour assister les nations européennes de l'Alliance en cas de crise majeure (EUROPE 13871/5), le président américain, Donald Trump, a déclaré, jeudi 21 mai, que son pays enverrait finalement « 5 000 hommes supplémentaires » en Pologne. Une annonce saluée par plusieurs Alliés.

Malgré ce revirement américain, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a mis en exergue que « l'Alliance s'accordait sur le fait que la présence militaire américaine en Europe allait être ajustée ». « Ce travail était déjà en cours et a été mené en coordination avec nos Alliés », a-t-il expliqué. Et de reconnaître : « Je ne dis pas qu'ils vont s'en réjouir, mais ils en sont certainement conscients ».

Plusieurs ministres ont admis que ces réductions d'effectifs américains étaient largement anticipées et affirmé que le plus important était que cela se fasse de manière structurée.

Selon le secrétaire général de l’OTAN, pour que l'Alliance reste prête à assurer la dissuasion et la défense de ses membres, il est nécessaire d’investir dans la défense, de développer les capacités nécessaires et de maintenir le soutien à l'Ukraine.

Ainsi, alors que les Alliés se sont engagés à dépenser plus en défense lors du Sommet de La Haye en juin 2025, les financements doivent désormais se concrétiser en équipements. « Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de produire aujourd'hui les munitions nécessaires pour répondre aux besoins futurs. C'est un problème qu'il faut résoudre », a reconnu Marco Rubio, promouvant la coopération. « C'est essentiel non seulement pour la production, mais aussi pour l'interopérabilité », a-t-il expliqué.

Pour tenter de remédier aux difficultés de production, « un débat intense est en cours entre l'industrie de la défense et le secteur financier afin de garantir que tous prennent les mesures nécessaires pour accroître la production, non pas en augmentant les prix, mais en produisant davantage », a souligné M. Rutte, rappelant que ce sujet sera l'une des priorités du Sommet d’Ankara.

Ukraine. Jeudi, les ministres s’étaient réunis avec leur homologue ukrainien pour discuter du soutien à l’Ukraine.

« Nous devons nous assurer qu'ils disposent des ressources nécessaires pour poursuivre le combat. Et cela passe aussi par des financements. Et veiller à ce que cet argent et ce soutien soient répartis aussi équitablement que possible entre les Alliés », a expliqué M. Rutte, regrettant qu’actuellement, « seuls six ou sept Alliés fournissent l'essentiel de l'effort ».

« Avant le sommet d'Ankara, nous espérons qu'un instrument sera mis en place pour répartir équitablement et de manière responsable le soutien à l'Ukraine. Ce soutien ne peut être laissé à la charge de quelques Alliés seulement », a déclaré le Lituanien Kęstutis Budrys. Mercredi, M. Rutte avait reconnu que sa proposition de soutien à hauteur de 0,25% du PIB de chaque Allié n’avait pas fait consensus.

Par ailleurs, le secrétaire général de l’OTAN a annoncé que, comme à La Haye, il avait invité le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à participer au Sommet d’Ankara. « Il sera là », a-t-il précisé. 

Moyen-Orient. Les ministres ont également discuté de la situation dans le détroit d’Ormuz. Jeudi, avant son arrivée en Suède, le secrétaire d’État américain avait critiqué les pays de l’OTAN, qui « refusent de faire quoi que ce soit » en soutien aux États-Unis dans la guerre avec l’Iran.

« Je pense que les Européens ont bien compris le message », a répondu M. Rutte vendredi, expliquant que de nombreux pays européens s'assuraient de prépositionner certains de leurs navires et équipements essentiels à proximité de la zone d'opérations, par exemple du matériel de déminage, des navires de déminage et des systèmes de déminage automatisés. « Ainsi, lors de la prochaine phase, nous pourrons apporter une aide maximale aux États-Unis en tant qu'Alliés européens afin de garantir la liberté de navigation », a-t-il promis. « Les défis sécuritaires sont de plus en plus interdépendants et les alliés et les partenaires ont tout intérêt à travailler en étroite collaboration et de manière proactive », a ajouté le secrétaire général. 

Arctique. Par ailleurs, à l’issue d’une réunion en marge de la ministérielle, les Alliés de l'Arctique - le Canada, le Royaume du Danemark, « y compris le Groenland et les îles Féroé », la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Suède et les États-Unis - ont estimé que « face aux nouvelles perspectives et aux nouveaux défis qui se présentent », une coopération étroite entre ces pays en matière de sécurité et de développement économique dans l’Arctique était « plus importante que jamais ».

Ils ont chargé leurs experts de renforcer leur coordination sur les questions de développement économique et de l’exploitation des ressources dans l’Arctique, « notamment la sécurité de la recherche, le contrôle des investissements et la modernisation et la protection des infrastructures essentielles ».

Les Alliés ont aussi rappelé qu’ils renforçaient leur présence militaire, leurs capacités de surveillance et leurs exercices communs dans l'Arctique et le Grand-Nord, en agissant « de manière coordonnée et progressive ». (Camille-Cerise Gessant)

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