Onze ans après le dernier sommet UE/Mexique (EUROPE 11334/10), la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, et les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Conseil européen, António Costa, ont signé, vendredi 22 mai à Mexico, un accord de coopération modernisé ainsi qu'un accord commercial intérimaire, qui ouvrent « un nouveau chapitre » dans le partenariat stratégique entre l'Union européenne et le Mexique, initié en 2000 (EUROPE 13869/2).
Exprimant leur « inquiétude vis-à-vis des tensions géopolitiques croissantes » dans le monde, les deux partenaires réaffirment leur engagement en faveur du multilatéralisme et d'un ordre international basé sur des règles. La veille, devant le Sénat mexicain, M. Costa avait estimé que l'UE et le Mexique, pays membre du G20 et de l'OCDE, pourraient s'allier en faveur d'« une réforme de l'ONU qui préserve les principes fondamentaux de l'ordre international ».
Sur le plan commercial, les deux partenaires se félicitent des progrès accomplis en vingt-cinq ans. Le commerce bilatéral reste à l'avantage des Européens, qui exportaient vers le pays d'Amérique centrale pour 53 milliards d'euros de marchandises (chiffres de 2025) et 20,3 milliards d'euros de services (2024) alors que les Mexicains exportent vers l'UE pour 33,8 et 9,4 milliards d'euros respectivement de marchandises (2025) et de services (2024).
Le Mexique est le deuxième marché d'exportation de l'UE en Amérique latine, après le Brésil, tandis que l'UE est le deuxième marché d'exportation des produits mexicains, après les États-Unis.
Nouvelle impulsion aux échanges commerciaux. L'accord commercial intérimaire, qui s'appliquera une fois que le Parlement européen et le Mexique l'auront approuvé, entend donner un coup de fouet aux échanges commerciaux.
D'après une fonctionnaire européenne, les droits de douanes appliqués aux produits européens vont presque disparaître pour plusieurs denrées alimentaires comme le porc (hors filets de porc), les produits laitiers (à concurrence de 50 000 tonnes pour le lait en poudre, et de 2 500 tonnes pour le beurre), certains fruits (pommes et pêches au sirop), les œufs et les pâtes. Taxées jusqu'à présent à 100%, les cuisses de poulets européennes entreront au Mexique libres de droit à concurrence de 20 000 tonnes.
En outre, 232 boissons alcoolisées européennes et 336 indications géographiques protégées dans l'UE seront ajoutées à la centaine de spiritueux européens déjà protégés.
Du côté mexicain, le café, les fruits, le chocolat et le sirop d'agave sont les produits qui bénéficieront le plus d'une ouverture commerciale supplémentaire, d'après cette fonctionnaire.
L'accord commercial intérimaire prévoit également une ouverture accrue des marchés publics mexicains ainsi que des secteurs numériques et des télécommunications. Est aussi mise en avant la création de règles du jeu équitables en matière d'accès aux matières premières (spath fluor, antimoine, cuivre, zinc, plomb) que le Mexique fournit à l'UE.
Interrogée sur de possibles réexportations de voitures électriques chinoises présentes sur le marché mexicain, cette fonctionnaire européenne a indiqué que cette question a été traitée en conservant les dispositions sur les règles d'origine des produits inscrites dans l'accord signé en 2000. « Nous pensons que nous avons des règles robustes en place et sommes confiants dans le fait qu'elles empêcheront l'entrée détournée de produits chinois », a-t-elle souligné.
A contrario, l'exportation de pièces détachées automobiles par l'UE sera facilitée avec l'alignement du Mexique sur des normes internationales reconnues (tests UNECE).
Par ailleurs, l'accord commercial contient une clause relative au développement durable, qui vise à faire respecter les droits du travail, la protection de l'environnement, l'Accord de Paris sur le climat et la responsabilité sociale dans la conduite des affaires. Est également annexée à l'accord commercial une déclaration commune sur le rôle des femmes dans le domaine commercial.
Vendredi, en marge du Conseil 'Commerce' (EUROPE 13873/3), le ministre chpyriote du Commerce, Michális Damianós, a estimé que le début de l'application provisoire de l'accord commercial UE/Mercosur ainsi que la signature de l'accord commercial intérimaire entre l'UE et le Mexique constituent « un jalon important dans l'agenda de diversification » commerciale de l'UE.
Lancement de dialogues sectoriels. Le sommet UE/Mexique a également été l'occasion d'annoncer le lancement de nouveaux dialogues sectoriels.
La veille, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, et le ministre mexicain des Affaires étrangères, Roberto Velasco, avaient initié un dialogue sur les enjeux politiques internationaux.
« Lorsque l'UE et le Mexique votent aux Nations unies, nous défendons les mêmes principes et les mêmes valeurs. Cela revêt plus d'importance que jamais, alors que la coercition économique et les perturbations des chaînes d'approvisionnement deviennent la nouvelle norme », avait déclaré Mme Kallas.
Elle a confirmé avoir abordé avec son homologue mexicain la crise politique et économique à Cuba où, selon elle, « la répression politique doit cesser, tout comme l'emprise [du régime cubain] sur l'économie ». Dans leur déclaration commune, l'UE et le Mexique expriment néanmoins leur « solidarité humanitaire vis-à-vis du peuple cubain ».
Par ailleurs, les deux partenaires s'engagent à approfondir la coopération dans la recherche, la lutte contre les dérèglements climatiques et la protection de la biodiversité. Des dialogues sectoriels seront aussi lancés dans la santé, notamment dans la recherche vaccinale et la prévention des épidémies, dans le secteur énergétique ainsi qu'en matière de sécurité et de migration.
Enfin, un dialogue sectoriel sera lancé dans le domaine de la sécurité et de la migration, l'UE et le Mexique soulignant « l'importance de la coopération policière et judiciaire internationale dans la lutte contre la criminalité organisée et le trafic illicite de stupéfiants, dans le cadre d'une approche globale qui s'attaque également à la demande de drogues et aux méfaits liés à la consommation de drogues ».
Voir la déclaration UE/Mexique : https://aeur.eu/f/m0k
Voir une évaluation qualitative par la Commission de l'accord modernisé : https://aeur.eu/f/m0l
À noter qu'une délégation de 40 eurodéputés se rendra à Mexico du mardi 26 au jeudi 28 mai pour y tenir un dialogue parlementaire avec leurs homologues mexicains. (Mathieu Bion)