Réunis en format 'Eurogroupe élargi', les ministres européens des Finances ont évoqué, en visioconférence, vendredi 27 mars, l'impact macroéconomique pour l'Union européenne de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.
Dans un souci de coordination, ils ont estimé que les mesures d'urgence que prennent des États membres pour soutenir les ménages et les entreprises doivent être temporaires, ciblées et en phase avec l'objectif à long terme de décarbonation de l'économie.
La guerre au Moyen-Orient « commence à transmettre ses effets à l'économie réelle en augmentant les coûts opérationnels des entreprises et les factures énergétiques des ménages », a déclaré le président de l'Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, à l'issue de la réunion. Une telle situation « crée des pressions inflationnistes et ralentit la croissance à travers l'Europe », a-t-il ajouté.
Malgré l'incertitude quant à la durée et l'intensité de la crise économique, le commissaire européen chargé de l'Économie, Valdis Dombrovskis, a été en mesure de chiffrer l'impact économique pour l'UE.
« Nous risquons de subir une 'stagflation', à savoir une situation où un ralentissement de la croissance coïncide avec une poussée de l'inflation », a-t-il noté. Il a présenté un scénario élaboré par la Commission européenne selon lequel, si la guerre prend fin rapidement, la croissance en 2026 serait « inférieure de 0,4% du PIB » par rapport aux prévisions économiques d'automne (1,2% du PIB pour la zone euro, 1,4% pour l'UE - EUROPE 13753/12). Si la guerre se prolonge, le ralentissement de la croissance atteindrait « 0,6% du PIB en 2026 et en 2027 ».
Quant au directeur exécutif du Mécanisme européen de stabilité (MES), Pierre Gramegna, qui s'exprimait sur la base de discussions avec des acteurs financiers, il a considéré que, « même si la guerre se termine aujourd'hui », ses conséquences macroéconomiques se feront sentir au moins sur l'année 2026, avec des prix énergétiques élevés et un regain d'inflation, « une croissance inférieure à 1% du PIB pour la zone euro » et un renchérissement des coûts d'emprunt pour les États membres.
Malgré les nuages noirs qui s'accumulent, les conditions ne sont pas réunies pour déclencher la clause dérogatoire générale du Pacte de stabilité et de croissance, comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid-19 en 2021. « Les analyses montrent que nous n'en sommes pas là : le ralentissement n'est pas une grave récession », a fait valoir M. Dombrovskis.
Calibrage des mesures d'urgence. Pour affronter la crise qui vient, plusieurs États membres, comme l'Espagne (EUROPE 13833/1), ont adopté des mesures dont l'ampleur dépend de la marge de manœuvre budgétaire dont ils disposent.
Considérant que l'UE était « mieux préparée » par rapport au choc inflationniste de 2022 provoqué par l'agression militaire russe de l'Ukraine, grâce notamment à une réduction de sa dépendance aux énergies fossiles, M. Pierrakakis a énuméré des critères pour guider les États membres dans l'élaboration de mesures budgétaires adéquates.
« Ces mesures doivent être ciblées, justes, efficaces et donner la priorité aux ménages et aux entreprises les plus vulnérables. Elles doivent être appliquées rapidement, mais demeurer temporaires, de façon à affronter la crise sans créer des problèmes nouveaux et plus importants à l'avenir », a-t-il détaillé. Et de souligner l'importance de garder à l'esprit « la transition énergétique et l'indépendance énergétique », deux objectifs stratégiques de l'UE.
Conformément à la requête du Conseil européen (EUROPE 13832/1), la Commission fera « des propositions qui imposeront des taux d'imposition plus bas sur l'électricité » afin que ces taux soient inférieurs à la taxation des énergies fossiles, a indiqué M. Dombrovskis. Le système 'ETS' d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre sera également « modernisé » pour revoir la trajectoire de sortie des quotas gratuits et renforcer la force de frappe de la réserve de stabilité du marché.
La Commission a mentionné, à juste titre, que des pays comme « l'Espagne et le Portugal » sont moins touchés par la crise parce qu'ils ont fortement augmenté leur production d'énergie renouvelable, a noté M. Gramegna.
Il ne fait guère de doute que les mesures budgétaires que prendront les pays de la zone euro en réponse à la crise auront un effet de nature expansionniste sur l'orientation budgétaire au niveau de l'Eurozone, alors que celle-ci devait être neutre en 2026.
Les ministres des Finances et de l'Énergie des pays du G7 se réuniront, lundi 30 mars, à l'invitation de la Présidence française. (Mathieu Bion)