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Bulletin Quotidien Europe N° 13698
REPÈRES / Parlement europÉen

La présidente de la Commission invitée à donner des gages à la majorité 'von der Leyen', malmenée par sa propre famille politique (2/2)

En un an, la majorité 'von der Leyen' au Parlement européen a  été confrontée plusieurs fois au cavalier seul du groupe chrétien-démocrate (PPE), dont les positions ont été approuvées grâce au soutien des conservateurs et des europhobes (EUROPE 13697/1). Cela s'est vu sur la position du PE vis-à-vis du Venezuela, sur la mise en œuvre du règlement 'lutte contre la déforestation importée' ou le lancement des travaux du comité d'éthique européen.

Combien de temps les groupes social-démocrate (S&D) et de centre droit (Renew Europe) seront-ils encore prêts à subir l'humiliation d'être mis en minorité par la famille politique avec laquelle ils sont censés trouver des compromis permettant de consolider la construction européenne ?

« La confiance entre les forces pro-européennes et démocratiques est plus que jamais mise à mal », a mis en garde la présidente du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García Pérez, lors du débat sur la motion de censure visant la Commission 'von der Leyen II', début juillet à Strasbourg.

Les eurodéputés sociaux-démocrates et de centre droit s'attendent à ce que le discours sur l'état de l'Union, que prononcera Mme von der Leyen mercredi 10 septembre Strasbourg, constitue un moment de clarification. « La présidente de la Commission doit comprendre que nous ne fermerons pas les yeux sur le double jeu joué par le groupe PPE », a indiqué Mme García Pérez, réclamant des « signes clairs d'engagement » en conformité avec les priorités de sa famille politique, parmi lesquelles « la justice sociale et la transition écologique ». Vendredi 29 août, elle a réclamé une nouvelle « plateforme » de coopération entre les forces pro-européennes.

Chez les écologistes, l'Allemande Terry Reintke a préconisé des « signes sérieux et crédibles » démontrant que la Commission est « prête à changer de cap ». Même tonalité chez la présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, pour qui le discours sur l'état de l'Union constituera « un moment décisif » devant « marquer un changement dans le style de leadership – passant de l'unilatéralisme au partenariat – et réaffirmer la force du centre pro-européen ».

Difficile de savoir dans quelle mesure Mme von der Leyen approuve le positionnement politique assumé du président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber. Lors du débat sur la motion de censure, focalisant son intervention sur le rejet des europhobes et des conspirationnistes, elle a pu constater que la majorité l'ayant élue est au bord de la crise de nerfs.

Dans son discours sur l'état de l'Union, elle devra convaincre les députés des bienfaits de l'accord commercial agréé fin juillet avec les États-Unis sur le parcours de golf écossais de Donald Trump (EUROPE 13694/15). Ses arguments devront aller au-delà du fait qu'un accord, même déséquilibré, serait meilleur pour les entreprises européennes en termes de prévisibilité que l'incertitude liée aux tensions commerciales persistantes. On commence à lire, ici ou là, que l'incapacité de l'UE à établir un rapport de force, en réponse aux pratiques coercitives américaines, pourrait s'avérer préjudiciable lors de négociations commerciales ultérieures avec d'autres partenaires. Il faudra également vérifier ce que vaut outre-Atlantique la parole donnée, alors que Donald Trump menace à nouveau de sanctionner les juridictions qui réglementent les services numériques.

L'exercice de conviction de Mme von der Leyen ne sera pas chose facile, à en croire certaines réactions à chaud d'eurodéputés. Le social-démocrate allemand Bernd Lange, qui préside la commission du commerce international du PE, a déploré « l'asymétrie gravée dans le marbre » dans les futures relations commerciales transatlantiques. L'attitude des eurodéputés sur la proposition de la Commission européenne visant à réduire les tarifs douaniers qu'applique l'UE à des produits industriels et agricoles américains, condition à la réduction des droits de douanes américains sur les exportations de voitures européennes, sera révélatrice de la perception qu'a le Parlement de la façon dont la Commission a négocié l'accord commercial avec Washington (EUROPE 13697/4).

Pour tenir sur la durée, la présidente de la Commission serait aussi bien inspirée de donner des gages à l'aile progressiste de l'hémicycle sur le maintien de l'ambition climatique de l'UE, le progrès social, la justice fiscale ou la lutte contre la crise du logement. En prenant pour conseiller l'ancien coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, la 'Spitzenkandidat' du parti PPE n'avait-elle pas loué le rôle des écologistes dans la formation d'une majorité pro-européenne ? Ou s'agissait-il uniquement d'une manœuvre pour sécuriser sa réélection ?

En juillet 2024, Mme von der Leyen avait demandé que « le bain de sang » cesse à Gaza. Un an plus tard, force est de constater que la tuerie et la destruction des infrastructures civiles se poursuivent dans l'enclave palestinienne. Dénoncée par de nombreux diplomates européens, la réticence de l'UE à prendre des mesures en réaction aux violations répétées du droit international par Israël est consternante. Durant l'été, les groupes La Gauche, S&D et Verts/ALE du PE ont exhorté la Commission à agir, bien au-delà de la timide proposition de suspendre partiellement la participation d'Israël au programme Horizon Europe. Il est temps que la Commission, garante du respect des traités européens, place les États membres face à leurs responsabilités.

La rentrée politique des institutions européennes sera mouvementée. Déjà, la gauche radicale, qui n'avait pas soutenu la mise en place de la Commission 'von der Leyen II', a annoncé le dépôt en septembre d'une nouvelle motion de censure. Sa coprésidente, la Française Manon Aubry, accuse Mme von der Leyen d'avoir accepté un accord commercial ayant « vassalisé » l'UE à l'Amérique de Donald Trump.

Reste qu'il semble difficile de faire de la censure de la Commission européenne un projet politique, si ce n'est pour paralyser l'action des institutions de l'UE et ajouter de l'incertitude dans un environnement géopolitique dans lequel l'UE peine à surnager. Si la Commission tombe à la faveur d'une alliance contre nature entre la gauche et l'extrême droite, l'échec serait certes un coup d'arrêt humiliant pour Mme von der Leyen.

Mais pour mettre quoi à la place ? Se mettrait alors en place un nouveau processus de désignation de nouveaux commissaires européens par les États membres. À peu de choses près, la couleur politique du Collège désigné demeurerait inchangée et son agenda politique, soutenu par les mêmes gouvernements nationaux, ne serait pas bouleversé. Il s'agirait donc de mener presque la même politique avec de nouvelles têtes. L'UE serait à nouveau empêtrée dans ses querelles internes pendant six mois supplémentaires, loin des préoccupations quotidiennes des citoyens européens.

Mathieu Bion

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