La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a estimé, vendredi 29 août, que les fonds de la 'Facilité européenne pour la Paix' (FEP) à destination de l’Ukraine - 6,6 milliards d'euros -, bloqués depuis plusieurs années par la Hongrie, pourraient servir à l’initiative PURL (Prioritised Ukraine Requirements List - Liste des besoins prioritaires pour l'Ukraine) de l’OTAN, qui soutient l'envoi d'armes létales américaines vers l'Ukraine grâce à un financement des autres Alliés.
« Nous devons continuer à intensifier (notre soutien à l'Ukraine). La Facilité européenne pour la paix peut fournir des fonds pour soutenir cet effort. Elle peut rembourser aux États membres les achats d'armes destinés à l'Ukraine, notamment pour soutenir l'initiative PURL. Le blocage persistant de la FFEP n'est donc pas justifié. Il est important de résoudre rapidement ce problème pour la collaboration entre l'Europe et les États-Unis en faveur de l'Ukraine, », a souligné Mme Kallas à l'issue de la réunion informelle des ministres européens de la Défense à Copenhague.
Si, jusqu'à présent, les solutions présentées aux Hongrois n'ont pas obtenu leur faveur, cette fois-ci, selon Mme Kallas, cela pourrait être différent. Rappelant que les Hongrois font souvent référence aux efforts de paix du Président américain, Donald Trump, elle a estimé que cette initiative PURL y participait.
A son arrivée à la réunion informelle, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, avait annoncé que son pays fournirait à l'Ukraine 100 millions d'euros supplémentaires d'aide en 2025 dans le cadre de PURL, et son homologue lituanienne, Dovilė Šakalienė, avait expliqué que son pays allait contribuer à l'acquisition de systèmes Patriot pour Kiev.
Depuis le sud de la France, les dirigeants francais et allemand ont aussi annoncé, dans une déclaration commune, que leurs pays fourniraient une défense aérienne supplémentaire à Kiev et pousseraient leurs alliés et partenaires à faire de même. Ils ont aussi promis d'augmenter les achats de biens de défense produits en Ukraine pour répondre aux besoins des forces armées ukrainiennes.
Soutien au modèle danois. Au-delà du soutien militaire direct, plusieurs délégations ont, selon différentes sources, mis en avant la nécessité de développer le modèle danois. Ce modèle consiste à financer directement des entreprises de la défense ukrainienne et évolue également vers la création, dans l’UE, d’industries de la défense ukrainiennes.
« Trop peu de pays contribuent de manière significative au développement de l'industrie ukrainienne. Le Danemark a montré la voie avec un excellent modèle, qui bénéficie d'un fort soutien international. Ce qui nous manque, c'est davantage de financement », avait regretté le ministre danois, Troels Lund Poulsen, à son arrivée. « Le modèle danois s'est avéré très utile. Il semble que l'industrie de défense ukrainienne puisse absorber des milliards d'euros, ce qui constituerait également un bon moyen d'accroître le soutien européen aux Ukrainiens, dont ils auront besoin pendant un certain temps », a ajouté son homologue suédois, Pål Jonson.
Actuellement, l'industrie ukrainienne aurait 17 milliards de dollars de capacités de production inutilisées sur une capacité de 40 milliards.
Large soutien pour le déploiement d'EUMAM en Ukraine en cas de cessez-le-feu. Les ministres ont également discuté des garanties de sécurité que l’UE pourrait apporter à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu. Parmi elles : la mission de formation de l’UE, EUMAM Ukraine, qui pourrait se déployer sur le sol ukrainien (EUROPE 13521/5).
Selon la Haute Représentante, l'élargissement du mandat de la mission afin de fournir des formations et des conseils en Ukraine après toute trêve a reçu un « large soutien » des États membres.
« Nous sommes le principal fournisseur de formation pour l'armée ukrainienne. Nous avons formé plus de 80 000 soldats à ce jour et nous devons être prêts à en faire davantage. Cela pourrait inclure le déploiement de formateurs européens en Ukraine et dans les académies et institutions militaires », a expliqué Mme Kallas. Cependant, selon des sources, alors qu'aucun État membre ne se serait fermement opposé à la modification du mandat, certaines délégations auraient souligné la sensibilité du sujet.
La Haute Représentante a reconnu que les États membres n'étaient pas tous d'accord sur la façon d'opérer. « Certains disent que nous devrions le faire après (un cessez-le-feu, NDLR), mais nous pouvons aussi le faire de manière conditionnelle, afin que nous soyons déjà d'accord sur la manière dont nous modifions le mandat, de sorte qu'il soit conditionnel à l'entrée en vigueur du cessez-le-feu ou de la trêve, au moment où cela est réellement nécessaire ».
Plusieurs ministres ont publiquement apporté leur soutien à cette possibilité. « Je pense que c'est une bonne chose (de modifier le mandat), car cela ouvre un plus large éventail d'options », a expliqué le ministre néerlandais, Ruben Brekelmans, tout en précisant que la décision de permettre une formation en Ukraine et celle de participer en tant que pays étaient des sujets distincts.
Les ministres baltes ont souligné que les pays seraient prêts à participer à de la formation en Ukraine. Selon l'Estonien Hanno Pevkur, « les Ukrainiens doivent d'abord s'y préparer ». « Il ne s'agit pas seulement d'envoyer des gens. Il s'agit d'une opération logistique et sécuritaire de grande envergure. Même en cas de cessez-le-feu, on ne sait jamais quand la Russie le rompra », a-t-il expliqué.
De son côté, la Coalition des pays volontaires devraient une nouvelle fois s'entretenir en fin de semaine prochaine sur les garanties de sécurité qu'ils pourraient fournir à l'Ukraine.
Renforcer la pression sur Moscou. Plusieurs ministres et Mme Kallas ont également évoqué la nécessité de renforcer la pression sur la Russie.
Dans une déclaration de la Haute Représentante soutenue par 26 États membres – la Hongrie mise à part -, l’UE a dénoncé l’attaque dans la nuit du 27 au 28 août sur l’Ukraine, qui a fait au moins 23 morts et endommagé, notamment, les batiments de la délégation de l’UE à Kiev. « Nous condamnons fermement les attaques continues de la Russie contre les civils et les infrastructures civiles, qui constituent une escalade délibérée et compromettent les efforts de paix », a souligné Mme Kallas.
« Ces crimes ne font que renforcer notre détermination à soutenir l’Ukraine et son peuple dans leur défense contre la Russie et dans leur quête d’une paix globale, juste et durable », a-t-elle expliqué, prévenant que l’UE poursuivrait et renforcerait son soutien global à l’Ukraine sur tous les fronts, « notamment en accélérant les travaux sur le 19e paquet de sanctions ». Ce nouveau paquet devrait être présenté début septembre.
La pression exercée sur la Russie sera discutée ce samedi 30 août par les ministres des Affaires étrangères européens, eux aussi réunis informellement à Copenhague. « Plusieurs options sont sur la table. Bien sûr, ce qui fera le plus de mal (à la Russie), ce sont les sanctions sur l'énergie et toutes les sanctions secondaires imposées par les Américains, par exemple. Mais aussi les sanctions sur les services financiers, qui entravent considérablement leur accès aux capitaux, dont ils ont tant besoin », a expliqué Mme Kallas.
Dans un document de discussion, la Présidence danoise du Conseil de l’UE met en avant les sanctions, l’outil anti-contournement des sanctions, la 'flotte fantôme' ou encore des tarifs douaniers sur les échanges avec la Russie. Elle estime notamment que de nouvelles mesures sur les revenus d’exportation de pétrole et de gaz de la Russie ainsi que le secteur financier – y compris les cryptomonnaies, leurs intermédiaires et leurs infrastructures – pourraient avoir un effet négatif significatif sur Moscou. La Présidence danoise se demande aussi si les Européens sont prêts à utiliser l’outil 'anti-contournement de sanctions' agréé dans le 11e paquet de sanctions et permettant d'interdire certaines exportations vers des pays tiers jugés comme présentant un risque de contournement continu et particulièrement élevé des mesures à l’encontre de la Russie.
Dans leur communiqué commun, la France et l’Allemagne ont annoncé qu'elles intensifieraient leur coopération au sein de l'UE et avec leurs partenaires, notamment le G7, afin d'étendre et de développer des sanctions efficaces et robustes.
Voir la déclaration de la Haute Représentante sur l'attaque du 27 août : https://aeur.eu/f/i7c
Voir la déclaration franco-allemande : https://aeur.eu/f/i7e (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)