Sans surprise, la guerre en Ukraine menée par la Russie de Vladimir Poutine a dominé la réunion de la Communauté politique européenne (CPE), vendredi 16 mai à Tirana, organisée par le Premier ministre albanais, Edi Rama, et le président du Conseil européen, António Costa.
En marge de cet échange informel réunissant 47 pays du continent européen, les dirigeants français, Emmanuel Macron, allemand, Friedrich Merz, britannique, Keir Starmer, polonais, Donald Tusk, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, se sont rencontrés peu après la fin d’une session de discussions russo-ukrainiennes en Turquie. Ils ont aussi appelé le président américain, Donald Trump, pour l'informer des efforts diplomatiques destinés à obtenir une trêve dans le conflit.
À Istanbul, des réunions trilatérales ont eu lieu vendredi entre Turcs, Ukrainiens et Russes, d’une part, et Turcs, Américains et Ukrainiens de l’autre. Les négociateurs russes et ukrainiens ont indiqué avoir discuté de la possibilité d’un cessez-le-feu, de l’organisation d’une rencontre entre les présidents Poutine et Zelensky et d'un échange de prisonniers portant sur 1 000 personnes de chaque camp.
Cependant, les dirigeants européens ont déploré le fait que la Russie ait, une fois de plus, ignoré l'appel américain et européen en faveur d’un cessez-le-feu en Ukraine.
Lors de la conférence de presse finale, Mette Frederiksen, la Première ministre du Danemark, dont le pays organisera le prochain sommet de la CPE, a souligné que M. Trump était favorable lui aussi à des sanctions renforcées contre la Russie, si cette dernière n'accepte pas d'accord de cessez-le-feu. Elle s'est montrée favorable à des sanctions contre les banques russes, l'énergie, en particulier le pétrole, et la 'flotte fantôme' russe.
Cessez-le-feu. Lors du sommet de la CPE, M. Zelensky a réaffirmé que sa « priorité numéro un est un cessez-le-feu total, inconditionnel et honnête », afin de potentiellement ouvrir la voie à un futur accord de paix. « Cela doit se faire immédiatement pour arrêter les tueries et créer une base solide pour la diplomatie », a-t-il déclaré. « Si les représentants russes à Istanbul ne peuvent même pas s'accorder sur un cessez-le-feu…alors il sera 100% clair que Poutine continue de saper la diplomatie », a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron a estimé que la Russie n'avait pas l'intention de conclure un cessez-le-feu et qu'il allait falloir exercer une pression accrue pour l'y contraindre.
Giorgia Meloni, présidente du Conseil des ministres d'Italie, a déclaré qu'un cessez-le-feu inconditionnel était nécessaire, « ainsi que des garanties de sécurité » pour l'Ukraine. Selon elle, « on a pu voir qui est prêt à s’asseoir à la table et qui ne l’est pas… On voit qui veut la paix et qui ne la veut pas ».
Friedrich Merz, chancelier fédéral d'Allemagne, a réitéré la détermination des alliés à « continuer d'apporter un soutien fort – politique, économique, financier et militaire – à ce pays ». Il a également insisté sur le besoin de « tout faire pour maintenir les Américains à nos côtés ».
Nouvelle salve de sanctions. Face à l'intransigeance russe, les alliés de l'Ukraine n'ont pas d'autre choix que de renforcer les sanctions contre la Russie, au-delà de celles prévues dans le 17e paquet (EUROPE 13640/6). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé que l'UE travaillait sur un nouveau train de sanctions, comprenant notamment : une interdiction de Nord Stream 1 et 2, de nouvelles mesures contre la 'flotte fantôme', un plafonnement plus bas pour le prix du pétrole brut, ainsi que des sanctions supplémentaires contre le secteur financier russe, en particulier contre les banques russes. Nord Stream est un système de deux gazoducs reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique.
« Si les négociations n'aboutissent pas, l'Europe doit être prête à agir fermement avec de nouvelles sanctions et un soutien encore plus important à l'Ukraine », a déclaré le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo.
Défense. Mette Frederiksen a souligné le besoin de « réarmer l'Europe ». En matière d'approvisionnement militaire, « nous sommes tous prêts à dépenser davantage pour la défense », a dit M. Merz. Il a insisté sur le fait qu'il ne fallait pas se concentrer uniquement sur l'argent : « Mon pays et mon gouvernement sont prêts à faire un pas en avant en matière d'efficacité, de meilleurs achats et de meilleure coopération en Europe ».
M. Macron a également évoqué les efforts en cours pour parvenir à un traité de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, dans le cadre de leur conflit frontalier.
Mme Meloni a reconnu que l'élargissement comportait des défis, mais s'est dite convaincue que « l'intégration des Balkans [dans l'Union européenne] est un investissement stratégique pour la sécurité du continent ».
Gaza. Le président du Conseil européen, António Costa, a, comme M. Macron, évoqué la situation à Gaza et décrit « une tragédie humanitaire où le droit international est systématiquement violé, où tout un peuple est soumis à une force militaire écrasante et disproportionnée ».
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a d'ailleurs organisé à Tirana une réunion de dirigeants européens hostiles au blocus humanitaire imposé par Israël à Gaza. M. Sánchez, en collaboration avec la Première ministre islandaise, Kristrún Mjöll Frostadóttir, a coordonné la réunion, à laquelle ont participé ses homologues de Norvège, Jonas Gahr Store, de Slovénie, Robert Golob, du Luxembourg, Luc Frieden et de Malte, Robert Abela. Bien que le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, n'ait pas pu assister à la réunion, il a également signé une déclaration commune dans laquelle tous affirment qu'ils ne resteront pas silencieux face à la catastrophe humanitaire.
Sécurité démocratique. Emmanuel Macron a dénoncé les ingérences dans les élections à venir en Europe, notamment en Roumanie, qui « sapent l'intégrité de nos démocraties ». Il a également cité la Moldavie, victime quotidienne des ingérences russes.
Migration. Le chancelier allemand a estimé que cela faisait maintenant « une décennie que nous sommes confrontés à des menaces migratoires ». « Nous essayons de résoudre ce problème. Nous ferons tout ce que nous pourrons, avec l'Union européenne, mais nous devons aussi agir de notre propre chef », a précisé Friedrich Merz. Selon lui, ce que fait l'Allemagne est conforme au droit européen, « et nous essayons de coordonner nos efforts avec tous nos voisins ».
Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a exhorté l'UE à actualiser l'union douanière et à réviser les pratiques de visa Schengen afin de stimuler la mobilité économique et sociale. Il a ajouté que les restrictions actuelles n'entravaient pas seulement la circulation des citoyens, mais avaient aussi un impact négatif sur les liens commerciaux et l'intégration économique avec l'Europe.
Secrétariat. La France a proposé de formaliser la création d'un secrétariat « léger » pour la CPE, constitué d'une équipe de coordination et de soutien pour le suivi des projets concrets. Ce secrétariat pourrait être assuré par la troïka des Présidences du Conseil de l'UE et le président du Conseil européen.
Edi Rama a évoqué, en fin de réunion, la constitution d'une équipe de coordination de la CPE, sous la direction du président du Conseil européen. (Lionel Changeur)