Les ministres européens de la Recherche ont reconnu, vendredi 29 novembre à Bruxelles, que le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité doit inciter l'UE à renforcer les investissements en matière de recherche pour relever les défis.
Lors d'un débat au sein du Conseil 'Compétitivité' sur la contribution de la recherche et de l'innovation à la compétitivité de l'UE, la plupart des ministres ont insisté sur la nécessité de consacrer un niveau d'investissement ambitieux à la recherche fondamentale européenne pouvant générer des innovations et sortir l'Union européenne du piège des technologies intermédiaires.
Lors d'une conférence de presse, Balázs Hankó, le ministre hongrois, a déclaré qu'au cours des 30 dernières années, l'influence de l'UE dans l'économie internationale a reculé. En matière d'investissements, 5% du capital-risque se trouve investi dans l'UE, 50% en Chine. « Il nous faut donc davantage de compétitivité », a affirmé le ministre hongrois, qui a rappelé les trois conclusions adoptées par le Conseil.
La commissaire européenne sortante à la Recherche, Iliana Ivanova, a salué les conclusions entérinées par les ministres et a estimé qu'il fallait renforcer les investissements, limiter la bureaucratie et promouvoir des carrières dans la recherche.
Fossé en matière de recherche et excellence. De nombreux ministres ont demandé aussi de mettre l'excellence au cœur du programme-cadre de recherche en promouvant des innovations de rupture et en soutenant les recherches de premier plan. Le fossé à combler en matière de recherche, notamment au sein de l'UE, ne doit pas se faire en sacrifiant l’excellence, a mis en garde le Danemark. La Pologne a évoqué ce fossé en matière d'innovation, qui nous sépare d'autres puissances économiques, mais aussi ce fossé au sein de l'UE, qu'il convient de combler, selon le ministre polonais Dariusz Wieczorek.
Le Danemark a estimé que le rapport de M. Draghi sonnait l’alarme afin de passer à une Europe de la recherche 2.0. Le ministre italien est d'avis que l'« on pourrait affiner » les recommandations du rapport, notamment sur le renforcement de la gouvernance.
Patrick Hetzel, le ministre français de la Recherche, a regretté que le rapport ne reflète pas assez les bénéfices de la collaboration entre les acteurs de la recherche européenne, qui constitue pourtant un levier pour renforcer la compétitivité scientifique de l'Union européenne. Pour renforcer la gouvernance, la France a suggéré de prévoir des 'comités de filières' rassemblant la Commission européenne, les États membres et les acteurs clés de la recherche (publics et privés). Les alliances industrielles pourraient constituer des plateformes intéressantes, selon M. Hetzel.
Plusieurs ministres ont insisté sur la mobilisation de l'investissement privé pour la compétitivité de l'Union européenne, car la différence est grande en la matière avec les États-Unis.
Au sujet du 'Fonds de compétitivité' en cours d'élaboration au niveau européen, la France a estimé qu'il devait comprendre une ligne d'action claire pour soutenir la recherche fondamentale.
Programme-cadre de recherche. Selon le secrétaire d'État espagnol, Juan Cruz Cigudosa, le rapport 'Draghi' montre très clairement que les 27 États membres sont « peu dynamiques et peu productifs » en matière de recherche et d'innovation. Madrid mise sur un programme-cadre en matière de recherche qui soit robuste et amélioré.
Financements. Les ministres s'engagent à atteindre les 3% du PIB dans chaque pays de l'UE à investir dans la recherche. Il faut en faire plus dans certains domaines de pointe, selon l'Espagne notamment. La Belgique a précisé consacrer 3,41% de son PIB à la recherche et au développement.
Conclusions sur la compétitivité. Par ailleurs, les ministres ont estimé, dans des conclusions sur la compétitivité au sein de l'Europe, qu'il était essentiel d'accroître les investissements dans la R&D et d'atteindre l'objectif de 3% du PIB d'ici 2030 (EUROPE 13530/11).
Voir leurs conclusions : https://aeur.eu/f/ejf
Plusieurs ministres (dont ceux de France, de Belgique, de Finlande, de Suède...) ont insisté sur le besoin de respecter l'objectif de collaboration fondée sur l'excellence scientifique. Les projets soutenus à l'échelle européenne doivent être « évalués et sélectionnés à l'aune de cette qualité scientifique », a notamment dit Patrick Hetzel.
Iliana Ivanova a estimé que « nous sommes encore bien loin de notre objectif - qui date de bien longtemps - de 3% du PIB devant être investi dans ce secteur ». Elle a suggéré d'en faire davantage pour améliorer les conditions de travail des chercheurs et pour mobiliser les talents.
Enfin, le Conseil a adopté des conclusions concernant une éventuelle initiative européenne de recherche et d'innovation visant à promouvoir la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité des systèmes alimentaires et le déploiement de la bioéconomie, en exploitant le potentiel de l'Europe centrale et orientale.
Voir leurs conclusions : https://aeur.eu/f/ek3 (Lionel Changeur)