Dans son rapport sur l'avenir de la compétitivité européenne, rendu public lundi 9 septembre (voir autre nouvelle), l'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, appelle l’Union européenne à établir une véritable Union des marchés de capitaux (UMC) afin de stimuler les investissements privés et publics à grande échelle.
Bien que la Commission européenne ait déjà lancé plusieurs mesures visant à concrétiser l’UMC et qu’une certaine « dynamique politique » ait émergé ces derniers mois (EUROPE 13474/11, 13409/3), Mario Draghi met en lumière trois principaux obstacles qui freinent encore son aboutissement : l’absence d’une autorité unique pour la régulation des marchés de valeurs mobilières, des divergences dans les régimes fiscaux et d’insolvabilité ainsi que la sous-utilisation des fonds de pension à long terme.
« En 2022, les actifs de retraite dans l'UE représentaient seulement 32% du PIB, contre 142% aux États-Unis et 100% au Royaume-Uni », relève M. Draghi, illustrant la forte dépendance des ménages européens à l'égard des systèmes publics de Sécurité sociale.
Il souligne également que la concentration de ces actifs de retraite dans un nombre limité d’États membres – principalement les Pays-Bas, le Danemark et la Suède – limite considérablement la capacité de l'UE à orienter l’épargne vers des investissements productifs à long terme. Pour surmonter cet obstacle, M. Draghi recommande un développement des systèmes de retraite privés dans l'ensemble des États membres afin de mieux canaliser les fonds vers les marchés financiers.
Par ailleurs, l'ancien président du Conseil italien insiste sur la nécessité de transformer l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) en un véritable régulateur unique, à l'image de la Commission des valeurs mobilières et des changes des États-Unis ('SEC'). « Une étape essentielle pour transformer l'AEMF est de modifier sa gouvernance et ses processus de prise de décision dans le même sens que ceux du Conseil des gouverneurs de la BCE, en les détachant autant que possible des intérêts nationaux des États membres de l'UE », préconise M. Draghi.
Enfin, il plaide pour une relance du marché de la titrisation afin d’augmenter les capacités de financement des banques et invite la Commission européenne à proposer une révision des exigences prudentielles concernant les actifs titrisés. En outre, il suggère la création d’une plateforme dédiée, soutenue par le secteur public, pour stimuler ce marché et faciliter l’accès au financement.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/dcw (Bernard Denuit)