login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13478
POLITIQUES SECTORIELLES / CompÉtitivitÉ

Mario Draghi plaide pour un budget de l'UE davantage centré sur les objectifs de compétitivité

« Deux mots caractérisent ce rapport : l’urgence et le caractère concret ». C’est ainsi que Mario Draghi a dépeint son rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne. Le document de plus de 400 pages, commandé l'année dernière par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui a été remis lundi 9 septembre à Bruxelles. Quelque 170 recommandations sont formulées par l’ancien président du Conseil italien pour augmenter la productivité et la croissance dans l’UE.

Les actions à prendre sont guidées par trois grandes priorités, selon lui : - combler le fossé d’innovations dans l’UE ; - développer un plan pour la décarbonation et la compétitivité ; - augmenter la sécurité et réduire les dépendances. Dans l’ensemble, des changements radicaux sont nécessaires, a estimé Mario Draghi. C'est pourquoi il fournit des recommandations « destinées à être mises en place rapidement » dans dix secteurs, comprenant l'énergie, l'intelligence artificielle, les semiconducteurs ou encore la défense.

Faire face à la concurrence. Les graphiques et tableaux ne manquent pas, dans le rapport, pour montrer à quel point l'économie européenne est à la traîne face à ses concurrents chinois et américains. Si l'UE n'agit pas rapidement, elle pourrait se diriger vers « une lente agonie », a affirmé Mario Draghi.

Un constat qui le conduit à remettre en question certains des grands principes appliqués par la Commission ces dernières années, en matière de concurrence par exemple. « Les autres acteurs ne jouent pas selon les règles, donc nous devons agir », a résumé M. Draghi face à la presse.

Cela peut passer par une adaptation des règles de concurrence, notamment pour les fusions d’entreprise. Pour les secteurs stratégiques, la contribution à la résilience et au potentiel d’innovation devrait être davantage prise en compte dans l’évaluation. Une telle méthode pourrait permettre d'autoriser une fusion qui soit capable de faire face aux super entreprises chinoises ou américaines.

Les règles de concurrence ne doivent toutefois pas être assouplies concernant les aides d’État, selon M. Draghi. Il estime que le cadre temporaire de crise pour les aides d'État doit prendre fin pour revenir à un cadre plus strict et éviter une course aux subventions entre les Vingt-Sept.

Plutôt que des aides nationales pour soutenir l'industrie, le format des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) constitue un instrument plus efficace pour atteindre les objectifs, explique l’auteur du rapport, rejoignant ainsi une des propositions de son compatriote Enrico Letta (EUROPE 13393/3).

Des milliards d’investissements publics et privés nécessaires. 750 à 800 milliards d’euros d’investissements annuels au moins sont nécessaires pour atteindre les objectifs du rapport, selon les estimations de la Commission européenne. Les investissements privés jouent un rôle majeur dans cette équation et Mario Draghi formule des propositions pour mobiliser plus efficacement les fonds privés, y compris via l’achèvement de l’Union des marchés de capitaux (voir autre nouvelle).

Toutefois, les financements privés n’arriveront pas, seuls, à combler l’ensemble des besoins, d’après l’économiste italien. Ainsi, de nouveaux financements publics, au niveau européen, devront être déployés.

Pour ce faire, le cadre financier pluriannuel (CFP) doit être revu en profondeur. Ce dernier « tend à être trop fragmenté », selon M. Draghi, qui suggère de prioriser davantage l’enveloppe budgétaire pour mieux remplir les objectifs stratégiques. « L’UE a près de 50 programmes de dépenses qui empêchent le budget de l’UE d’atteindre une échelle suffisante pour des projets paneuropéens d’envergure », indique-t-il dans son rapport.

Pour lui, les fonds de cohésion, qui représentent une grosse partie du CFP, doivent être mieux utilisés et davantage injectés dans les priorités que sont la numérisation, les transports, l’éducation et la connectivité.

Puisque le budget de l’UE n’est pas extensible à l’infini, Mario Draghi suggère de continuer à émettre de la dette commune dans les années à venir pour financer les objectifs de compétitivité et de décarbonation.

L'idée d'actif sûr européen est largement développée dans le rapport. « Cela permet de financer des projets communs qui sont essentiels pour augmenter la productivité en Europe. Un actif commun faciliterait également grandement la finalisation de l’UMC », selon M. Draghi.

Interrogée sur les sources d'argent potentielles pour les nouveaux projets européens, la présidente de la Commission européenne n'a pas réagi à l'idée de la dette commune. Elle s'est concentrée sur la possibilité de nouvelles ressources propres et celle de l'augmentation des contributions nationales au budget européen.

À la fois Ursula von der Leyen et Mario Draghi ont rappelé qu'il appartiendra finalement aux États membres de prendre des décisions en ce qui concerne cet argent à trouver et à dépenser.

Un besoin de cohérence entre les différentes politiques. L'ancien président de la BCE a insisté sur la nécessité d'être le plus cohérent possible dans l'élaboration des politiques. Par exemple, les politiques industrielles, commerciales ou de concurrence doivent absolument être alignées sur les mêmes objectifs et les mêmes principes.

Cela passe inévitablement par un renforcement du marché unique pour supprimer au maximum les obstacles qui entravent les affaires. M. Draghi a évoqué la charge réglementaire trop lourde dans l'UE pour les entreprises. « Depuis 2008, près de 30% des licornes (jeunes sociétés) qui ont démarré dans l'UE sont parties. La majorité d'entre elles aux États-Unis. Cela doit changer. L'Europe doit être un endroit où l'innovation prospère, surtout pour les technologies numériques », a-t-il insisté.

À l'extérieur, l'UE doit développer des partenariats stratégiques afin de limiter les dépendances et de sécuriser certaines chaînes d'approvisionnement. Et d'évoquer le cas des matières premières critiques, où les vulnérabilités sont fortes.

L'intégralité du rapport de Mario Draghi est disponible sur cette page : https://aeur.eu/f/dcv (Léa Marchal)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
Invasion Russe de l'Ukraine
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
SÉCURITÉ - DÉFENSE - ESPACE
ÉDUCATION - JEUNESSE - CULTURE - SPORT
BRÈVES