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Bulletin Quotidien Europe N° 13458
ACTION EXTÉRIEURE / Proche-orient

Le Haut Représentant dénonce un fossé entre le droit international et la réalité sur le terrain

Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a déploré, lundi 22 juillet, que le fossé entre « la loi et la réalité » sur le terrain au Proche-Orient ne cesse de se creuser.

« La différence entre ce que dit le droit, selon la CIJ, et ce qui se passe sur le terrain n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui. Les tribunaux viennent [combler] le vide politique. La politique n’a pas réussi à trouver une solution. Mais le tribunal n’est pas là pour mettre en œuvre l’avis. L'avis doit être mis en œuvre par les pouvoirs politiques », a prévenu M. Borrell.

Après son ordonnance rendue le 26 janvier appellant Israël à prévenir tout acte de 'génocide' et à permettre la fourniture des services de base et de l'aide humanitaire aux Gazaouis (EUROPE 13337/15), la Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu, vendredi 19 juillet, un avis selon lequel l’occupation des territoires palestiniens en Cisjordanie est illégale et doit cesser.

Interrogé par Agence Europe sur ce que pouvait faire l'UE pour réduire le fossé entre le droit et la réalité sur le terrain, M. Borrell a reconnu qu'il y avait des positions différentes entre les États membres. « Cela ne nous aide pas à être un acteur influent. Nous continuerons à faire ce que nous faisons, ce qui n’est pas peu. Continuer l'aide humanitaire et les pressions politiques, y compris sur le gouvernement israélien, et les sanctions » contre des colons violents, a-t-il rappelé, soulignant qu'il était possible d'en prendre davantage.

Pour l’Allemande Annalena Baerbock, « il ressort clairement (de l’avis) que nous avons une responsabilité en tant que communauté internationale non seulement en ce qui concerne la situation en Cisjordanie, mais aussi en ce qui concerne la solution à deux États ». Selon elle, même si l’avis n'est pas contraignant, « le gouvernement israélien aurait tout intérêt à le prendre au sérieux et, surtout, à ouvrir enfin la voie à une solution à deux États ». La Knesset a voté, la semaine dernière, contre la création d’un État palestinien. 

La situation pourrait être discutée en septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Le Haut Représentant a annoncé que les États membres soutenaient les efforts en cours pour l’organisation, lors de la semaine de l’Assemblée générale, d’une nouvelle réunion d'un ensemble de pays pour relancer le processus de paix au Proche-Orient (EUROPE 13253/30). « La communauté internationale doit se réveiller et il faut faire plus d'efforts pour soutenir un processus de paix », a souligné M. Borrell. 

Il s'est aussi inquiété de la hausse des tensions régionales, que ce soit à la frontière libanaise ou avec les Houthis. Le 19 juillet, le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure avait fermement condamné l’attaque aveugle de drones revendiquée par les Houthis contre Tel Aviv, plus tôt dans la journée. « Le droit humanitaire international interdit strictement les bombardements aveugles contre les centres de population civile et s’applique à tous les acteurs, à tout moment, sans exception », avait-il prévenu dans un communiqué. En représailles, l’armée israélienne a frappé des cibles militaires à Hodeïda. 

Aide humanitaire. Le Haut Représentant de l'UE a également déploré la situation actuelle à Gaza, 10 mois et 290 jours après l'attaque du Hamas. « Nous avons assisté à de nouvelles évacuations forcées de civils épuisés. Il y a plus de 17 000 orphelins à Gaza. L'accès humanitaire a toujours été difficile et maintenant, il a implosé. Le nombre de camions entrant quotidiennement dans Gaza est passé de 993 en moyenne en avril à moins de 76 en juin et 84 au cours des deux premières semaines de juillet »a indiqué M. Borrell.

« Cela n'est pas le fruit du hasard »a ajouté M. Borrell, qui a présenté lundi aux ministres un rapport rédigé par le représentant spécial de l'UE pour les droits de l'homme, Olof Skoog, compilant la documentation des agences des Nations unies sur les circonstances du conflit.

« Ce sera une bonne base pour préparer le Conseil d'association avec Israël », avait précisé M. Borrell lundi matin (EUROPE 13435/19). « Le Conseil d'association ne peut pas faire comme si de rien n'était, parce que la situation n'est pas habituelle. Tant que la guerre se poursuit, elle risque de déborder sur la région. Nous sommes confrontés à une situation catastrophique », avait-il expliqué. Ainsi, s’il faut, selon lui, parler des relations bilatérales, il faut également discuter de ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie, des restrictions économiques imposées à l’Autorité palestinienne, de l’extension des colonies ou encore du fait que l’aide humanitaire n’arrive pas à Gaza. Il avait reconnu qu'un accord de tous les États membres sur l'agenda n'était pas pour « demain ». (Camille-Cerise Gessant et Bernard Denuit)

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