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Bulletin Quotidien Europe N° 13418
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

Les ministres européens de la Défense divisés sur l'utilisation par l'Ukraine de leurs armes pour frapper la Russie

Les ministres de la Défense européens se sont montrés divisés, mardi 28 mai, sur la levée des restrictions imposées à l'Ukraine pour l'utilisation de leurs équipements militaires afin de permettre à Kiev de pouvoir frapper des cibles militaires en Russie.

Ainsi, si les ministres néerlandaise, Kajsa Ollongren, et estonien, Hanno Pevkur, se sont dits en faveur de la levée des restrictions, car il n’est pas normal que l’Ukraine combatte « avec une main derrière le dos », le même jour, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a expliqué devant le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, que les équipements belges fournis à l’Ukraine devaient être utilisés sur le territoire ukrainien. L’Allemagne impose aussi des restrictions.

À l'issue du Conseil, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a reconnu que les États membres étaient divisés. « C'est une décision pour chaque État membre et il appartient à chacun de prendre ses responsabilités de lever ou non les restrictions », a-t-il rappelé.

Selon M. Borrell, certains États auraient avancé dans leurs positions. « Quelques États membres étaient contre, ils ont changé d'avis et aujourd'hui, ils ont accepté de lever les restrictions », a-t-il expliqué, sans pour autant dire combien de pays étaient concernés.

Pour sa part, il a estimé qu'il était possible de lever les restrictions pour que l'Ukraine puisse se défendre. « Il est clair qu'il s'agit d'une action légitime (de l'Ukraine de frapper des cibles russes, NDLR) en vertu du droit international, si cela est utilisé de manière proportionnée », a-t-il estimé. Selon M. Borrell, « il faut équilibrer le risque d’escalade et la nécessité pour les Ukrainiens de se défendre ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, invité au Conseil, a également réitéré son appel aux Alliés à lever les restrictions. Rappelant que des combats avaient lieu à Kharkiv, proche de la frontière ukraino-russe, M. Stoltenberg a estimé qu’il sera très dur pour l'Ukraine de se défendre, si elle ne peut pas frapper des cibles militaires de l’autre côté de la frontière.

Développer le soutien militaire

Au-delà de cette question, les ministres ont rappelé leur soutien militaire à l'Ukraine, rappelant, pour plusieurs d'entre eux, la nécessité de fournir plus d'équipements et plus vite, notamment concernant les munitions et les systèmes de défense antiaérienne. 

Dans des conclusions adoptées la veille (voir autre nouvelle), le Conseil a souligné qu'il était « essentiel d'accélérer et d'intensifier les livraisons de matériel militaire en fonction des besoins urgents de l'Ukraine, notamment de munitions, en particulier pour l'artillerie, les missiles, les systèmes de défense aérienne et d'artillerie, ainsi que de drones, tout en continuant de répondre aux besoins à moyen et long terme du pays ».

La ministre néerlandaise a annoncé que son gouvernement avait proposé d'assembler rapidement un système de défense aérienne Patriot en étroite coopération avec plusieurs partenaires et de le livrer à l'Ukraine. Les Pays-Bas fourniront des composants et des pièces de base provenant de leur stock et la ministre a invité les pays européens à faire de même.

« Nous sommes en pourparlers avec des partenaires pour élaborer un système Patriot comprenant la formation des équipages ukrainiens. Grâce à notre offre et à nos consultations avec les pays partenaires fournissant plusieurs pièces et munitions essentielles, nous pouvons fournir à l'Ukraine au moins un système pleinement opérationnel dans un court laps de temps », a-t-elle expliqué.

Renforcer la formation

Le Haut Représentant a en outre annoncé qu'il y avait un « consensus grandissant » parmi les ministres pour augmenter le niveau d'ambition de la mission d'entraînement EUMAM Ukraine, mais s'est refusé à donner un nouvel objectif chiffré.

« Nous devons adapter nos capacités et nos offres d'entraînement aux besoins ukrainiens », a-t-il expliqué. Jusqu'à présent, 50 000 soldats ont été formés et 60 000 devraient l'avoir été d'ici la fin de l'année. À son arrivée au Conseil, le ministre estonien avait appelé à atteindre les 100 000.

Dans les conclusions adoptées la veille, le Conseil s'est félicité de l'élargissement du champ d'application de la formation aux domaines maritime et aérien et a souligné qu'il importait de continuer à se concentrer sur la qualité de la formation des soldats ukrainiens et sur leur contribution à l'efficacité opérationnelle.

M. Borrell a prévenu qu'il n'y avait pas de position commune européenne concernant des formations menées par EUMAM sur le territoire ukrainien. Selon lui, certains États membres ont expliqué que cela éviterait de déplacer les soldats ukrainiens pour leur formation, mais d'autres rappellent qu'il s'agirait d'envoyer du personnel militaire, avec les risques qu'il pourrait y avoir. 

Comme la veille, après une réunion des ministres des Affaires étrangères (EUROPE 13417/7), le Haut Représentant a regretté le veto hongrois concernant l'adoption de sept actes législatifs qui permettraient de débloquer 6,6 milliards d'euros pour le soutien militaire à l'Ukraine. Il a expliqué ne pas savoir quand l'objection serait levée.

Selon une source européenne, il s'agit de trois tranches d'aide pour l'Ukraine sous la 'Facilité européenne pour la paix', soit 1,5 milliard d'euros, de 600 millions non utilisés dans le cadre des achats communs de munitions et de missiles et de 4,5 milliards du Fonds d'assistance pour l'Ukraine.

Malgré ce blocage, la ministre luxembourgeoise, Yuriko Backes, a estimé que les 5 milliards du Fonds n’étaient pas suffisants. (Camille-Cerise Gessant)

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