Le sommet UE/CELAC a été l'occasion pour les vingt-sept pays de l'Union européenne et les trente-trois pays d'Amérique latine et des Caraïbes, lundi 17 et mardi 18 juillet à Bruxelles, de revoir en profondeur leurs relations bilatérales, de réaffirmer les principes et les valeurs qui sous-tendent ces relations et d'approfondir la coopération bilatérale sur des priorités communes telles que la lutte contre le changement climatique, l'accès aux ressources stratégiques, les investissements, la sécurité et la lutte contre les inégalités sociales.
Éprouvant « le sentiment du devoir accompli », le président du Conseil européen, Charles Michel, a estimé que le sommet avait approuvé une « déclaration ambitieuse ». Il a mis en avant la création d'un « mécanisme de coordination » permanent entre l'UE et la CELAC, notamment pour assurer le suivi de la mise en œuvre de la feuille de route énonçant plusieurs événements à haut niveau d'ici à 2025. Par ailleurs, les participants au sommet se donnent à nouveau rendez-vous tous les deux ans, le prochain sommet étant programmé en Colombie en 2025.
« Notre relation est plus forte aujourd'hui », a assuré le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Ralph Gonsalves, dont le pays assure la présidence pro tempore de la CELAC. Il a évoqué plusieurs thématiques importantes pour l'Amérique latine et les Caraïbes, telles que la réforme de l'architecture financière internationale et l'aide financière des pays développés devant soutenir les pays en développement à faire face au changement climatique.
Sur ce point, il a mis en garde les Européens si, en 2025, les pays développés ne mobilisent pas les 100 milliards de dollars annuels pour la lutte contre le changement climatique et ne doublent pas l'aide financière à l'adaptation au changement climatique (article 23 de la déclaration).
M. Michel a souligné l'importance de développer les échanges bi-régionaux autour de « partenariats justes et équitables » qui aient des retombées positives pour les populations d'Amérique latine. Il est important que ces protocoles bénéficient aussi à la population locale, a estimé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Selon elle, c'est aussi dans l'intérêt des Européens, dans la mesure où cela assure plus de prévisibilité aux investissements réalisés.
C'est la première fois qu'un mécanisme a pu être trouvé pour mettre fin à l'exploitation à grande échelle des ressources naturelles de l'Amérique latine ('extractivismo'), s'est félicité à ce titre le président argentin, Alberto Fernández.
Nouveaux partenariats économiques
Comme la veille (EUROPE 13224/1), l'UE a signé des protocoles d'entente sectoriels avec plusieurs pays latino-américains. Cette fois, ce fut le cas avec l'Uruguay sur l'énergie. Les deux parties s’engagent à travailler conjointement pour diriger les investissements vers l’amélioration de l’efficacité énergétique et le déploiement de l’hydrogène renouvelable, tout en offrant aux investisseurs potentiels un maximum de clarté en matière de financement, tant dans l'UE qu'en Uruguay.
Voir le protocole d'accord (MoU) avec l'Uruguay : https://aeur.eu/f/84u
L'UE et le Chili ont également signé un protocole d'accord sur les matières premières critiques afin d'approfondir la coopération et les investissements conjoints dans la mise en place de chaînes de valeur durables, la création de valeur au niveau local, la recherche et l'innovation pour réduire l'empreinte environnementale, la mise à niveau des normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) sur les standards internationaux, la formation professionnelle et le développement des compétences.
Les deux partenaires doivent désormais élaborer une feuille de route détaillant les différentes actions visant à concrétiser le MoU.
Voir le MoU : https://aeur.eu/f/850
Par ailleurs, sur le sujet des matières premières, la feuille de route UE/CELAC adoptée à l'issue du sommet mentionne la tenue d'une Convention UE/Amérique latine sur les matières premières en 2024 ou 2025.
Le Nicaragua, seul contre tous
En résumé, a estimé M. Michel, « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise ». Mais ce qui divise, notamment la position à adopter face à l'agression militaire russe de l'Ukraine, a donné du fil à retordre aux négociateurs.
Mardi, après plusieurs jours de négociations laborieuses au cours desquelles l'ambition des Européens a été revue à la baisse, pas moins de deux réunions des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) ont été nécessaires pour soumettre un langage que tous les pays de la CELAC - sauf le Nicaragua - ont finalement approuvé.
Dans sa déclaration commune, le sommet UE/CELAC exprime son « inquiétude profonde vis-à-vis de la guerre en cours contre l'Ukraine », qui exacerbe « les fragilités » de l'économie mondiale telles que « l'insécurité alimentaire et énergétique croissante ». Il réitère son soutien à la poursuite de l'initiative onusienne pour l'exportation des céréales via la Mer Noire (EUROPE 13225/3) et réaffirme l'engagement des pays participants en faveur de la Charte des Nations Unies et du droit international.
Soutenu au départ par des pays comme Cuba et le Honduras, le Nicaragua maintient sa réserve sur texte. Il a voté contre les résolutions de l'Assemblée des Nations Unies, tandis que l'UE sanctionne de nombreux hauts dignitaires du régime Ortega.
Référence aux crises régionales
Européens, Latino-américains et Caribéens font également référence à plusieurs crises régionales.
Sur le Venezuela, ils encouragent la poursuite du dialogue entre le régime Maduro et l'opposition politique dans le cadre du processus de 'Mexico City', alors qu'une réunion ad hoc s'est tenue en marge du sommet (EUROPE 13225/2).
Par ailleurs, la détérioration continue de la sécurité et de la situation humanitaire à Haïti est source d'inquiétude. Le sommet UE/CELAC appelle à la poursuite des efforts régionaux et internationaux pour faciliter l'élaboration par les Haïtiens d'une feuille de route permettant de surmonter la crise politique.
À noter que les soixante pays participants demandent à nouveau la levée de l'embargo américain réimposé à Cuba par les États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Ils estiment que désigner La Havane comme un État sponsor du terrorisme affecte négativement la capacité à mener des échanges commerciaux avec l'île caribéenne.
Accord de commerce UE/Mercosur
Le sommet devait être une occasion importante de progresser dans les discussions sur l'accord commercial UE/Mercosur. Dans leur déclaration adoptée à l'issue de la réunion, les dirigeants de l'UE et de la CELAC se contentent de « prendre note des travaux en cours entre l'UE et le Mercosur ».
Les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE et du Mercosur se sont montrés plus enthousiastes dans leurs prises de parole. Ils ont été nombreux à réaffirmer la volonté des deux blocs de terminer les discussions avant la fin de l'année.
Lundi soir, le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, avait rencontré les ministres des Affaires étrangères des quatre pays du Mercosur pour une réunion d'environ une heure. L'occasion pour ces interlocuteurs de rappeler l'importance d'avoir un accord, qu'ils voient comme bénéfique à bien des égards.
Les ministres des pays du Mercosur avaient indiqué que leur contre-proposition à la lettre additionnelle de l'UE parviendra peut-être aux Européens courant août. Deux sources diplomatiques ont confirmé à EUROPE qu'un tel calendrier est plausible, étant donné que le contenu de la contre-proposition a déjà été discuté entre les quatre pays du Mercosur.
Ce document devrait reprendre les inquiétudes du bloc à propos notamment des récentes législations de l'UE en matière d'environnement. « Nous avons constaté qu'il y a des questions dont nous devons nous occuper. Il y a eu un pacte vert de l'UE qui a des retombées importantes pour l'accord », a déclaré M. Fernández. Et de préciser toutefois son optimisme quant à la prise en compte de leurs craintes dans les discussions : « Nous sommes en train d'y travailler, je pense que nous sommes sur la bonne voie ».
Cet optimisme a été partagé par le chancelier allemand. « Je suis convaincu que nous avons maintenant pris un tel élan, notamment grâce à cette réunion, que l'on peut espérer qu'un résultat sera bientôt atteint », a indiqué Olaf Scholz, convaincu que le résultat qu'obtiendra la Commission dans ces discussions saura rassembler les Vingt-sept pays de l'UE.
En parallèle du sommet UE/CELAC, plus de 50 organisations de la société civile, dont Greenpeace Allemagne ou encore Les amis de la Terre Amérique latine et Caraïbes, ont manifesté devant le Parlement européen contre l'accord UE/Mercosur, qu'elles considèrent comme néfaste pour la planète. Elles ont appelé les décideurs à mettre fin aux négociations.
Voir la déclaration du sommet UE/CELAC : https://aeur.eu/f/85p
Voir la feuille de route 2023-2025 : https://aeur.eu/f/85q (Mathieu Bion et Léa Marchal, avec Pauline Denys)