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Bulletin Quotidien Europe N° 13181
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

Nous ne nous fatiguerons pas dans notre soutien à l’Ukraine, prévient Josep Borrell

Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et de nombreux ministres des Affaires étrangères européens ont rappelé, vendredi 12 mai, à leur arrivée au Conseil 'Gymnich' à Stockholm, que l’UE continuera de soutenir l’Ukraine jusqu’à sa victoire.

« Les ministres, plus que jamais, sont convenus de l’importance de soutenir l’Ukraine. C’est et cela reste notre priorité, de donner à l’Ukraine les moyens de se protéger et de construire sa résilience pour battre la Russie », a-t-il expliqué devant les médias.

« La Russie - Poutine - doit comprendre que nous n’arrêterons pas. Donc, cessez d'attendre que nous nous fatiguions. Nous ne le ferons pas », a-t-il prévenu. 

Au-delà du soutien immédiat – militaire, humanitaire ou encore financier – M. Borrell a estimé qu’il fallait « envisager le moyen terme et préparer un soutien pluriannuel à l'Ukraine ». « L'Ukraine doit être sûre que nous la soutiendrons, non seulement dans la bataille quotidienne de la guerre, mais aussi à long terme », a-t-il plaidé. Le Haut Représentant a précisé qu’il fallait voir comment transformer les instruments développés pour faire face à la menace immédiate en un engagement à long terme pour soutenir l’Ukraine financièrement, militairement et humanitairement.

Pour le sous-secrétaire d’État polonais, Paweł Jabłoński, le financement du soutien doit passer par l’utilisation des fonds et des avoirs confisqués à la Russie. « Il faut trouver un moyen d'utiliser cet argent à bon escient », a-t-il ajouté, estimant que ce n’était pas aux contribuables européens de payer. Si l’UE travaille toujours sur des moyens légaux pour pouvoir utiliser ces fonds, le gouvernement belge a annoncé un nouveau paquet d’aide de mesures de soutien à l’Ukraine de 92 millions d’euros, provenant des revenus fiscaux engrangés sur les avoirs financiers russes gelés en Belgique.

Pas d’impunité

Les ministres se sont aussi penchés sur la lutte contre l’impunité. Vendredi, le groupe restreint de 37 États s'est réuni à Tallinn pour faire avancer ses travaux sur le Tribunal spécial et les solutions relatives à ses paramètres juridiques.

M. Borrell, lui, a plaidé pour un tribunal internationalisé. « Nous devons rechercher une solution rapide. Nous avons besoin d'une solution qui soit pratiquement applicable et prête à l'emploi », a-t-il expliqué.

Si l’Ukraine privilégie un tribunal spécial international pour le crime d’agression, les États membres sont divisés. La France et l’Allemagne soutiennent l’idée d’un tribunal internationalisé alors que les Pays baltes, la République tchèque et la Belgique seraient en faveur d’un tribunal spécial international.

« Poutine et ses marionnettes doivent faire l’objet d’un procès dans le cadre d’un tribunal international », a expliqué le ministre estonien, Margus Tsahkna. Pour son homologue roumain, Bogdan Aurescu, dont le pays est membre du groupe restreint, « il faut trouver une solution avec une base légale très solide et commencer dès que possible ».

Empêcher le contournement des sanctions

Les ministres ont également discuté du 11e paquet de sanctions. « Nous devons continuer d’augmenter la pression » sur la Russie, a prévenu le ministre des Affaires étrangères suédois, Tobias Billström. Selon lui, empêcher le contournement des mesures est « aussi important et, dans certains cas, pourrait être aussi important que présenter de nouvelles sanctions ».

« Nous voulons éviter que la Russie puisse avoir des produits à double usage qui nourrissent la machine guerre », a expliqué M. Borrell. Selon un responsable européen, l’UE ne propose pas une extraterritorialité des sanctions. « On ne peut pas empêcher la Chine de vendre à la Russie des produits à double usage qui peuvent être utilisés pour un frigo ou un tank, mais on peut empêcher les firmes européennes de les vendre à la Chine », a-t-il expliqué à un petit groupe de journalistes, dont EUROPE.

Si le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, a soutenu la proposition de mesures restrictives à l’encontre d’entreprises de pays tiers qui aideraient au contournement des sanctions, il s’est montré plus circonspect concernant des mesures sur tout un secteur d’activité ou un pays (wide country ban), s’interrogeant sur son efficacité. « Je ne suis pas sûr qu’il y aura une unanimité (des États membres) pour une interdiction touchant tout un pays », a-t-il ajouté.

Le ministre autrichien, Alexander Schallenberg, a soutenu lui aussi la proposition. « C'est un terrain inconnu pour l'UE. Mais je pense qu'il est juste et important que nous le fassions », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il y avait une différence entre ne pas s'associer aux sanctions et les contourner délibérément et saper ainsi la politique de l’UE vis-à-vis de la Russie.

Mais une décision pourrait se faire attendre, le ministre hongrois, Péter Szijjártó, ayant prévenu que tant qu'OTP, la plus grande banque de Hongrie, resterait inscrite sur la liste ukrainienne des sponsors de la guerre internationale, « le gouvernement (hongrois) pouvait difficilement négocier des sanctions qui exigeront de nouveaux sacrifices ». Devant les médias, MM. Borrell et Billström ont précisé ne pas avoir entendu cette position lors de la réunion.

Thématique liée au contournement des sanctions, les ministres sont conscients qu’il faut travailler au soutien de la communauté internationale à l’Ukraine. « Il est certain qu'il faut plus d'engagement », a souligné M. Borrell, expliquant qu’il fallait voir comment tendre la main davantage et mieux aux pays qui ont voté aux Nations unies contre l'invasion russe, mais qui, par la suite, n'ont pas été aussi forts que l’UE l’aurait souhaité contre l'invasion.

Dans un document de position présenté par le Haut Représentant sur les relations entre l’UE et la Chine (voir autre nouvelle), M. Borrell souligne que « les relations entre la Chine et l'UE seront gravement affectées, si la Chine ne pousse pas la Russie à se retirer de l'Ukraine ». « La Russie est manifestement parvenue à nous faire passer pour des impérialistes, des colonialistes. Cela doit nous faire réfléchir au fait que notre soft power, notre présence, est manifestement bien plus faible que nous ne le pensions », a ajouté M. Schallenberg.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, sera à Stockholm, samedi 13 mai, pour discuter avec ses homologues européens, mais aussi avec les partenaires de l’UE présents pour le Forum indopacifique. (Camille-Cerise Gessant)

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