Les dirigeants européens ont affirmé, vendredi 21 octobre, leur volonté de poursuivre leur soutien financier et militaire à l’Ukraine, « notamment pour ses besoins en liquidités, et d’intensifier sa réponse humanitaire, en particulier pour la préparation à l'hiver » sans pour autant répondre à toutes les attentes exprimées la veille par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une allocution devant le Conseil européen.
Ainsi, le président ukrainien a estimé que son pays avait besoin de « plus de soutien dans la mise en œuvre de notre plan de redressement rapide ». « Nous avons déjà une idée des fonds nécessaires. Il s'agit de trois milliards et demi d'euros cette année et d'environ 14 milliards d'euros l'année prochaine », a-t-il précisé, regrettant n’avoir « rien reçu de ces fonds » jusqu’à présent. « Et ils sont vitaux », a-t-il plaidé.
Les dirigeants européens ne s’engagent que sur les 3 milliards d'euros restants de l'aide macrofinancière à l'Ukraine, demandant qu’ils soient mis à disposition du pays « en temps voulu ». Dans ses conclusions, le Conseil européen invite aussi la Commission à présenter et le Conseil de l'UE à travailler sur une solution plus structurelle pour fournir une assistance à l'Ukraine.
« Il est important d'avoir un flot prédictible et stable de revenus. L’Ukraine nous dit qu’elle avait besoin de 3 à 4 milliards d’euros par mois pour avoir assez de ressources pour les services de base. Le financement devrait être assuré par l'UE, les États-Unis et les institutions internationales – les discussions portent sur environ 1,5 milliard pour l'UE par mois, donc 18 milliards pour l'année prochaine », a précisé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à l’issue du sommet. Selon elle, depuis début 2022, l’UE a déboursé 19 milliards d’euros pour l’Ukraine.
« Sur le plan financier, notre soutien ne faiblit pas et nous avons marqué notre détermination à soutenir la reconstruction de l’Ukraine », a expliqué le président français, Emmanuel Macron.
En amont de la conférence sur la reconstruction, qui se tiendra le 25 octobre à Berlin, Mme von der Leyen a également rappelé que le processus de reconstruction et les investissements massifs nécessaires doivent être alignés sur les besoins de réformes afin d'ouvrir réellement la voie à l'adhésion de l’Ukraine à l'UE.
Dans leurs conclusions, les dirigeants invitent également la Commission à présenter des options « conformes au droit de l'UE et au droit international » visant à utiliser les avoirs gelés pour soutenir la reconstruction de l'Ukraine.
« C'est nécessaire pour que nous puissions utiliser ces fonds afin d'aider l'Ukraine dans une situation où il y a une escalade de la part de la Russie, qui tente de porter atteinte aux infrastructures civiles, en particulier dans le domaine de l'énergie », a estimé la Première ministre estonienne, Kaja Kallas.
La veille, M. Zelensky avait annoncé que la Russie avait miné le barrage de la centrale hydroélectrique de Kakhovka, qui pourrait, si elle le fait sauter, inonder plus de 80 localités, dont Kherson. Le pays a demandé le déploiement d’une mission d’observation internationale au barrage.
Demande de soutien militaire supplémentaire
Le président ukrainien a également plaidé pour des systèmes de défense aérienne et antimissile. « Nous devons tout faire pour qu'il soit totalement impossible à la Russie de détruire notre système énergétique avec des missiles et des drones », a-t-il expliqué, appelant « non seulement à ceux qui produisent des systèmes de défense aérienne et antimissile, mais aussi à ceux qui disposent des systèmes nécessaires », à les fournir à son pays.
Les dirigeants n’ont pas fait de nouvelles annonces, mais ont rappelé les dernières décisions prises concernant le soutien militaire : une mission d'assistance militaire de l'UE à l'appui de l'Ukraine et une nouvelle tranche de la Facilité européenne pour la paix (EUROPE 13044/10).
Menace de sanctions supplémentaires
Alors que l’UE a adopté, début octobre, son huitième paquet de sanctions, M. Zelensky a appelé à des mesures supplémentaires « puissantes » contre la Russie et l'Iran pour sa collaboration avec « l'État terroriste », qui a fourni des drones, mais aussi contre la Biélorussie, « complice » de la Russie.
« La Russie doit payer pour cette terreur - et cela doit se refléter dans le neuvième paquet de sanctions de l'UE. L'Iran doit être privé de toute possibilité ou même de tout désir de fournir de tels drones à qui que ce soit », a expliqué le président ukrainien.
Dans leurs conclusions, les dirigeants se disent prêts à continuer à adopter des sanctions et mettent en avant la nécessité de lutter contre le contournement des mesures déjà adoptées.
Ils préviennent aussi qu’ils sont prêts à prendre « rapidement » de nouvelles sanctions contre la Biélorussie et se félicitent des mesures prises contre l’Iran en lien avec l’utilisation par la Russie de drones iraniens dans des attaques contre des infrastructures civiles en Ukraine (EUROPE 13047/3).
À leur arrivée au Conseil, plusieurs ministres ont évoqué la possibilité d’adopter de nouvelles mesures.
Selon le président lituanien, Gitanas Nausėda, l’UE travaille à de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie. « Nous pouvons inclure de nombreux éléments : certains métaux, des diamants, ainsi que des personnes liées à des crimes de guerre, à l'annexion du territoire de l'Ukraine. Nous avons un très grand potentiel pour améliorer nos sanctions », a-t-il expliqué, regrettant que les sanctions actuelles fonctionnent, mais n'apportent malheureusement pas les résultats escomptés, jusqu’à présent.
« Cela devient de plus en plus difficile, parce que nous n'avons plus beaucoup d'outils dans notre boîte à outils. C'est pourquoi nous devons nous concentrer sur les réponses juridiques également, nous avons donné une réponse politique très forte, mais (il faut) une réponse juridique en poursuivant les crimes », a ajouté Mme Kallas.
Elle a d'ailleurs appelé à tenir une discussion sur l'ouverture d'un tribunal spécial pour enquêter sur le crime d'agression. « Les crimes de guerre sont traités par la Cour pénale internationale (CPI) et l'Ukraine, mais le crime d'agression ne peut être traité que par des tribunaux séparés », a-t-elle insisté, rejoignant le nombre d'appels croissant à ce propos (EUROPE 13042/2, 13024/15). De son côté, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a plaidé pour une « CPI forte ».
Par ailleurs, le Conseil européen a estimé qu’il importait d'unifier les pratiques de l'UE en matière de délivrance de visas en ce qui concerne les demandeurs russes, se félicitant de la mise à jour des lignes directrices de la Commission européenne.
Il s’est également dit déterminé à contrer la désinformation « visant à réduire à néant (les) efforts collectifs pour défendre la souveraineté de l'Ukraine et un ordre international fondé sur des règles ».
Si la paix ne semble pas pour aujourd'hui, M. Macron a estimé qu'il fallait « continuer à parler aux autorités ukrainiennes et aux autorités russes, car, à un moment donné, il faudrait revenir autour de la table ».
« Il faut essayer de guetter ce moment qui sera acceptable pour qu’un retour autour de la table soit possible et que les discussions reprennent, je le souhaite le plus tôt possible », a-t-il souligné, reconnaissant qu'il n'était pas capable de dire « de manière précise quand les conditions seront remplies, car elles ne sont pas dans mes mains ».
« Elles dépendent de l’évolution du conflit sur le terrain et de certains choix souverains que nous devons respecter », a ajouté le président français.
Voir les conclusions : https://aeur.eu/f/3r7 (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)