Les chefs d'État ou de gouvernement européens ont eu « une discussion stratégique » sur la Chine pendant plus de trois heures, vendredi 21 octobre à Bruxelles. « Le but n'était pas d'avoir des conclusions écrites », a averti le Président du Conseil européen, Charles Michel, après la réunion. Les dirigeants semblent en effet divisés sur l'attitude exacte à adopter envers la Chine.
L'équilibre à trouver se situe entre la naïveté et la confrontation systémique. L'UE a conscience que la Chine est en train de « renforcer sa politique agressive » et sa « position de domination dans l'Asie de l'Est », selon les mots de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept avaient fait un constat similaire quelques jours plus tôt (EUROPE 13044/14).
Les Européens doivent donc travailler à réduire leurs dépendances envers la Chine, et les dirigeants s'accordent sur ce constat. L'Union est dépendante de Pékin dans de nombreux secteurs stratégiques comme les technologies, les semi-conducteurs et certaines matières premières, ont souligné plusieurs dirigeants, prônant une autonomie stratégique dans ces domaines.
Cela passe, entre autres, par la diversification des partenaires. Dans cette optique, l'UE accueillera un sommet avec les pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE, ou ASEAN en anglais) le 14 décembre.
Le Président du Conseil européen a également indiqué qu'un sommet avec l'Amérique latine était prévu pour 2023 alors que des nouvelles sont attendues sur l'accord commercial avec les quatre pays du Mercosur.
Olaf Scholz part en solo à Pékin
Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a annoncé se rendre à Pékin début novembre, potentiellement les 3 et 4, selon plusieurs sources. Pour lui, « il est bien de soigner nos relations internationales ». Cette démarche n'est pas forcément vue d'un bon œil par d'autres dirigeants européens.
La Première ministre estonienne, Kaja Kallas, et son homologue letton, Krišjānis Kariņš, ont insisté, à leur sortie du sommet, sur le besoin de parler d'une même voix. « Il est dans leur intérêt (la Chine, et la Russie, NDLR) de nous voir divisés et il est dans notre intérêt de rester unis et de parler d'une seule voix ». Et d'ajouter qu'il était important de ne pas avoir différents accords avec la Chine au sein de l'UE. « Cela signifierait que l'on est plus faible en tant qu'Union ».
L'Estonie faisait partie du club 17+1 entre la Chine et 17 pays d'Europe centrale et orientale, mais a quitté ce format en août, tout comme la Lettonie, et la Lituanie l'année précédente.
Berlin fait également parler d'elle dans le débat avec la Chine depuis que deux médias allemands, NDR et WDR, ont révélé qu'Olaf Scholz avait l'intention d'autoriser la cession partielle d'un terminal du port d'Hambourg (dont il a été maire) au groupe chinois Cosco. À Berlin, six ministères pourtant s'y opposent.
En ce sens, le député européen Reinhard Bütikofer (Verts/ALE, allemand) estime qu'Olaf Scholz s'isole. « Pendant son mandat en tant que chancelière, Angela Merkel a systématiquement utilisé l'hésitation européenne sur la Chine, pour mettre en œuvre les efforts allemands en solo. Le chancelier Olaf Scholz semble vouloir continuer sur cette voie, bien que la coalition gouvernementale se soit engagée, à l'inverse, pour une position plus européenne ». En revanche, d'après l'eurodéputé, le chancelier a moins de soutiens dans ses démarches au niveau européen qu'Angela Merkel en avait.
La Première ministre finlandaise, Sanna Marin, n'a pas manqué de lancer une pique à son homologue allemand à la sortie du sommet. « Nous ne devrions pas vendre des infrastructures critiques à des régimes autocratiques », a-t-elle déclaré aux médias.
Voir les conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/3r7 (Léa Marchal avec la rédaction)