La plénière du Parlement européen a adopté, jeudi 20 octobre, une proposition de résolution sur la montée des discours et des crimes de haine envers les personnes LGBTQI+. Portée par cinq groupes politiques, la proposition de résolution fait suite au double meurtre homophobe à Bratislava perpétré mercredi 12 octobre. Un « acte de terreur » motivé par l’idéologie d’extrême droite, précise le texte.
Les députés européens se sont ainsi inquiétés des discours homophobes, y compris de membres anciens et actuels du gouvernement slovaque, et ont appelé la Slovaquie à réaliser des progrès concrets pour lutter contre la violence envers la communauté LGBTQI+.
Plus largement, ils ont dénoncé une montée des crimes de haine envers les personnes LGBTQI+ dans l’ensemble de l’Union. Estimant qu’il s’agit du fruit de discours extrémistes haineux, ils ont condamné les gouvernements s’associant à « l’extrême droite et d’autres partis politiques anti-LGBTIQ+ pour accéder et se maintenir au pouvoir ». Par ailleurs, les eurodéputés exhortent le Conseil de l’UE à adopter l’extension des crimes européens aux discours et crimes de haine tout en demandant aux États membres de poursuivre ces crimes, y compris lorsqu’ils sont commis en ligne.
Enfin, le texte pointe la nécessité de renforcer l’éducation à ce sujet. Il considère que l’UE doit participer à la sensibilisation et soutenir les organisations de terrain.
Des divisions politiques
Adoptée avec 447 votes en faveur, 78 contre et 45 abstentions, la proposition de résolution a largement fait l’unanimité au sein des groupes PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE et La Gauche.
En dehors de ses membres belges, le groupe ID s’est largement opposé ou abstenu. Leur amendement rappelant « que les questions relevant du droit de la famille, y compris les lois relatives au mariage et les matières touchant à l’éducation, sont de la compétence exclusive des États membres » a été rejeté, tout comme leur proposition de résolution portée par Annalisa Tardino (ID, italienne).
Les résultats sont similaires du côté du CRE, où, mis à part quelques membres, la majorité s’est abstenue ou opposée. Johan Nissinen (CRE, suédois), qui s’était dit prêt à « travailler au-delà des lignes de parti », s’est finalement abstenu (EUROPE 13046/10).
La Présidente slovaque inquiète pour la démocratie
Alors que l’assassinat homophobe de Matúš Horváth et Juraj Vankulič à Bratislava émeut l’Europe, la présidente slovaque, Zuzana Čaputová, s’est rendue au Parlement européen à Strasbourg, mardi 18 octobre.
« Si nous ne défendons pas la démocratie, elle disparaîtra », a-t-elle alerté, soulignant que les crimes de haine sont des attaques « contre l’égalité, la tolérance et le respect des droits humains ». Elle a également insisté sur la nécessité de défendre la démocratie sur les réseaux sociaux, dont les modèles économiques profitent de la prolifération de « la haine, l’agressivité et la désinformation ». Enfin, elle a mis les eurodéputés en garde : les crises économique et sécuritaire, a-t-elle rappelé, offrent un « terrain favorable à la montée de l’extrémisme ».
Lire la proposition de résolution : https://aeur.eu/f/3q2 (Hélène Seynaeve)