L'Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP-UE, enceinte politique du partenariat entre l'UE et les 79 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) est particulièrement préoccupée par l'impact du changement climatique et des catastrophes naturelles sur les petits États insulaires en développement (PEID).
À la veille de la publication du sixième rapport du GIEC (voir autre nouvelle), la 41e APP a adopté, dimanche 3 avril, une résolution d'urgence appelant l'UE et les pays industrialisés à faire davantage pour aider à renforcer la résilience de ces petits pays particulièrement vulnérables. Des préoccupations ont aussi été exprimées quant à l'impact de la guerre en Ukraine sur les pays ACP en développement. L'APP a en outre manifesté de l'impatience à l'égard de l'entrée en vigueur de l'Accord post-Cotonou - cette 41e session étant la dernière à se tenir dans le cadre de l'Accord de Cotonou (EUROPE 12922/17). À défaut d'accord sur tout, les débats ont été francs.
« Cette session de l’APP a montré l’importance de renforcer notre dialogue dans la perspective de la réalisation de l'Agenda 2030 (de l'ONU) et de l'Accord de Paris [sur le climat] », a estimé le coprésident ACP, Peter Kenilorea, Jr. (Iles Salomon).
Faire plus pour l'adaptation et investir dans la résilience. Dans sa résolution d'urgence - la seule qui ait été adoptée -, l'Assemblée s’inquiète du fait que les engagements pris jusqu’à présent par les pays développés sont largement insuffisants pour atteindre l’objectif collectif d'allouer 100 milliards de dollars par an pour soutenir les efforts d'atténuation et d'adaptation des pays en développement. Elle rappelle que « les pays industrialisés sont les principaux responsables des émissions industrielles et des fuites de carbone de par leur utilisation de combustibles fossiles et sont donc responsables du changement climatique, qui touche directement les PEID ».
L'APP regrette que seuls 20% du financement actuel de la lutte contre le changement climatique soient consacrés à l’adaptation et estime que les recettes du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières devraient être utilisées pour accroître le financement de la lutte contre le changement climatique pour les pays les moins avancés et les PEID, en particulier à des fins d’adaptation.
Elle invite les gouvernements ACP et des pays de l'UE à mettre davantage l’accent sur les investissements dans les projets et les infrastructures permettant d’accroître la résilience des pays ACP et en particulier des PEID de manière à atténuer les effets du changement climatique et à les aider à mieux s’y adapter. Elle encourage les gouvernements ACP à œuvrer, avec l’appui de l’UE et de ses États membres, avec toutes les institutions multilatérales pertinentes au renforcement de leur résilience et de leur durabilité. Soulignant la gravité du réchauffement irréversible de la planète, elle demande instamment aux dirigeants mondiaux de travailler ensemble dans l’intérêt de tous et de la planète.
Pas de position unie sur l'Afrique de l'Ouest et le Sahel. Députés ACP et européens ont débattu de la menace sécuritaire à la stabilité et à la paix en Afrique de l’Ouest et au Sahel ainsi que des problèmes de gouvernance et de l’appauvrissement qui en découlent. Dans ce contexte, les participants ont également évoqué la crise de la Covid-19, les changements climatiques et la raréfaction des terres, autant d’éléments qui mettent en péril la paix et la sécurité dans certaines régions du Sahel et de l'ouest de l'Afrique. De nombreux députés ont exprimé leurs préoccupations face à la progression du terrorisme et ont insisté sur l'importance de s'attaquer aux causes de la pauvreté et de l'instabilité.
Toutefois, la résolution d'urgence qui devait être adoptée sur l'Afrique de l'Ouest et le Sahel n'a pu l'être. Le texte avait été préparé par la partie européenne. Les députés ACP n'avaient pas présenté de projet de résolution et ne sont pas parvenus à dégager une position commune sur ce sujet sensible pour les députés africains. Aucun texte n'a donc été mis aux voix.
« Nous regrettons que cette Assemblée n'ait pas été à la hauteur de son potentiel politique. Un éventuel positionnement clair sur la situation au Sahel a été empêché par les représentants africains qui font partie du problème. De plus, sur la guerre russe contre l'Ukraine, il a également été impossible de trouver un langage commun approprié », a déclaré lundi 4 avril l'eurodéputé Michael Gahler (PPE, allemand), porte-parole de son groupe pour les affaires étrangères.
« Nous pouvons et devons exprimer notre solidarité avec les victimes de guerre », avait souligné le coprésident ACP, Peter Kenilorea, Jr.
Appel à la signature urgente de l'Accord Post-Cotonou. Les députés européens et ACP ont déploré que l'Accord Post-Cotonou pour un partenariat renouvelé et modernisé entre l'UE et l'organisation des pays ACP (OEACP) - qui a été paraphé en avril 2021 par la commissaire européenne aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, et le ministre des Affaires étrangères du Togo, Robert Dussey - ne soit toujours pas signé par l'UE. Ils ont appelé à sa signature sans délai, un sens partagé de l'urgence dont s'est félicité le coprésident de l'APP, Carlos Zorrinho (S&D, portugais).
La balle est dans le camp de la Hongrie, qui bloque la signature en raison du volet 'Migrations' du futur Accord (EUROPE 12859/26). L'actuel Accord de Cotonou a été prolongé jusqu'en juin 2022.
Mme Urpilainen a souligné l'importance de « disposer d'un nouveau cadre pour répondre aux défis d'aujourd'hui ». Et d'ajouter : « Nous ne devons pas perdre la dynamique du nouvel accord. La Commission le soutient fermement et s'engage à ce qu'il soit appliqué le plus rapidement possible. Je vous invite à demander instamment au Conseil de débloquer la situation ».
À l'ouverture de l'APP, le 1er avril, le Secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, avait formulé le vœu que la signature puisse avoir lieu le plus rapidement possible. Toutefois, le traditionnel échange entre les députés de l'Assemblée parlementaire paritaire et le Conseil de l'UE n'a pas eu lieu en raison du calendrier électoral français.
Voir la résolution d'urgence adoptée : https://aeur.eu/f/13e (Aminata Niang)