Les dirigeants européens ont unanimement rendu hommage, mardi 11 janvier, au président du Parlement européen, David Sassoli, décédé à l'âge de 65 ans dans la nuit de lundi à mardi alors qu'il était hospitalisé depuis fin décembre à Aviano (Italie).
M. Sassoli avait déjà été hospitalisé à l'automne dernier pour une pneumonie qui l'avait tenu éloigné du Parlement européen pendant plusieurs semaines. Sa santé fragile et l'absence de majorité constatée autour d'un potentiel candidat social-démocrate avaient contribué à le convaincre, mi-décembre, de ne pas se porter candidat à sa propre succession à mi-mandat de la législature 2019-2024 (EUROPE 12853/20).
Une chapelle ardente sera dressée jeudi 13 janvier au Campidoglio et le service funéraire aura lieu le lendemain, à midi, dans la Basilique Santa Maria degli Angeli, place de la République, à Rome, a indiqué le porte-parole du président du PE, Roberto Cuillo.
Ancien journaliste et présentateur de journaux télévisés en Italie, David Sassoli a été élu pour la première fois eurodéputé en 2009. En juillet 2019, les députés l'ont placé à la tête du PE pour deux ans et demi à la faveur d'un accord politique informel sur la répartition des hautes fonctions européennes. Cette élection fut une demi-surprise, car le socialiste bulgare Sergueï Stanichev était initialement pressenti (EUROPE 12287/1).
Au nom du Conseil européen, Charles Michel, a salué en David Sassoli « un Européen sincère et passionné ». « Sa chaleur humaine, sa générosité, sa convivialité et son sourire nous manquent déjà », a-t-il indiqué via Twitter. La Présidence française du Conseil de l'UE a souligné « la dignité, le professionnalisme et la dévotion » avec lesquels le social-démocrate italien a exercé sa fonction.
Dans une déclaration à la presse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vêtue de noir et portant un masque sanitaire noir, a estimé que l'UE avait perdu « un européiste passionné, un démocrate sincère et un homme bon ». « Tout le monde aimait son sourire et sa gentillesse, même s'il savait se battre pour ses convictions », a-t-elle ajouté, à propos de ce « champion de la justice et de la solidarité » qui a toujours défendu « une Europe plus unie, plus proche des gens, plus fidèle à nos valeurs » et qui avait assisté en personne à la chute du Mur de Berlin en 1989.
Le Collège des commissaires européens observera une minute de silence, mercredi 12 janvier, lors du séminaire de rentrée qu'il tiendra à La Hulpe et consacré aux relations UE/Afrique et à l'agenda numérique.
Depuis Rome, le président du Conseil italien, Mario Draghi, a salué en M. Sassoli, un responsable politique profondément pro-européen, « symbole d'équilibre, d'humanité et de générosité ». « Ces qualités ont toujours été reconnues par tous ses collègues de toutes les sensibilités politiques et de tous les pays européens comme la preuve de son extraordinaire passion civique, de sa capacité d'écoute et de son engagement constant au service des citoyens », a-t-il indiqué, dans un communiqué.
Mme Metsola assure l'intérim
Mardi, les institutions de l'Union européenne ont mis leur drapeau en berne pour saluer la mémoire de M. Sassoli, premier président du PE à décéder dans l'exercice de ses fonctions. Le Parlement organisera une cérémonie spécifique lundi 17 janvier à Strasbourg, à l'ouverture d'une session plénière au cours de laquelle se tiendra l'élection du successeur de M. Sassoli.
Candidate du groupe PPE, la chrétienne-démocrate maltaise Roberta Metsola fait figure de favorite. En tant que première vice-présidente du PE, elle assurera l'intérim afin que le Parlement soit en mesure de continuer à fonctionner jusqu'à la tenue de l'élection programmée pour mardi 18 janvier.
« À partir de ce jour, tous les devoirs de la présidence lui incombent » tels que le pouvoir de signature ou la charge du protocole, a confirmé une source parlementaire à EUROPE. Ironie de l'histoire, Mme Metsola doit organiser une élection déjà prévue à l'agenda. Elle devrait présider la Conférence des présidents (CoP) des groupes politiques qui se tiendra jeudi 13 janvier au matin et ouvrir la session plénière, lundi prochain à Strasbourg.
Mardi, à l'invitation de la présidente du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García Pérez, des députés et des membres du personnel du PE se sont réunis sur l'esplanade du Parlement en l'honneur de M. Sassoli. Un livre de condoléances a été ouvert au sein de l'institution et un autre le sera pour les citoyens souhaitant écrire un mot à la mémoire du défunt.
Au sein de l'hémicycle, tous les groupes politiques ont exprimé leur tristesse à propos de la disparition soudaine de M. Sassoli et ont adressé leurs condoléances à sa famille, via Twitter.
Le président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, s'est dit « choqué » par la mort du dirigeant politique, « ambassadeur passionné d'une Europe plus unie et plus sociale ». « J'ai le cœur brisé. L'Europe a perdu un leader. J'ai perdu un ami, la démocratie a perdu un champion », a déclaré Mme Metsola. « Atterré », son compatriote et ancien prédécesseur, l'Italien Antonio Tajani, a déploré le vide que laisse « un grand Président, tant sur le plan politique que sur le plan humain ».
Au nom des sociaux-démocrates, Mme García Pérez a salué « un président du PE passionné et une personne très chaleureuse ». Le secrétaire général du parti PD italien, Enrico Letta, a dit adieu à « une personne d'une générosité extraordinaire » et à un « européiste » avec une vision et des principes qu'il s'efforcera désormais de faire avancer.
« Profondément attristé », le président du groupe Renew Europe, le Français Stéphane Séjourné, a estimé que, grâce à M. Sassoli, « notre assemblée n’a jamais cessé de faire vivre la démocratie européenne, même au cœur de la crise de la Covid-19 ». Le Parlement avait en effet réinventé son mode de fonctionnement pour être en mesure de débattre et de voter sur des textes législatifs à distance, une démarche ayant suscité l'intérêt de nombreux parlements dans le monde.
La coprésidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller, a estimé que M. Sassoli allait « nous manquer terriblement ».
Attristé par la disparition « prématurée » du social-démocrate italien, le président du groupe Identité et Démocratie, l'Italien Marco Zanni, a exprimé les condoléances des députés européens issus du parti La Lega à la famille de M. Sassoli.
Au nom du groupe CRE, le Polonais Ryszard Legutko et l'Italien Raffaele Fitto se sont dits « choqués » par cette « grande perte pour le Parlement européen et pour l'Europe ».
« Très émue », la coprésidente du groupe La Gauche, la Française Manon Aubry, a salué l'action d'un président « très à l'écoute », ayant « toujours maintenu un dialogue constructif avec notre groupe ».
Enfin, au sein des eurodéputés non inscrits, la délégation du Movimento 5 stelle a fait part de l'« immense douleur » que suscite le décès d'« un gentilhomme de la politique, une personne fondamentalement bonne », ayant accompli sa mission « avec discipline et honneur ».
Un homme au service des personnes vulnérables
Le mandat du président Sassoli a été percuté de plein fouet par la pandémie de Covid-19, une crise sans précédent qui a obligé le Parlement européen à se réinventer et qui, selon lui, a permis à l'Europe de démontrer sa valeur ajoutée, notamment avec l'achat groupé de vaccins anti-Covid-19 et le déploiement du Plan de relance européen Next Generation EU.
Au plus fort de la pandémie, M. Sassoli avait marqué les esprits en prenant l'initiative, au printemps 2020, d'ouvrir les locaux du Parlement à Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg et de mettre à contribution les services de l'institution de l'UE pour accueillir des femmes en situation de précarité, fournir quotidiennement des repas distribués aux étudiants et aux personnes dans le besoin, transporter et distribuer des marchandises, faciliter les rencontres entre les personnes âgées et leur famille.
Voir notre dossier spécifique : https://bit.ly/3nclElV
Au printemps 2021, dans une interview accordée à EUROPE, le président défunt avait plaidé pour la mise en place d'une Europe de la santé publique, avec un transfert de compétences nationales vers le niveau européen, comme cela a été accompli pour la santé animale après la crise de la vache folle (EUROPE 12688/1). Il avait souligné l'urgence de sortir de la crise en venant à bout des inégalités socioéconomiques.
Selon lui, la Covid-19 a vaincu le nationalisme. « Parce qu'avec la Covid-19, tous les citoyens ont compris qu'on ne peut pas s'en sortir seuls. Quand on prend conscience qu'il y a besoin de solidarité, de coopération, le nationalisme est vaincu », avait-il affirmé. (Mathieu Bion avec Émilie Vanderhulst)