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Bulletin Quotidien Europe N° 12780
ACTION EXTÉRIEURE / Interview afghanistan

La communauté internationale doit faire pression sur les talibans, selon un parlementaire afghan

Un membre du Parlement afghan s’est confié à EUROPE sous couvert d’anonymat, lundi 30 août, après une première rencontre en avril (EUROPE 12705/19), sur la situation dans son pays, qu’il qualifie de « désastre ».

Selon lui, la communauté internationale doit mener une pression diplomatique sur les talibans « pour s'assurer qu'ils réagissent comme des êtres humains ».

Ce parlementaire a expliqué que les pressions devaient consister à la fois en une non-reconnaissance et des sanctions. Il a ajouté qu’il était nécessaire de garder ceux qui sont déjà sanctionnés sur les listes de sanctions et de désigner les talibans en tant que groupe terroriste.

Au-delà des pressions diplomatiques, le parlementaire a demandé à la communauté internationale de continuer à aider ceux qui ont travaillé pour « la démocratie, les libertés » ou le gouvernement, pour les entreprises internationales ou des ONG internationales. « Ils sont vraiment en danger », a-t-il estimé.

Selon le parlementaire, la communauté internationale devrait faire pression sur le Pakistan pour qu'il ouvre ses frontières et qu'il agisse correctement, car, d’après lui, même les talibans écoutent beaucoup le Pakistan.

La communauté internationale doit aussi poursuivre son aide humanitaire, en particulier pour soutenir les personnes déplacées à l’intérieur du pays, par le biais des organisations internationales, notamment pour fournir des tentes, de la nourriture et des médicaments, a-t-il ajouté. Il y aurait quatre millions de personnes déplacées. 

Interrogé sur l’annonce, par les talibans, de la formation, dans les prochaines semaines, d'un gouvernement inclusif, le député, dont l’avenir en Afghanistan est incertain, s’est montré dubitatif. « Je ne leur fais pas confiance. Ils appellent à un gouvernement inclusif, mais un gouvernement inclusif selon leurs propres vues et à leur manière, ce qui signifie (...) que peut-être le gouvernement sera contrôlé par les pachtounes et les autres ethnies seront en quelque sorte des bouche-trous », a-t-il expliqué, ajoutant que certaines ethnies seront aussi oubliées. De plus, pour les membres du gouvernement issus des autres ethnies, « ils ne prendront pas quelqu'un qui est ouvert d'esprit ou démocrate ».

Le parlementaire a aussi expliqué que les talibans n’avaient pas changé, même s’ils sont devenus plus intelligents dans leurs relations avec les communautés internationales et ont amélioré leurs relations publiques. « Ce qu’ils disent et ce qu’ils font sont deux choses différentes », a-t-il prévenu. Il a rappelé que les talibans interdisaient toujours aux femmes de sortir de chez elles pour travailler, que les médias étaient interdits et qu’il n’y a pas d’élections. « Ils battent les gens dans les rues. Ils vont dans les maisons des gens et puis ils les harcèlent, les tuent... », a-t-il ajouté. « Le point fondamental est les droits de l'homme, les droits de la femme. Au moins, si ce n'est pas une démocratie complète, une certaine démocratie devrait être accordée », a-t-il ajouté.

Le député a aussi estimé que la population pourrait se soulever contre les talibans, « peut-être dans quelques semaines, dans quelques mois au maximum ». Il a rappelé que des manifestations s’étaient tenues le jour du drapeau national, le 19 août. « Combien de temps les talibans peuvent-ils retenir cette nouvelle génération ? », s’est-il interrogé. « Je pense que les talibans vont jouer avec les gens et au moment où cela arrivera, beaucoup de gens commenceront à penser, ‘ok, maintenant, nous devons nous battre pour nos droits’ », a-t-il ajouté. Selon lui, la résistance se met en place dans le pays.

Le Parlement européen examine la situation

La conférence des présidents des groupes politiques au Parlement européen a été informée lundi par le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, notamment sur l’évacuation du personnel de l’UE, sur les opérations des États membres et des États-Unis et sur la crise humanitaire à venir.

Selon le compte-rendu de la réunion par le groupe PPE, obtenu par EUROPE, le Haut Représentant a aussi mentionné, entre autres, les risques sécuritaires élevés et le renforcement attendu de Daech ou encore les flux migratoires.

Le PPE se serait interrogé sur ce que l’UE va faire maintenant. Les groupes S&D, Verts/ALE, Renew Europe et La Gauche, de leur côté, auraient insisté principalement sur la nécessité pour l'UE de faire preuve de solidarité et d'accueillir les réfugiés afghans. « Nous faisons la distinction, ce n’est pas de la migration, mais de l’asile », a précisé une source européenne. M. Borrell aurait expliqué que, si les talibans laissaient partir ceux qui le souhaitaient, il s’agirait de centaines de milliers de personnes.

Selon notre source, certains présidents de groupes politiques auraient estimé que l’UE doit faire plus pour que la politique de sécurité et de défense de l’UE soit digne de ce nom.

Après une discussion en commission des affaires étrangères, ce 1er septembre, les députés débattront en session plénière et voteront une résolution sur l'Afghanistan, à Strasbourg, dans la semaine du 13 au 16 septembre.

Le 2 septembre, les ministres européens de la Défense, puis ceux des Affaires étrangères, discuteront eux aussi de la situation en Afghanistan (voir les autres nouvelles). (Camille-Cerise Gessant et Mathieu Bion)

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