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Bulletin Quotidien Europe N° 12774
ACTION EXTÉRIEURE / Afghanistan

Après la chute de Kaboul, l'UE et la communauté internationale se mobilisent

En réaction à la prise de Kaboul par les talibans le 15 août, la communauté internationale a multiplié les réunions pour discuter de la situation en Afghanistan. Après les ministres des Affaires étrangères des États membres de l’UE le 17 août, des pays de l’OTAN le 20 août, la prochaine rencontre se tiendra au niveau des dirigeants du G7, ce mardi 24 août.

« Il est essentiel que la communauté internationale travaille ensemble pour assurer des évacuations sûres, prévenir une crise humanitaire et aider le peuple afghan à préserver les acquis des vingt dernières années », a déclaré le Premier ministre britannique, Boris Johnson, dont le pays assure actuellement la Présidence du G7.

La priorité des Occidentaux, que ce soit du côté de l’OTAN ou de l’UE, a été et reste l’évacuation de leurs ressortissants et des Afghans qui ont collaboré avec eux et qui risquent des représailles des talibans. La prolongation des opérations d’évacuation au-delà de la date limite du 31 août devrait être discutée lors du G7, alors que les talibans ont déjà refusé que les Américains restent dans le pays au-delà de cette date.

Le 20 août, dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont exhorté « ceux qui exercent l’autorité en Afghanistan » à respecter et à faciliter le départ sécurisé et méthodique de ces personnes, notamment depuis l’aéroport international Hamid Karzaï, à Kaboul (https://bit.ly/3znuOQA ).

Le lendemain, lors d’un déplacement en Espagne en compagnie de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à la rencontre de collaborateurs afghans de la délégation de l’UE en Afghanistan, évacués quelques jours plus tôt, le président du Conseil européen, Charles Michel, a promis qu'« à court terme » il allait continuer de travailler avec M. Borrell et les partenaires internationaux de l’UE pour « tenter de garantir un rapatriement sûr de celles et ceux qui font le choix de quitter l'Afghanistan compte tenu des circonstances auxquelles ils sont confrontés ».

Les États membres ont permis l'obtention du visa requis pour près de 400 personnes et leurs familles, qui ont travaillé pour soutenir la délégation de l’UE et ses missions en Afghanistan. Le Haut Représentant a expliqué, le 17 août, à l'issue d'une réunion ministérielle, que les Européens devaient être en contact avec les autorités à Kaboul, « quelles qu’elles soient », afin de discuter des évacuations et d’engager un dialogue « aussi vite que possible pour prévenir d’un désastre humanitaire et d’un potentiel désastre migratoire », mais aussi d’une crise humanitaire.

Tensions sur la question migratoire

Au-delà de l’évacuation des Européens et de leurs collaborateurs, l'UE s’inquiète d’une possible nouvelle vague migratoire. « Nous devons veiller à ce que la nouvelle situation politique créée en Afghanistan par le retour des talibans ne conduise pas à un mouvement migratoire de grande ampleur vers l'Europe. Nous devons assurer une coordination entre les États membres de l'Union européenne et les pays de transit », qu’il faut soutenir, a expliqué M. Borrell.

Lundi 24 août, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a déclaré qu'« il était important que l'UE soutienne les pays proches de l'Afghanistan afin de s'assurer que des flux supplémentaires de réfugiés n'arrivent en Europe ».

Les dissensions sont déjà présentes entre Européens. « À ceux qui ne peuvent pas rentrer ou rester chez eux, nous devons offrir des alternatives », a souligné Mme von der Leyen. Selon elle, il est nécessaire d’offrir des itinéraires légaux et sûrs dans le monde entier, organisés par la communauté internationale, à ceux qui ont besoin de protection, citant notamment les journalistes, les défenseurs des droits de l'homme, les femmes et les filles.

Mme von der Leyen a aussi appelé « tous les États qui ont participé à la mission en Afghanistan - les Européens et les autres - à octroyer des quotas de réinstallation suffisants et des voies d'accès sûres, afin que nous puissions collectivement accueillir les personnes ayant besoin de protection ». « La Commission est prête à examiner les moyens budgétaires nécessaires pour soutenir les États membres de l'UE qui s'engageront à aider à la réinstallation des réfugiés », a-t-elle annoncé.

À l’inverse, le Premier ministre slovène, Janez Janša, dont le pays assure la Présidence du Conseil de l’UE, a prévenu qu’il ne « permettrait pas la répétition de l'erreur stratégique de 2015 ». « Nous n'aiderons que les personnes qui nous ont aidés au cours de la mission de l'OTAN et les États membres de l'UE qui protègent notre frontière extérieure », a-t-il précisé sur Twitter. 

Une déclaration critiquée par le président du Parlement européen, David Sassoli. Selon lui, il n’appartient pas à la Présidence du Conseil de dire ce que l’UE va faire. « Toutes nos institutions travaillent pour voir quelle solidarité est nécessaire pour ceux qui sont menacés par le nouveau régime, et pas seulement les Afghans qui ont travaillé avec nous », a-t-il souligné, invitant M. Janša à discuter avec les institutions européennes afin que nous puissions décider des prochaines étapes. « Il est clair que nous devons faire preuve de solidarité », a précisé M. Sassoli.

Vers un retour en arrière ?

Plus largement, la communauté internationale s’inquiète de l’avenir de l’Afghanistan. 

Les Alliés ont appelé à la cessation immédiate des violences et au respect, « en toutes circonstances », des règles et des normes internationales en matière de droits de la personne et du droit international humanitaire.

Ils ont aussi appelé toutes les parties prenantes en Afghanistan à œuvrer de bonne foi à la mise en place d’un gouvernement inclusif et représentatif, avec la participation véritable des femmes et des groupes minoritaires. « Tout gouvernement afghan à venir devra respecter les obligations internationales de l’Afghanistan, protéger les droits de la personne au sein de la société afghane dans son ensemble (...), préserver l'État de droit, permettre un accès sans entrave de l’aide humanitaire, et veiller à ce que l’Afghanistan ne redevienne jamais un sanctuaire pour les terroristes », ont détaillé les Alliés. 

La communauté internationale craint un retour en arrière concernant les progrès politiques, économiques et sociaux accomplis ces vingt dernières années, notamment sur les droits des femmes. Selon le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, tout gouvernement afghan qui réduirait ces progrès à néant se retrouvera isolé au niveau international.

Le 18 août, 19 pays tiers et l’UE ont publié une déclaration commune soulignant leurs profondes inquiétudes « pour les femmes et les filles afghanes, leurs droits à l'éducation, au travail et à la liberté de mouvement » (https://bit.ly/3sRHflD ). Ils ont appelé « les personnes en position de pouvoir et d'autorité » à garantir la protection des femmes et des filles, ajoutant que toute forme de discrimination et d'abus devait être évitée. Ces pays et l’UE se sont dits prêts à apporter aux femmes et aux filles une aide humanitaire et un soutien, afin que leurs voix puissent être entendues.

L’UE, par la voix de la présidente de la Commission, a annoncé qu’elle était fermement engagée à continuer à soutenir les ONG qui opèrent dans le pays. Près de 3,7 millions de personnes sont déplacées dans le pays, dont 80% sont des femmes, des filles et des enfants.

Elle a ajouté que la Commission travaillait à augmenter son aide humanitaire, dont l’enveloppe prévue pour 2021 est de 57 millions d'euros. Mme von der Leyen a aussi prévenu que le milliard d'euros de fonds européens réservés à l'aide au développement pour 2021-2027 était lié à des conditions strictes, y compris le respect des droits de l'homme et de la femme et le bon traitement des minorités. « Pas un seul euro d'aide au développement ne peut aller à un régime qui refuse aux femmes et aux filles leurs pleines libertés et leurs droits à l'éducation et aux carrières », a-t-elle mis en garde.

L'OTAN veut tirer les leçons de la situation

L’Alliance atlantique, pour sa part, a décidé, « au vu des circonstances actuelles », de suspendre tout soutien aux autorités afghanes.

« Il y a des questions difficiles que nous devons nous poser sur notre engagement en Afghanistan. Nous étions conscients des risques liés au retrait de nos troupes, mais la rapidité de l'effondrement du leadership politique et militaire afghan, ainsi que des forces armées, n'avait pas été anticipée. Il y a de nombreuses leçons à tirer », a reconnu M. Stoltenberg, alors que l’OTAN a formé l’armée afghane.

Les Alliés vont donc mener une réflexion « exhaustive » sur leur action dans le pays et en tireront les enseignements nécessaires. (Camille-Cerise Gessant)

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