Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé, lundi 26 juillet, que le monde post-Covid-19 sera « plus inégalitaire, plus asiatique et plus numérique ».
« Le monde vers lequel nous nous dirigeons après le virus est un monde - ou sera un monde - plus inégalitaire, plus asiatique et plus numérique. Je pense que ce seront ses trois caractéristiques, qui ne sont pas toutes nécessairement bonnes », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse à l’occasion du cours 'Quo Vadis Europa' à Santander (Espagne).
M. Borrell a estimé que le monde sera « beaucoup plus inégalitaire », que ce soit entre les pays ou au sein de ceux-ci. Il sera aussi « plus asiatique, car il y aura eu une accélération du déplacement du pouvoir économique vers le Pacifique, vers l'Asie du Sud-Est ». Enfin, le monde sera « plus numérique » car, lors de la pandémie, les outils numériques ont pris de l’ampleur.
De plus, selon le chef de la diplomatie européenne, le monde sera plus multipolaire, mais moins multilatéral. « De la fin de la guerre froide à aujourd'hui - ou jusqu'à récemment – le monde était unipolaire. Et maintenant, c'est une bipolarité imparfaite, parce qu'il y a d'autres pôles et l'Europe devrait viser à être l'un d'entre eux », a-t-il prévenu, ajoutant que les Européens voulaient contribuer à rendre le monde plus multilatéral.
Le Haut Représentant a en outre estimé que le monde sera plus dangereux. « Il sera dominé par la rivalité entre la Chine et les États-Unis, ce qui est inévitable et logique au regard de l'émergence de la Chine face à la puissance américaine », a-t-il ajouté. Face à cette rivalité, l’UE « n’a aucun intérêt à déclencher une nouvelle guerre froide », a prévenu M. Borrell.
Selon lui, les Européens seront toujours plus proches de Washington que de Pékin, partageant avec les États-Unis « le même système politique, une démocratie multipartite, le même système économique », même si cela ne signifie pas que leurs intérêts « coïncident toujours ». « C'est pourquoi l'Europe doit trouver une place qui ne soit pas dépendante de l'un des deux acteurs, mais qui puisse défendre ses propres intérêts. Cela sera difficile, mais je pense que ce sera l'épreuve décisive de l'existence d'une Europe en tant que puissance géopolitique », a estimé le Haut Représentant. (Camille-Cerise Gessant)