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Bulletin Quotidien Europe N° 12710
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CARTE BLANCHE / Social

La directive sur les salaires minimums est un test décisif pour l’Europe sociale, par Mounir Satouri

Mounir Satouri est eurodéputé français au sein du groupe Verts/ALE, membre de la commission de l'emploi et des affaires sociales.

La définition d’un salaire minimum est l’une des plus anciennes luttes du droit du travail. Aujourd’hui, si l’Union européenne ne parvient pas à adopter une directive qui crée une convergence ascendante des salaires minimums et protège les travailleurs les moins bien payés de nos sociétés et leurs familles avec des salaires minimums décents, aucune déclaration d’intention ou beau discours ne pourra sauver la face de l’Europe sociale. Avec l’impact économique de la pandémie de Covid-19, nous pouvons nous attendre à ce que plus de travailleurs aient besoin de cette protection à l’avenir. En cette heure grave, l’Europe sociale est confrontée à un test décisif : l’Union sera-t-elle capable d’assurer ce droit crucial et fondamental des travailleurs ?

Une bataille pour les femmes, les jeunes et les travailleurs ayant des contrats atypiques

D’un point de vue éthique, la question des salaires minimums importe à tous. Mais statistiquement, cette bataille est plus importante pour les femmes, les jeunes, les travailleurs peu qualifiés, les parents seuls, ainsi que les travailleurs ayant des contrats atypiques, y compris les travailleurs handicapés dans les ateliers protégés. Deux fois plus de femmes que d’hommes gagnent un salaire minimum dans l’UE. Au cours de la dernière année, beaucoup de personnes ont reconnu la valeur sous-estimée des travailleurs gagnant un salaire minimum, qui accomplissent souvent des tâches essentielles pour nos sociétés. L’adoption par l’Union d’une directive utile pour assurer des salaires minimums de vie décente est un enjeu qui importe en particulier pour ces travailleurs.

Augmenter les salaires, au-delà de susciter les espoirs

Que les salaires minimums soient fixés par le biais de conventions collectives ou par la loi, chaque travailleur dans l’Union devrait pouvoir utiliser cette directive pour contester un salaire indécent et obtenir réparation devant les tribunaux.

Nous, les Verts/ALE, refuserons de revendiquer de fausses victoires qui suscitent l’espoir des travailleurs gagnant un salaire minimum sans augmenter leurs salaires. Il est important de viser à ce que 90% des travailleurs soient protégés par la négociation collective, comme le proposent les corapporteurs du texte au Parlement. Toutefois, nous savons que la mise en place d’une couverture complète de négociation collective sera un travail de longue haleine. Il est essentiel et urgent de veiller à ce que chaque travailleur dans l’Union gagne un salaire minimum décent. Si nous ne le faisons pas, de nombreux travailleurs - souvent les plus vulnérables - seront laissés pour compte. Le Parlement européen a le devoir d’être audacieux, ambitieux et ponctuel et de relever ce défi aujourd’hui.

Répondre à un besoin européen

Au moment où neuf États membres ont demandé de rétrograder la directive en une recommandation, il est compréhensible que les corapporteurs du Parlement ne s’attendent pas à parvenir à une directive qui dépasse l’état actuel des traités. Mais si cette directive ne répond pas aux besoins des travailleurs gagnant un salaire minimum dans l’Union, la question de savoir si l’Union possède des compétences suffisamment solides dans ce domaine deviendra notre préoccupation.

L’Union et ses États membres doivent veiller à ce que les droits reconnus par la Charte sociale européenne et la proclamation de Göteborg deviennent une réalité, et empêcher une concurrence malsaine qui fait baisser les salaires les plus maigres. L’Union devrait déjà utiliser l’objectif fixé par les traités d’améliorer les conditions de vie et de travail afin de rendre possible leur convergence vers le haut.

Le salaire minimum doit être une protection et non un compromis

Les niveaux de salaire minimum ne peuvent pas dépendre de la productivité des travailleurs, et les salaires minimums ne peuvent être équitables que s’ils assurent un revenu de vie décente. Rappelons-nous qu’un travailleur sur dix dans l’Union est menacé par la pauvreté. Pour être efficace comme moyen d’éradiquer la pauvreté et d’offrir une protection sociale, les salaires minimums ne devraient dépendre que des besoins des travailleurs et de leurs familles dans toutes les régions et villes, et être fixés à un minimum de 60% du salaire médian brut national.

Nous nous engageons à lutter contre toute forme de discrimination, y compris à l’égard des travailleurs handicapés. Aucune modification discriminatoire du salaire minimum n’est acceptable, et tout travail de valeur égale mérite un salaire égal.

Enfin, un minimum étant un minimum, les travailleurs gagnant un salaire minimum ne devraient pas avoir à acheter leur équipement de travail avec ce revenu. Les déductions au salaire minimum frappent habituellement les travailleurs qui sont déjà victimes de discrimination.

Tout le monde devrait gagner suffisamment pour se permettre de protéger sa santé et la planète

Vivre décemment ne signifie pas avoir accès uniquement aux biens et services de la plus faible qualité. Les biens et services que les travailleurs dans l’Union devraient se permettre avec un salaire minimum pour leur famille et eux-mêmes devraient protéger leur santé et l’environnement. Élever les salaires minimums à un seuil d’adéquation qui permette de vivre durablement peut contribuer à la réalisation des objectifs du Pacte vert en Europe et permettre à chacun de participer à la sauvegarde de notre planète, à la protection de notre environnement et de notre biodiversité, et de soutenir nos agriculteurs, industries et producteurs locaux.

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