Malgré l’aspect informel de la réunion de type 'Gymnich', c’est un programme chargé qui attend les ministres des Affaires étrangères européens les 27 et 28 août à Berlin. Ainsi, la situation en Biélorussie, les relations avec la Turquie et les tensions en Méditerranée orientale, la Russie et la situation post-Covid-19 seront au programme.
Biélorussie. Les ministres discuteront tout d’abord de la situation en Biélorussie, alors que les manifestations se poursuivent dans le pays.
Ils devraient, selon un haut fonctionnaire européen, s’entretenir en profondeur sur les différentes approches que pourrait adopter l’UE vis-à-vis de la crise politique biélorusse, notamment sur les sanctions envers des membres du régime du président Alexandre Loukachenko que les Européens pourraient adopter dans les prochains jours.
« Aucune décision ne sera prise », du fait du format informel du 'Gymnich', a précisé ce haut fonctionnaire. Il a espéré cependant que les ministres reprendront à leur compte le principe d'imposer des sanctions. Peut-être même se mettront-ils d’accord sur quelques noms de personnalités qui feront l’objet de mesures ? Une fois la décision politique prise, l'adoption formelle, par procédure écrite, pourra rapidement avoir lieu.
Si, le 19 août, le président du Conseil européen, Charles Michel, avait parlé de mesures envers un « grand nombre de responsables de la violence, de la répression et de la falsification des résultats électoraux », selon ce haut fonctionnaire, « 15-20 personnes » pourraient être concernées.
Le 1er mars 2016, l’UE avait levé les sanctions à l’encontre de 170 personnes, dont M. Loukachenko, et contre trois entités, après l’élection présidentielle d’août 2015 qui s’était déroulée sans violence et pour améliorer les relations UE/Biélorussie (EUROPE 11490/2).
Les ministres pourraient aussi réfléchir aux réponses à donner à la nécessité de dialogue dans le pays, aux répressions et à l’implication de la Russie.
Mardi 25 août, la secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure avait annoncé qu’après le 'Gymnich', l’UE se pencherait sur un réexamen de ses relations avec Minsk (EUROPE 12545/6).
Turquie. Les chefs des diplomaties européennes se pencheront ensuite sur la situation en Méditerranée orientale et sur les relations avec la Turquie.
La situation est toujours tendue et pourrait se compliquer encore avec la tenue, depuis mercredi 26 août, d’un exercice militaire conjoint entre la Grèce, l’Italie, Chypre et la France, dans le cadre de l'Initiative quadripartite de coopération (SQAD), au sud de la Crète et de Chypre.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, dont le pays assure actuellement la Présidence du Conseil de l’UE, s’est rendu en Grèce et en Turquie, mardi 25 août, pour essayer d’apaiser les tensions et les inciter au dialogue sur la délimitation des eaux en Méditerranée.
Comme annoncé lors du Conseil 'Affaires étrangères' du 13 juillet, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, devrait présenter des options pour l’avenir des relations avec la Turquie (EUROPE 12526/1).
Selon un haut fonctionnaire, l’objectif est de mener un « brainstorming » sur toutes les options possibles, qui vont au-delà des sanctions. L’idée est de présenter des options qui seront sur la table pour le futur, notamment en vue du Conseil européen des 24 et 25 septembre prochains.
Russie. Les ministres discuteront ensuite de la Russie, sur la base d’un rapport du Haut Représentant dressant un état des lieux des relations bilatérales. Selon le haut fonctionnaire, M. Borrell souhaite une « discussion stratégique ».
À la suite de l’annexion russe de la Crimée, l'UE a développé une politique de double approche envers la Russie. En mars, le Haut Représentant avait annoncé que, tout en préservant les cinq principes directeurs qui dictent leurs relations avec Moscou, les Européens allaient regarder les domaines d’intérêt mutuel, plaidant pour un accroissement de l’engagement de l’UE dans certains domaines, tels que l’énergie, le changement climatique, l'Arctique, ou encore la Syrie et la Libye (EUROPE 12441/11).
Les ministres pourraient aussi revenir sur l’empoisonnement de l’opposant politique russe Alexeï Navalny, actuellement hospitalisé à Berlin, à quelques kilomètres de la réunion ministérielle.
Enfin, le 'Gymnich' permettra de faire un point sur la situation post-Covid-19, en prenant en compte les deux principes directeurs de l’UE : le multilatéralisme et l’autonomie stratégique.
En amont de leur réunion, ce jeudi midi, les ministres rencontreront leur homologue israélien, Gabi Ashkenazi. Les discussions devraient porter sur le processus de paix au Proche-Orient, mais aussi sur les relations bilatérales. (Camille-Cerise Gessant)