Si la question de l'inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie de l'UE sur la finance durable avait déjà fait l'objet d'un lobbying intense au moment de la négociation du texte législatif entre le Conseil de l'UE et le Parlement européen, les lobbyistes ne semblent pas avoir dit leur dernier mot.
Des données publiées mardi 25 août par l'organisation Reclaim Finance montrent que le lobbying autour de ce dossier s'est accéléré, en vue de l'adoption, d'ici la fin de l'année, du premier règlement délégué établissant la taxonomie pour l'atténuation du changement climatique et l'adaptation au changement climatique (EUROPE 12453/25).
L’organisation a épluché les données communiquées, depuis 2018, par plusieurs entreprises et lobbies de l’industrie du gaz et du nucléaire, dans le registre de transparence de l’UE. Selon son estimation prudente, 189 acteurs de ces deux industries mobiliseraient en tout 825 lobbyistes et dépenseraient entre 71,4 et 86,6 millions d'euros par an pour influencer les décisions de l'UE.
Et, selon Reclaim Finance, la Commission européenne aurait largement tendu l’oreille. Entre janvier 2018 et juillet 2020, les fonctionnaires de l'UE auraient tenu pas moins de 310 réunions avec des lobbyistes issus de ces secteurs, dont 52 entre mars et juillet 2020, après la publication des recommandations finales du groupe technique d’experts sur la finance durable (EUROPE 12442/14). Une légère augmentation de la fréquence de ces réunions après mars, passant de 2,28 à 2,86 réunions par semaine, est également constatée.
L’organisation, qui craint que le gaz et le nucléaire puissent être réintégrés dans la taxonomie, demande à la Commission de « couper tout lien avec les lobbies des combustibles fossiles ».
Pour rappel, lors de leurs négociations, le Conseil de l'UE et le PE s'étaient accordés pour exclure explicitement les activités de production d'électricité à partir de combustibles fossiles solides, comme le charbon. Mais, pour l’énergie nucléaire et le gaz, la question avait été laissée à plus tard (EUROPE 12393/20).
En mars, le groupe technique d’experts sur la finance durable avait indiqué ne pas être en mesure de conclure que l'énergie nucléaire ne causait pas de dommages significatifs à d'autres objectifs environnementaux et avait ainsi recommandé des travaux plus approfondis sur la question. (Marion Fontana)