En ce moment, le risque de créer des « actifs échoués » (‘stranded assets’) dans le secteur de l’énergie est « énorme », a estimé, lundi 27 juillet, le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Pacte vert européen, Frans Timmermans, à l’occasion d’une interview pour le Centre sur la politique énergétique mondiale de l’université Columbia.
Le vice-président a ainsi assuré comprendre les inquiétudes des environnementalistes face au risque que les fonds publics mobilisés pour la relance économique post-Covid-19 soient « gaspillés » pour soutenir des « pans entiers de l’économie sans avenir » tels que l’industrie du charbon.
Selon lui, ce risque est « énorme », car, lorsque le chômage augmente – les prévisions économiques de Printemps publiées par la Commission anticipent une remontée du chômage à 9% pour 2020 (EUROPE 12481/1 - 12522/1) –, il est « tentant pour les responsables politiques » de se contenter de solutions à court terme pour relancer la machine économique, sans se soucier des impacts à plus long terme, en particulier sur l’environnement.
Contrairement aux environnementalistes, M. Timmermans reste néanmoins convaincu que le gaz naturel a un rôle à jouer dans la transition du système énergétique de l’UE et qu’il est possible d’investir dans ce combustible fossile sans créer des actifs échoués.
À ses yeux, les infrastructures gazières pourront, à l’avenir, être « relativement facilement » adaptées au transport de gaz plus propres tels que l’hydrogène renouvelable, de telle sorte qu’elles ne deviendront pas des actifs échoués.
En outre, le Néerlandais est d'avis que, dans le cas de pays comme la Pologne, le passage du charbon au gaz naturel pour le chauffage, en tant que phase provisoire avant le passage aux énergies renouvelables, est la seule option réaliste.
« Je ne peux tout simplement pas nier le fait que, dans certains de nos États membres, la transition vers les énergies renouvelables […] ne peut pas se faire en une fois », a-t-il ainsi déclaré.
Le vice-président de la Commission a en outre estimé qu'une telle transition du charbon au gaz permettra déjà d’obtenir un « gain énorme » en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES).
Une assertion qui ne fait pas l’unanimité. D’après une étude du groupe de réflexion (‘think tank’) Energy Watch Group (EWG) publiée en 2019 (http://bit.ly/2mlIyuN ), si l’on tient compte des émissions de méthane survenues dans l’ensemble de la chaîne de l’industrie gazière, le passage du charbon et du pétrole au gaz naturel dans les centrales électriques et les systèmes de chauffage augmenterait les émissions de GES dues à la consommation d’énergie d’environ 40%.
Enfin, M. Timmermans considère que le gaz a également un rôle à jouer pour produire de l’hydrogène en combinaison avec des technologies de captage et stockage du carbone (CSC), permettant ainsi d’obtenir ce que la Commission appelle « l’hydrogène à faible teneur en carbone ».
Appelée aussi ‘hydrogène bleu’, cette forme d’hydrogène permettra de dégager les volumes nécessaires à la formation d’un véritable marché de l’hydrogène, encourageant ainsi le développement ultérieur d’hydrogène renouvelable, ou 'hydrogène vert', a estimé le vice-président. (Damien Genicot)