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Bulletin Quotidien Europe N° 12497
POLITIQUES SECTORIELLES / Migration

Même en temps de pandémie, il est possible de gérer les débarquements de migrants en respectant les normes internationales, rappelle le UNHCR

Gonzalo Vargas Llosa est le responsable du bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR) auprès de l'Union européenne. Pour EUROPE, il a répondu par écrit à quelques questions sur la situation pendant la pandémie, sur les sauvetages en mer alors que Malte est accusée de refouler des migrants vers la Libye et a récemment bloqué des débarquements, ainsi que sur le Pacte sur l’asile (Propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe : Ces derniers mois, toute l’attention médiatique a été concentrée sur la Covid-19, mais quelle a été la situation migratoire ?

Gonzalo Vargas Llosa : Le virus a mis beaucoup d’aspects de nos vies entre parenthèses, mais les conflits n’ont pas cessé, les gens continuent de fuir et certaines populations - les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur d’un pays - sont encore plus à risques. La crise exacerbe les vulnérabilités et les inégalités ; 85 % de la population réfugiée au monde vit dans des pays en développement où les services de santé sont souvent vite saturés ; beaucoup se trouvent dans des camps surpeuplés, sans accès adéquat à la santé, à l’eau potable, à des infrastructures sanitaires.

C’est une crise globale qui nécessite une réponse globale. Et cela inclut l’UE et les États membres. Nous avons récemment publié des recommandations et vu déjà quelques actions positives. La Commission, par exemple pour les restrictions aux voyages non essentiels, a fait des exceptions pour la protection internationale.

Mais il faut aller plus loin : un financement accru pour les pays hors d’Europe abritant des réfugiés est plus urgent que jamais. Pour les États membres, on ne peut que souligner que toute mesure limitant ou adaptant le droit d’asile pour prévenir la Covid-19 doit être proportionnée et en ligne avec le droit international. L’essentiel doit être préservé : l’accès au territoire et des conditions d’accueil adéquates, par exemple via la quarantaine ou des contrôles de santé. Mais, là aussi, on a vu quelques bonnes pratiques.

Y a-t-il eu plus de départs depuis la Libye et la Tunisie vers l'Italie ou Malte ?

Les mouvements se poursuivent dès que c'est possible d'un point de vue pratique. Ce qui s'est probablement intensifié, c'est la lutte pour la survie des réfugiés et des migrants hors de leurs pays, car l'impact socioéconomique de la crise va probablement les priver de leurs revenus.

Mais en termes d'arrivées, en dépit de départs individuels à la hausse par rapport au début 2019 (hausse de 290% depuis la Libye, soit 6 629 tentatives entre janvier et fin avril 2020, NDLR), le nombre total de personnes qui entreprennent de traverser la Méditerranée reste assez faible et gérable, surtout lorsque les pays travaillent ensemble.

La récente relocalisation des mineurs des îles grecques a montré que la solidarité est possible même avec la Covid-19. Le HCR appelle depuis toujours à une plus grande coordination et à un meilleur partage des responsabilités pour répondre aux arrivées. Et cela concerne aussi le sauvetage en mer et le lieu de débarquement des migrants. Le secours en mer reste une obligation internationale et les retards dans les sauvetages ne peuvent jamais être justifiés. Même en temps de pandémie, il est possible de gérer cela en respectant les normes. Et personne ne doit être renvoyé en Libye, qui ne peut être considérée comme sûre. 

La Commission devrait présenter en juin le Pacte pour la migration et l'asile. Qu’en attend votre organisation ?

Ce sera une occasion unique de mieux protéger les personnes déplacées tout en soutenant les pays d'accueil. Nous avons partagé nos recommandations avec la Commission. Nous verrons ce qu'il contient, mais nous nous attendons à de prochaines étapes positives. Le HCR plaide pour des procédures d'asile équitables et rapides permettant de déterminer rapidement qui a besoin d'une protection internationale et qui n'en a pas besoin.

Pour qu'un système commun puisse fonctionner, il doit également être soutenu par un mécanisme de solidarité efficace avec des pays qui aident ceux ayant un nombre disproportionné de demandes d'asile.

Il faut aussi un engagement fort pour la réinstallation et d'autres voies légales pour empêcher les voyages dangereux. Cela aiderait aussi les États à mieux gérer les arrivées, de manière plus prévisible.

Et avec 85 % des réfugiés du monde entier dans les pays voisins et en développement, il faut encore revitaliser le soutien financier aux pays extérieurs.

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