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Bulletin Quotidien Europe N° 12344
POLITIQUES SECTORIELLES / Migration

L''Accord de Malte' sur la répartition des migrants peine à rassembler une majorité de pays de l'UE

L’accord de Malte, concocté le 23 septembre par la France, l’Allemagne, Malte et l’Italie avec le soutien de la Présidence finlandaise du Conseil de l’Union européenne, n’a pas fait recette à Luxembourg, mardi 8 octobre, et n’a pas rassemblé davantage de pays que ceux qui s’étaient déjà jusqu’ici portés volontaire dans des cas précédents de débarquement (EUROPE 12333/1). Signe de la difficulté à trouver une ligne commune sur ce dispositif temporaire, les ministres eux-mêmes ont communiqué publiquement des informations différentes...

Pour la ministre française des Affaires européennes, Amélie de Montchalin, qui remplaçait Christophe Castaner, retenu à Paris après l’attaque de la préfecture de police, la réunion a néanmoins été « positive », car cette discussion « cordiale » a été l’occasion d’une « prise de conscience » du fait que l'enjeu est un impératif « humanitaire ».

Les pays prêts à soutenir ce dispositif - qui repose sur la répartition volontaire des personnes débarquées dans les ports italiens ou maltais - seraient une dizaine, selon elle. Selon une source, outre les 4 auteurs de l’accord, il y aurait aussi le Portugal, le Luxembourg, l’Irlande, la Slovénie, la Suède et la Finlande, après la fin de sa présidence du Conseil.

Confusion sur les pays qui soutiennent l'accord

Toutefois, comme l'a affirmé le ministre luxembourgeois Jean Asselborn lors d'un point presse, il n'y aurait en réalité que 7 pays membres à vouloir prendre part à ce mécanisme... Selon d’autres ministres, ce ne serait pas la Slovénie, mais la Lituanie qui serait à bord et seuls deux pays membres supplémentaires - le Portugal et le Luxembourg - auraient, en fin de compte, réellement exprimé un soutien au texte de Malte...

Selon le ministre allemand, Horst Seefoher, ce serait plutôt douze États membres au total qui soutiendraient l'accord en comptant les quatre pays de départ...

Ces pays cités ont, en tous cas, tous - à l’exception de la Slovénie ou peut-être de la Lituanie - participé par le passé, au cas par cas, à des solutions pour le débarquement de bateaux d’ONG et continueront de le faire en fonction des situations. Aucun engagement ni signature n’ont donc été actés mardi, la situation restant assez similaire à celle précédant l’accord de Malte et ne fixant pas noir sur blanc un modèle d’intervention récurrent.

Selon le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, il n’était pas question, mardi, de demander aux États membres des « engagements concrets sur ce mécanisme » ni de signer quoi que ce soit. « La discussion continue », a-t-il souligné.

Pour sa part, la ministre finlandaise de l’Intérieur, Maria Ohisalo, s’est contentée de dire qu’elle espérait toujours que « le plus grand nombre de pays membres participeront », afin de donner une impulsion pour des travaux plus globaux sur la réforme européenne de l’asile. Une réforme qui, de toute façon, ne pourra être réalisée qu’avec « la nouvelle Commission » et de nouvelles propositions, a-t-elle observé. Sur cet accord de Malte, une nouvelle réunion technique aura lieu de toute manière, vendredi à Bruxelles, a dit le commissaire.

Cet accord a été discuté au cours du déjeuner, dans le cadre d’un échange plus vaste sur la migration. Mais si, pour Paris, cette réunion a permis des progrès, d’autres États membres n’ont pas pour autant modifié leur position, jugeant, pour certains d'entre eux, que ce dispositif, même temporaire et volontaire, pourrait se transformer en un corridor d’appel d’air pour l’immigration irrégulière.

Parmi les non-participants : la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche, mais aussi les pays de Visegrad, la Hongrie étant, pour sa part, tout simplement opposée à l’idée même d'une répartition. Certains pays tiers associés à Schengen et à Dublin, comme la Suisse, ont aussi fait savoir leur refus. Pour la Suisse, l’un des problèmes tient au fait que tous les migrants auraient vocation à être répartis, alors que certains présentent davantage le profil de migrants dits 'économiques' que celui de demandeurs d’asile susceptibles de recevoir véritablement une protection.

Pour Berne, la vraie urgence actuellement serait plutôt en Grèce et en Méditerranée orientale et il faudrait aussi pouvoir y répondre.

‘Concurrence’ des routes migratoires

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si trois pays de cette partie de l’UE, particulièrement concernés dernièrement par des hausses dans les arrivées de migrants, sont sortis du bois, mardi, pour demander une nouvelle attention.

La Grèce, Chypre et la Bulgarie ont en effet publié une déclaration commune demandant à leurs homologues européens de regarder à nouveau la situation dans leurs pays et proposant aussi à leurs partenaires de mettre en place une relocalisation de demandeurs d’asile depuis leur pays.

Ces trois pays demandent encore dans cette déclaration un « vrai mécanisme européen de retour ». Quant à Chypre, le ministre de l’Intérieur, Constantinos Petrides, a réitéré, mardi, que sa demande de relocalisation de 5000 personnes formulée cet été n’avait toujours pas reçu « de réponses concrètes ».

Ces trois pays veulent « attirer l’attention de l’UE sur nos régions particulièrement vulnérables », ont expliqué leurs ministres. Le ministre grec Michail Chrysochoidis a souligné en ce sens qu’entre mai et « aujourd’hui », les arrivées dans son pays avaient augmenté de « 240% » et que la Turquie devait absolument tout faire pour enrayer toute nouvelle route migratoire.

Mais l’UE doit aussi faire sa part et étudier éventuellement la faisabilité d’une « nouvelle aide financière » à Ankara.

Les trois pays concernés n’ont ainsi pas pu se rallier à l’accord de Malte, même s’ils en partagent le principe, leur souhait étant également que d’autres pays européens les soulagent rapidement dans la prise en charge des demandeurs d’asile. (Solenn Paulic)

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