Le commissaire européen désigné à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, n’a pas ménagé sa peine, mardi 8 octobre, lors de sa seconde audition devant les députés, pour défendre le maintien du caractère commun de la politique agricole commune (PAC) et des fonds suffisants pour relever les nombreux défis qui attendent les exploitants agricoles de l’UE (EUROPE 12343/3, 12339/4).
C’est un commissaire désigné bien plus précis et engagé qui s’est présenté devant les eurodéputés de la commission de l’agriculture du PE. Ainsi, après l'audition, une majorité des coordinateurs des groupes politiques de la commission 'agriculture' du Parlement européen a recommandé de soutenir la candidature du Polonais Janusz Wojciechowski au poste de commissaire à l’Agriculture dans la nouvelle Commission.
« Merci de me donner l’occasion de préciser mon approche et mon rôle », a déclaré le commissaire désigné à l’Agriculture au début de l'audition. Il a défendu une PAC « plus concurrentielle, plus verte et plus novatrice ». Il compte aussi, durant son mandat, œuvrer pour une PAC plus efficace et plus équitable et défendre « un budget fort, pertinent et adéquat » durant le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE pour 2021-2027.
Janusz Wojciechowski a prôné aussi une simplification encore plus poussée des règles de la PAC et s’est engagé à « réduire la bureaucratie ».
Normes identiques pour les pays tiers importateurs. Il a également souhaité rassurer sur l’amélioration de la position de l’agriculture sur les marchés mondiaux en défendant les accords de libre-échange, mais aussi en assurant vouloir « promouvoir dans les négociations avec les partenaires commerciaux les normes élevées de l'UE en matière de climat, d’environnement et de bien-être animal ». Les normes de l’UE devront être respectées au moment de l’importation des denrées alimentaires sur le marché européen, a insisté le commissaire désigné. Il a plaidé ainsi pour le respect des normes identiques par les producteurs de l’UE et ceux des pays tiers.
M. Wojciechowski a défendu une mise en œuvre réaliste du ‘Green Deal européen’, avec des « incitants plutôt que des interdictions », notamment par le biais d’un système « volontaire » d’écorégimes (programmes écologiques). Il compte aussi promouvoir l’agriculture bio (plan d’action).
Une PAC qui doit rester commune. Il a rassuré les députés sur le besoin de maintenir une PAC « commune. Je souscris à l’anxiété montrée lors de la première audition du 1er octobre ». La PAC doit donc conserver des objectifs et des indicateurs communs, selon lui. Il faut préserver cet aspect communautaire, mais permettre des flexibilités. Il a reconnu qu’il allait falloir se livrer à un exercice « d’équilibriste » afin de trouver un compromis sur cet aspect des propositions réformant la PAC.
Convergence et accaparement des terres. M. Wojciechowski s’est engagé à « accélérer le processus » de convergence interne (entre agriculteurs au sein d’un même pays) et externe (entre les pays de l’UE et les régions) et a promis de suivre de près le problème de l’accaparement des terres : « il faut défendre les agriculteurs menacés. Je veux tenter de mettre en œuvre les suggestions du PE en matière d’accès aux terres », a-t-il promis.
Enfin, il a défendu la « diversité » des types et des tailles des exploitations, après avoir, lors de sa première audition, fortement souligné le besoin de défendre les entreprises familiales (il s’était prononcé contre l’agriculture intensive…)
M. Wojciechowski, qui a été applaudi après son audition, a répondu à 13 questions portant sur différents thèmes.
En répondant à une question de Paolo De Castro (S&D, italien) sur la menace de Washington de vouloir frapper 7,5 milliards de dollars de produits européens de tarifs douaniers punitifs (dans le cadre de la bataille entre Boeing et Airbus), Janusz Wojciechowski a dit qu’il se tenait prêt, le cas échéant, à évaluer les conséquences de ces mesures américaines sur les agriculteurs européens et à déclencher « un régime d’aide pour compenser les pertes subies par les agriculteurs ».
Interrogé par plusieurs députés sur la PAC post-2020, il a soutenu les amendements des députés en faveur d'une part de 20% des aides en faveur des écorégimes et d'une hausse de l'enveloppe de la réserve agricole en cas de crise. (Lionel Changeur)