Les ministres et représentants de ministres des Affaires européennes des Vingt-sept ont, pour la première fois, entendu, lundi 16 septembre, le gouvernement hongrois sur les problèmes relatifs au respect de l’État de droit, identifiés par le PE en septembre 2018 lors du déclenchement de l’article 7. En effet, le gouvernement hongrois a dû s’expliquer sur des problèmes divers allant de la liberté des médias, au traitement des ONG, à la corruption dans le pays.
En arrivant à Bruxelles, la ministre hongroise des Affaires européennes, Judit Varga, avait indiqué qu’elle était là « pour défendre la Hongrie » et qu’elle attendait des autres États membres qu’ils prouvent que cette audition n’était pas un exercice « politique », alors que Budapest estime que le rapport du PE est guidé par les « forces pro-migration ».
Mais l’exercice a duré environ deux heures, selon une source et a été donc plus court que prévu. La ministre était accompagnée de l’ambassadeur auprès de l’UE et d’un autre diplomate, qui ont pu également répondre pour elle. La Hongrie « s’est prêtée au jeu », a relaté une autre source, évoquant un ton correct entre délégations, mais néanmoins « ferme ».
Sur plusieurs questions, Budapest a en tout cas réfuté la position du PE, a poursuivi cette source, comme sur la concentration des médias, avec 80% des titres des médias qui seraient aux mains de proches de Viktor Orbán. Sur ce point, la ministre a estimé que ces chiffres étaient faux et que le secteur était détenu par de nombreux opérateurs privés. Sur ce thème de la liberté de la presse, Mme Varga a estimé que son pays était totalement en conformité avec les standards européens. Sur la corruption, le haut niveau d’investissements du secteur privé dans le pays montre plutôt, au contraire, un climat de confiance.
Dix pays membres - la France, l’Allemagne, le Portugal, le Danemark, la Suède, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, le Luxembourg et l’Italie - ont pris la parole, les questions allant de la liberté académique, au traitement des migrants ou encore, à plusieurs reprises, à l’usage des fonds européens et à la corruption.
Frans Timmermans, le premier vice-président de la Commission, a demandé, à l'issue de la réunion, que de nouvelles auditions sur des thèmes précis couverts par le rapport du PE soient organisées, éventuellement en invitant des organisations extérieures. Si la France et l’Allemagne ont soutenu cette idée de poursuivre les auditions, elle n'a pas été reprise par les autres États membres.
À la fin de cet exercice, la Présidence finlandaise n’a d'ailleurs donné aucun signe sur la marche à suivre et sur la possibilité que se tienne encore une nouvelle audition en 2019. C’est une chose qu’il faudra définir dans « les semaines ou les mois à venir », a commenté la ministre Tytti Tuppurainen, qui va maintenant faire rapport au PE et aux ambassadeurs des États membres auprès de l'UE pour une discussion ultérieure. (Solenn Paulic)