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Bulletin Quotidien Europe N° 12289
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Nominations aux postes clés de l'UE, M. Tusk tente une opération séduction face à un Parlement européen hostile

C’est face à un hémicycle hostile que le président du Conseil européen, Donald Tusk, a défendu, jeudi 4 juillet à Strasbourg, au Parlement européen, le paquet de nominations aux postes clés de l’Union européenne agréé entre les chefs d’État ou de gouvernement en début de semaine (EUROPE 12287/1).

M. Tusk a d'emblée joué franc-jeu. « Pour certains, le Parlement représente une véritable démocratie européenne grâce à ses membres directement élus, tandis que, pour d'autres, c'est plutôt le Conseil européen, en raison de la forte légitimité démocratique des dirigeants (...) En fin de compte, nous devons nous respecter les uns les autres et coopérer les uns avec les autres », a-t-il déclaré. En effet, M. Tusk le sait bien, la pilule au PE a du mal à passer (EUROPE 12287/2).

Alors le président du Conseil européen a abattu ses cartes, rappelant qu’il avait rencontré à plusieurs reprises les leaders des groupes politiques pour s’assurer que « les décisions sont vraiment communes ». Elles ont pu être prises à temps et d’ailleurs beaucoup plus rapidement qu’il y a cinq ans, a-t-il constaté.

« Je crois que ce sont de bons choix », a expliqué M. Tusk, misant tout sur l’équilibre de genre du paquet de nominations, qui propose deux femmes et deux hommes aux postés clés. « C'est un changement très positif. L'Europe ne parle pas seulement des femmes, elle choisit les femmes ! », s’est-il félicité.

« Cela nous a pris trois jours, parce que je voulais m'assurer que tous les États membres, grands ou petits, de tous les coins de l'Europe, étaient à bord lorsqu'il s'agissait de la future direction de l'Union », a-t-il poursuivi.

Anticipant les critiques, il a reconnu que la représentation des pays de l'Est dans la gouvernance de l'UE devait effectivement être améliorée.

Sans oublier les disputes qui animent actuellement le PE, le président du Conseil européen a tenté d'amadouer les écologistes, pointant l'importance de leur présence dans les organes décisionnels de l'UE. « J'en appelle donc à tous mes partenaires pour qu'ils impliquent les Verts dans les nominations, même s'il n'y a toujours pas de leader de ce parti au Conseil européen », a-t-il déclaré.

M. Tusk croit à la nomination d'écologistes à la Commission post-Juncker.

« Un conflit politique très grave entre le Conseil et le PE »

Rien n'y a fait. Le PE reste visiblement très attaché au système des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten') et estime qu'il s'est vu imposer le choix des États membres au détriment de celui des citoyens européens, à entendre les groupes politiques.

« Vous avez ouvert un conflit politique très grave entre le Conseil et le Parlement quant à savoir qui décide en Europe ! », a jugé le vice-président du groupe PPE, Esteban González Pons.

L’élu espagnol n’a pas mâché ses mots. « Vous avez osé dire qui nous devions nommer à la tête de ce Parlement et même pendant combien de temps nous devions nous répartir la présidence entre groupes politiques. Vous en êtes arrivés au point de décider qui sera à la présidence de la Banque centrale européenne, comme si c’était un autre poste politique. Cela s’appelle tout simplement de la grossièreté démocratique ! Vous avez donné raison aux eurosceptiques ! », a-t-il lancé.

Le groupe PPE soutiendra quand même la candidature de la démocrate-chrétienne Ursula Von der Leyen au poste de présidente de la Commission, en faisant preuve de « responsabilité », a-t-il assuré, mais le Conseil et la candidate désignée devront négocier un programme avec le Parlement.

Le groupe S&D se montrera très exigeant sur la feuille de route de la prochaine Commission. « Nous n’appuierons aucun candidat ou candidate qui entende rester immobile par rapport au besoin de faire des réformes sur le plan de la gouvernance économique. Il faut renforcer les politiques sociales », a prévenu la présidente du groupe, l’Espagnole Iratxe García.

Quant au Président du groupe Renew Europe (RE), le Roumain Dacian Cioloș, il a plaidé pour une démocratisation du processus de nomination aux postes clés et a rappelé la volonté de son groupe d’organiser une conférence sur l’avenir de l’UE (EUROPE 12288/3). Entamer une telle réflexion permettrait justement, selon lui, de ne pas être « en proie aux bagarres et aux échanges de vues stériles ».

L'agenda stratégique refait surface

Lors du débat, le groupe Verts/ALE est revenu à la charge sur l'agenda stratégique du PE pour le prochain cycle interinstitutionnel et sur l'impasse des discussions entre les quatre groupes politiques qui le négocient (EUROPE 12288/2). Pour les écologistes, s’il est légitime de critiquer les chefs d’État ou de gouvernement, c’est aussi au sein du Parlement européen que la volonté a manqué et, si le PE en sort affaibli, il devra avant tout s’en prendre à lui-même.

« Cet accord autour d’un contrat de projet aurait permis aux groupes impliqués de désigner une personnalité directement issue des élections pour l’incarner comme Président ou Présidente de la Commission européenne », a rappelé le coprésident du groupe, le Belge Philippe Lamberts.

Selon lui, face à un « projet solide et cohérent, une personnalité crédible pour l’incarner, le tout porté par une majorité large incluant les forces politiques gagnantes des élections », le Conseil européen n'aurait eu d'autres choix que d'accepter pour éviter « une confrontation stérile avec le Parlement, une confrontation dont il ne serait pas sorti gagnant ».

L’élu belge s'en est alors pris aux groupes de la majorité au PE qui, à ses yeux, ont implicitement accepté de « devenir les exécutants des décisions prises ailleurs, au Conseil européen ».

Quant à Marco Zanni, le président du groupe Identité et démocratie (ID), il a accusé ses collègues d'« hypocrisie », les invitant, s’ils souhaitent réellement faire entendre la voix du Parlement et défendre le processus du Spitzenkandidat, à s’opposer, mi-juillet, à la désignation de Mme Von der Leyen à la tête de la Commission.

Dans une très brève intervention à la fin du débat et sous les huées de certains députés, Donald Tusk a uniquement souhaité que les deux institutions de l'UE puissent coopérer et prendre toutes les deux leurs responsabilités. (Marion Fontana)

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