La France et l’Allemagne organisent, lundi 29 avril à Berlin, un sommet sur et avec les Balkans occidentaux, en présence des dirigeants des six pays de la région, de la Croatie, de la Slovénie et de la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini.
Selon une source française, il s’agit d'un « sommet informel de débat et de discussion entre dirigeants », qui devrait porter principalement sur « la coopération et la stabilité régionales », mais dont l’objectif est aussi de pousser Serbes et Kosovars à reprendre leur dialogue. A contrario, pour Paris, qui rechigne à accepter l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, l’élargissement ne fait pas partie des sujets à aborder, car « nous n’avons pas de légitimité à aborder ces questions qui relèvent de l’UE », selon une source française.
À l’occasion de ce sommet, le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, chargé de la région des Balkans occidentaux, a accordé, par écrit, une interview à EUROPE. (propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)
Agence Europe – Selon les Français, l’objectif du sommet n’est pas de se substituer aux autres processus – processus d’adhésion et processus de Berlin –, mais il « marque l’importance pour le couple franco-allemand de traiter de manière informelle, sans résultat recherché, en particulier avec les dirigeants de ces pays, les enjeux de stabilité ». Pensez-vous que l'initiative franco-allemande soit une bonne chose ? N'ajoute-t-elle pas une couche supplémentaire, alors qu’il existe déjà les processus d'intégration et de Berlin ?
Johannes Hahn - Toute forme d'engagement en faveur de cette région est la bienvenue, mais il faut naturellement qu'il soit clair que l'intégration européenne des pays des Balkans occidentaux est une priorité politique de l'UE tout entière. Cela a été confirmé à de nombreuses reprises, l'année dernière encore, lors du sommet des Balkans occidentaux à Sofia, par tous les États membres et les représentants des institutions européennes.
Pourquoi ne serez-vous pas présent à Berlin ?
La réunion portera principalement sur le dialogue entre la Serbie et le Kosovo, qui est de la responsabilité de Mme Mogherini.
Qu'attendez-vous du sommet ? Certains médias allemands parlent d'un plan franco-allemand sur la Serbie/Kosovo (l'existence d'un tel plan a cependant été niée par une source diplomatique française, NDLR). Pensez-vous qu'un tel plan soit utile ?
Cette réunion devrait viser à débloquer l'impasse dans laquelle se trouve actuellement le dialogue entre le Kosovo et la Serbie. Je me félicite donc de l'initiative franco-allemande visant à renforcer l'engagement dans ce domaine. Il est toutefois évident qu'une solution durable, équilibrée et consensuelle ne peut venir que des pays concernés. Après tout, ce sont leurs dirigeants qui doivent mettre en œuvre l'accord et le faire accepter par leurs populations.
Selon une source française, le sommet doit aussi être l’occasion pour la France et l’Allemagne de partager leur expérience en matière de réconciliation. Pensez-vous que cela puisse être utile pour la région des Balkans occidentaux ?
Je pense que nous avons un exemple plus récent qui vient directement de la région : la Macédoine du Nord et la Grèce. Ces pays ont réussi ensemble à régler le différend sur le nom, qui pesait sur leurs relations bilatérales depuis trois décennies ! Il s'agit d'une réalisation historique qui envoie à toute la région le signal que même les conflits de longue date peuvent être réglés.
Des sources françaises ont annoncé que le sommet portera sur « la coopération régionale et la stabilité régionale » et que la question de l’élargissement ne sera pas discutée. Pensez-vous que cela soit une bonne chose ? Est-il possible de discuter de la région des Balkans occidentaux sans parler de l'élargissement (EUROPE 12226/2) ?
La coopération et la stabilité régionales sont au cœur du processus d'élargissement de l'UE. Le processus d'adhésion est le principal moteur des réformes économiques et de l'État de droit, qui sont à la base de toute évolution démocratique. La coopération régionale en tant que partie intégrante du processus d'élargissement est essentielle, car sans la résolution de leurs différends bilatéraux, les pays ne seront pas en mesure d'adhérer à l'UE. Vous ne pouvez pas séparer ces deux processus.
Paris estime que ce sommet est aussi le « signe d’un réengagement de la France de manière plus active dans la région » des Balkans occidentaux, en parlant de coopération sur les questions sociales, économiques ou de sécurité. Pensez-vous qu'il soit possible de se réengager, d'avoir des liens plus étroits, tout en étant contre l'élargissement de l'UE à cette région ?
La France a toujours été engagée dans les Balkans occidentaux. J'apprécie les efforts plus larges déployés par le président Macron pour renforcer la politique étrangère et de sécurité de l'UE. Mais cela devrait commencer à notre porte - les Balkans occidentaux, en particulier, face à des concurrents comme la Russie, la Chine et la Turquie, qui n'ont aucun intérêt pour les valeurs et les normes de l'UE.
Je suis donc convaincu que le président Macron partage mon opinion, selon laquelle il ne serait absolument pas dans l'intérêt géostratégique de l'UE de laisser les Balkans occidentaux aux autres acteurs. Mais cet engagement géostratégique ne fonctionnera que si les États membres, y compris la France, confirment la perspective européenne en reconnaissant les mérites individuels des pays.
La France semble être toujours opposée à l'ouverture des négociations d'adhésion avec Skopje et Tirana. Comprenez-vous la position française ?
La Macédoine du Nord se voit refuser l'ouverture des négociations d'adhésion depuis près d'une décennie en raison de la question du nom avec la Grèce. Maintenant que ce problème a été résolu, grâce au courage politique et à la détermination des deux dirigeants, et que nous constatons également de très bons progrès en matière de réformes internes, il serait extrêmement décevant que, malgré un tel succès évident, l'ouverture des négociations d'adhésion soit à nouveau retardée. L'Albanie, elle aussi, a bien progressé sur le plan des réformes internes, notamment dans le domaine de l'appareil judiciaire et de l'État de droit. Au vu de ces mérites évidents et objectifs, je suis convaincu que les États membres prendront la bonne décision pour les deux pays.
Craignez-vous qu'un retard (dans la décision pour l’ouverture des négociations) puisse avoir un impact négatif sur la région des Balkans occidentaux ?
Il s'agit de la crédibilité de l'UE. Les États membres eux-mêmes ont fixé à juin 2019 la date de leur décision sur l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie. Un retard pourrait avoir un impact dramatique sur l'ensemble de la région.