*** Fédéchoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet : http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2018, n° 180, 64 p., 6 €. Abonnement annuel : 30 €.
Ce numéro d’une revue fédéraliste française devenue quadrimestrielle contient une pépite, à savoir l’analyse décapante que l’économiste Guido Montani consacre à une « démocratie européenne au carrefour entre barbarie et civilisation ». Sera-t-il possible d’arrêter « le retour de l’Europe vers les années 30 », quand « la haine nationaliste faisait fantasmer sur la race des ennemis à marginaliser et à exterminer ? » Une Union européenne « renouvelée pourrait-elle inverser la course de notre continent vers l’anarchie et vers la victoire de la nouvelle barbarie ? » Pour ce professeur d’économie internationale à l’Université de Pavie, la réponse à ces questions dépendra en premier lieu des résultats du scrutin européen du mois de mai prochain qui pavera la voie soit à « une constituante », soit à une « érosion » du projet européen.
S’il se garde bien de se risquer à une quelconque prédiction, celui qui fut vice-président de l’Union des fédéralistes européens avance que c’est la manière dont seront gérés trois paradoxes qui en décidera : i) « l’oxymore souveraineté nationale – souveraineté nationale » qui est aujourd’hui le résultat « d’une Union partielle, où manque une constitution fédérale » et où, du coup, la volonté de chaque Etat membre de faire valoir ses propres intérêts signifie la détruire. Pour l’éviter, les partis pro-européens doivent le démontrer en acceptant de consolider la zone euro et en acceptant des transferts de souveraineté pour ce qui est de la gestion des flux migratoires, de la défense ou de l’environnement ; ii) « la contradiction droite-gauche » qui, absente dans l’Union, « est le symptôme le plus frappant de l’existence d’un déficit démocratique européen » ; iii) « la dichotomie entre civilisation et barbarie » qui voit aujourd’hui l’Union subir les assauts des forces national-populistes de l’intérieur comme de l’extérieur. Au nom de leur recherche de la suprématie mondiale, « Trump et Poutine » manifestent la même volonté de diviser l’Union européenne et trouvent à l’intérieur de celle-ci des alliés, « des pays de Visegrad aux souverainistes nationalistes français, italiens, allemands, autrichiens ». D’où cette accusation cinglante : « Les souverainistes nationalistes montrent ainsi leur vilenie, recherchant un nouveau maître avant même de parvenir à briser les chaînes de l’UE. »
Comment les partis politiques acquis à la démocratie et à l’Europe pourraient-ils briser l’espoir des souverainistes d’avoir une majorité en mai prochain qui leur permettrait de « transformer le Parlement européen, dans leur étape internationaliste, en une sorte d’assemblée des nations désunies d’Europe » ? M. Montani leur suggère de saisir la balle que leur a lancée Jean-Claude Juncker lorsqu’il a proposé, dans son discours sur l’état de l’Union du 13 septembre 2017, de fusionner les postes de président de la Commission et de président du Conseil européen. « Ce serait une réforme décisive », observe-t-il en réfutant son côté illusoire : « si un ou plusieurs spitzenkandidaten se prononce ouvertement en faveur de la proposition de Juncker, et affirme qu’une fois élu, il demandera à ce que s’opère cette fusion des présidences, il aura non seulement de fortes chances d’emporter les élections », mais aussi la garantie que personne, pas même le Conseil européen, ne pourra « remettre en cause le fait que la réforme proposée ne soit pas le fruit de la volonté populaire des citoyens européens ». Seulement voilà, « aujourd’hui, il n’est pas de dirigeant européen qui ne soit un dirigeant national avant tout » ; même les parlementaires européens ne sont pas l’exception qui confirme la règle puisqu’ils ont besoin de leurs partis politiques respectifs pour leurs réélections… Ce qui, au passage, tend à démontrer qu’il serait sans doute bon d’ajouter à la bonne idée de Jean-Claude Juncker celle qui consisterait à donner vie à des partis politiques dignes de ce nom.
A ce propos, ce très riche numéro de Fédéchoses contient aussi, entre autres, un entretien avec Sandro Gozi qui, élu président de l’Union des fédéralistes européens le 23 novembre dernier, donne utilement son point de vue sur ces deux sujets : « Ceux qui veulent défendre le système des ‘Spitzenkandidaten’ doivent nous aider à introduire des listes transnationales car c’est la seule façon de lier le choix démocratique des citoyens à l’investiture du président de la Commission. C’est aussi une étape nécessaire pour la création de véritables partis politiques européens », estime l’ancien secrétaire d’Etat italien aux Affaires européennes. D’autres contributions portent sur la problématique des gilets jaunes, les « lueurs d’espoir pour l’Europe » que constituent le président Macron et le philosophe allemand Habermas, le « défi pour l’Europe » qui consistera à dépasser les contributions nationales au budget par des ressources propres, la crise de la gauche en Europe et dans le monde, etc.
Michel Theys
*** PHILIPPAS CHATZISTAVROU : Qui dirige l'Europe ? Les structures de pouvoir après la crise financière. Editions Tziola (91 rue Philippou, GR-54635 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0247887 – fax : 0210712 – Courriel : info@tziola.gr – Internet : http://www.tziola.gr ). 2018, 376 p., 11,66 €. ISBN 978-960-418-800-0.
Professeur d’économie européenne à l'Université Aristote de Thessalonique, Philippas Chatzistavrou examine dans ce livre les différents problèmes auxquels l'Europe a été confrontée ces dernières années. La crise économique y figure évidemment en très bonne place, à la lumière des conflits qu’elle a générés et de la ‘coopération’ entre les États-membres, mais aussi du nouvel art de gouverner et de l'institutionnalisation de l'interdépendance asymétrique des Etats qui sont apparus à cette occasion. L'auteur se pose notamment la question de savoir s'il existe, aujourd'hui, une hégémonie économique ou une souveraineté culturelle en Europe. Il examine également la construction juridique de la convergence budgétaire et l'essor politique de la technobureaucratie, offrant une analyse approfondie des structures de la politique technocratique actives pour les États soumis à la conditionnalité politique. Il s’intéresse aussi à ce en quoi pourrait consister la construction post-sociale du consensus domestique et à ce qu’apportera la centralisation du pouvoir exécutif au plan national, ce dernier sujet l’amenant à comparer les tendances qui émergent et la convergence idéologique qui se dessine au-delà des divisions politiques. Un chapitre entier est consacré à l'art européen de la gouvernance, l’auteur le réinterprétant à la lumière de la crise économique. Une bibliographie étendue, grecque comme internationale, un index explicatif pour les termes économiques et un rappel des acteurs principaux dans les affaires économiques européennes ponctuent le livre. (AKa)
*** CHRISTIAN N. K. FRANKLIN (sous la dir. de) : The Effectiveness and Application of EU and EEA Law in National Courts. Principles of Consistent Interpretation. Editions Intersentia (Sheraton House, Castle Park, Cambridge, CB3 0AX, UK. Tél. : (44-1223) 370170 – fax : 370169 – Courriel : mail@intersentia.co.uk – Internet : http://www.intersentia.com ). Collection « Intersentia Studies on Courts and Judges ». 2018, 531 p., 139 €, 132 £, 167 $. ISBN 978-1-78068-655-4.
Dans le système décentralisé qui assure aujourd’hui l’application et l’efficacité du droit au sein de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, les tribunaux nationaux jouent un rôle crucial. Pour que ce soit bien le cas, la Cour européenne de justice et la Cour de l’Association de libre-échange ont établi un certain nombre de garde-fous sous le couvert du « principe d’interprétation cohérente ». Ce filet de sécurité se révèle-t-il efficace ? Parce qu’il enseigne depuis de nombreuses années à l’université norvégienne de Bergen, le juriste anglais Christian Franklin a été idéalement placé pour voir combien les tribunaux britanniques et norvégiens appliquaient ce principe avec des sensibilités très différentes lorsque le droit européen entrait en conflit avec chacun de ces deux droits nationaux. Il s’est par la même occasion rendu compte que la manière dont d’autres cours nationales se comportaient sur ce plan n’avait jamais été réellement étudiée d’un point de vue scientifique. D’où le projet de recherche qu’il a initié depuis Bergen et dont cet ouvrage rend compte. Il réunit les contributions de représentants du monde académique ou judiciaire qui, sur la base d’un questionnaire élaboré sur la base d’un séminaire préparatoire organisé à l’Université de Bergen, font le point sur la situation dans douze pays européens, à savoir les Pays-Bas, l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, la Norvège, l’Islande, la Slovénie, la Pologne et Chypre. Dans sa préface, le P, Franklin admet regretter l’absence de certains pays dans cette étude, l’expliquant par un manque de moyens financiers ainsi que par le souci d’être en mesure de gérer ce projet ; il annonce toutefois que ces ‘oublis’ partiellement volontaires seront réparés dans la prochaine édition. Surtout, il souligne que le questionnaire a été conçu par ses auteurs comme « une source d’inspiration », toute liberté étant laissée aux experts sur le terrain d’écarter des questions non pertinentes pour le pays dont ils traitent et d’intégrer dans leur rapport des questions spécifiques à celui-ci. (PBo)
*** NIKOLAOS NIKOLOUDIS : L’histoire moderne de la Grèce et de l’Europe. Les aspects définitifs, les faits et les personnes. Editions A. Stamoulis (2 I. Michail, GR-54622 Thessalonique. Tél. : (30-2310) 900777 – fax : 264748 – Courriel : anstamoulis@hotmail.com). 2018, 360 p., 21,20 €. ISBN 978-618-5306-19-9.
Les études qui composent cet ouvrage peuvent être classées en quatre groupes thématiques distincts, mais elles se chevauchent, traitant de biographies historiques, des relations anglo-grecques au cours des derniers siècles, d’aspects spécifiques de l'histoire des Grecs, ainsi que d’événements politiques et militaires dignes d’intérêt qui ont affecté l’histoire grecque et/ou l'histoire européenne moderne, en particulier par rapport aux deux guerres mondiales. Plus précisément, les études de Nikolaos Nikoloudis, docteur en histoire du King's College (Université de Londres), professeur d'histoire au Centre international d'études méditerranéennes et éditeur du magazine mensuel Historical Issues, analysent l'évolution de l'histoire (grecque et européenne) à travers les siècles. Les interactions des événements historiques, le développement parallèle des États, les moments historiques importants pour le vieux continent ou pour la Grèce sont les points forts de ce livre. Ces études commencent par des faits qui remontent au plus profond des temps et se terminent à nos jours. La plupart de ces études ont été publiées dans diverses publications historiques des années 1990 à nos jours, mais la majeure partie d’entre elles a subi une révision radicale et a été enrichie pour répondre aux conclusions des dernières recherches historiques. L’auteur consacre un grand chapitre à la naissance de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne analysant les événements après la Seconde Guerre mondiale, la manière dont l'idée d'une Europe unie est finalement parvenue à prendre corps, son évolution, sa croissance, la crise qui n’en finit plus, le tout étant assorti d’une chronologie des événements historiques et d’un rappel des principaux acteurs. De riches annexes ponctuent l’ouvrage. (AKa)