Les chefs d’État et de gouvernement des États membres de l’UE et de la Ligue arabe (LAS) sont convenus, lors du tout premier sommet UE/Ligue arabe, de renforcer la coopération entre les deux entités régionales, sans pour autant omettre leurs divergences.
« Il est temps de concrétiser le partenariat entre le monde arabe et l'Europe. Nous sommes confrontés à bon nombre des mêmes défis, dans un contexte géopolitique qui est devenu encore plus dangereux et instable […] En tant que voisins proches, nous n'avons pas d'autre choix que de travailler ensemble », a estimé devant les médias le président du Conseil européen, Donald Tusk.
« Nous nous engageons dans une nouvelle ère de coopération et de coordination », soulignent donc les dirigeants dans une déclaration commune intitulée 'Investir dans la stabilité'. « Nous avons exprimé notre détermination à aller de l'avant avec l'approfondissement du partenariat stratégique existant », précisent l’UE et la LAS.
La déclaration fait le tour des sujets d’intérêt commun, sans annonces concrètes. « Nous sommes convenus de renforcer encore notre coopération en matière de sécurité, de règlement des conflits et de développement socioéconomique dans l'ensemble de la région », résume-t-elle.
« Les dirigeants se sont engagés à élaborer un programme de coopération positif qui va au-delà de la gestion des crises et des conflits. Nous voulons développer des projets communs - de la sécurité énergétique à la technologie, au tourisme et au commerce - qui encourageront l'investissement et la croissance durable. Et nous travaillerons également ensemble à la mise en œuvre rapide de l'Accord de Paris », a résumé M. Tusk. Selon le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en 2017, les relations commerciales entre les États membres de l’UE et de la LAS se sont chiffrées à 315 milliards d'euros.
La déclaration revient sur les questions migratoires, défendant notamment la protection et le soutien aux réfugiés conformément au droit international. Le renforcement de la lutte contre les migrations irrégulières et l'intensification des efforts conjoints pour prévenir et combattre le trafic illicite de migrants, éradiquer la traite des êtres humains et combattre ceux qui exploitent les personnes vulnérables font aussi parties des priorités.
La déclaration revient aussi sur « les menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité internationales et régionales, notamment le terrorisme, la radicalisation, les actions déstabilisatrices, la prolifération, le trafic illicite d'armes et la criminalité organisée », « problèmes graves qui exigent des efforts concertés ». « Nous sommes désormais sur la bonne voie pour coopérer dans ce domaine. Mais la voie n’est pas simple et facile. Cela ne se fera pas dans un bref délai. On parle d’un travail de longue haleine pour faire face à de grandes organisations terroristes qui ont connu un très grand essor ces dernières années », a expliqué le président égyptien, Abdel Fattah Al Sissi, hôte du sommet. Les deux parties ont décidé de renforcer la coopération et la coordination visant à s'attaquer aux causes profondes du terrorisme et de poursuivre les efforts pour lutter contre les mouvements des combattants terroristes étrangers à travers les frontières. « Une approche globale s'impose pour relever ces défis, y compris, entre autres, la suppression de toutes les méthodes de soutien, notamment le soutien financier, politique, logistique et militaire », prévient le texte commun.
La déclaration fait également la part belle à la défense d’un multilatéralisme efficace et d’un système international fondé sur le droit international et revient sur la Syrie, le Yémen, la Libye et la situation des Palestiniens.
Les deux parties soulignent également leur détermination à « combattre l'intolérance culturelle et religieuse, l'extrémisme, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation et la discrimination ».
Si les droits de l’homme sont à plusieurs reprises cités dans la déclaration, Européens et Arabes n’ont pas caché leur divergence sur le sujet devant les médias. « Vous n’allez pas nous dicter votre humanité. Nous avons notre propre humanité, nos propres principes, notre moralité, nos valeurs. Vous avez les vôtres, et nous le respectons. Nous vous demandons de respecter les nôtres », a conclu M. Al Sissi, interrogé sur les droits de l’homme dans son pays et sous des applaudissements.
Le prochain sommet se tiendra à Bruxelles en 2022. (Camille-Cerise Gessant)