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Bulletin Quotidien Europe N° 12144
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ACTION EXTÉRIEURE / Turquie

M. Hahn promet à M. Çavuşoğlu de faire son possible pour la modernisation de l’union douanière

Le commissaire européen aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a souligné, jeudi 22 novembre, que la Commission faisait tout son possible pour que les États membres acceptent la modernisation de l’union douanière UE/Turquie. 

« Nous espérons avancer sur la modernisation de l’union douanière », a-t-il expliqué à l'issue d'un dialogue politique à haut niveau à Ankara avec le ministre turc des Affaires étrangères et négociateur en chef pour l'adhésion à l'UE, Mevlüt Çavuşoğlu. 

Le commissaire a assuré à nouveau au ministre turc que, « du côté de la Commission, nous faisons tout notre possible pour convaincre les États membres qui sont encore réticents de nous donner le feu vert pour la modernisation de l’union douanière ». Selon lui, « il est grand temps » d'avancer sur ce dossier, alors que la Commission a demandé un mandat de négociation au Conseil de l'UE en décembre 2016 (EUROPE 11694). 

La déclaration commune publiée à l’issue de la rencontre est, elle, plus modérée, expliquant seulement que les deux parties étaient « convenues de travailler à l'amélioration du fonctionnement de l'union douanière et à sa modernisation dès que les circonstances le permettront ». 

La modernisation de l’union douanière est un des éléments agréés dans la déclaration UE/Turquie de mars 2016, même si celle-ci se focalise sur les questions migratoires (EUROPE 11515). Toutefois, certains États membres s’y opposent en raison de la situation politique dans le pays, avec une dérive autoritaire et liberticide du pouvoir en place. 

Concernant la libéralisation des visas, autre point de l’accord, la Turquie doit toujours remplir six critères. 

Engranger des résultats concrets est possible

Devant la presse, M. Çavuşoğlu, M. Hahn et la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, ont souligné l’importance du partenariat. 

« Nous ne pouvons que saluer la décision prise par le gouvernement turc d'œuvrer à l'intensification des relations avec l'UE », a souligné cette dernière. « Nous avons un fort intérêt à développer une coopération qui soit bonne, réussie et durable », a ajouté M. Hahn. 

Selon lui, il est nécessaire de se concentrer sur les sujets sur lesquels des résultats concrets peuvent être atteints. Il a ainsi cité la sécurité, l’économie, le transport, l’énergie ou encore le tourisme. Selon leur déclaration commune, les deux parties ont même décidé d'intensifier leur coopération par une série de dialogues de haut niveau sur l'économie, l'énergie et les transports. 

L'UE et la Turquie ont également rappelé leur volonté de développer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme. 

Dans ce domaine, « nous devons avoir une coopération étroite, c’est bénéfique pour les deux parties », a expliqué M. Çavuşoğlu. « Nous sommes partenaires pour la sécurité, dans la lutte contre le terrorisme, pour la stabilité de la paix dans la région », a énuméré Mme Mogherini. 

Ont d’ailleurs été discutées plusieurs questions régionales et internationales : l'Irak, l'Iran, le processus de paix au Proche-Orient, les Balkans occidentaux pour lesquels les deux parties soutiennent un rapprochement avec l’UE, la Libye, les tensions dans le Golfe, notamment le Yémen. 

La Haute Représentante et le commissaire ont également salué le rôle de la Turquie dans l’accueil des réfugiés syriens, accueil facilité par une enveloppe de 6 milliards d'euros transmise par l'Union européenne. 

La Turquie n’est pas uniquement un partenaire de l’UE, mais aussi un pays candidat à l’adhésion, pour laquelle les négociations sont actuellement gelées. 

Dans la déclaration commune, le processus d’adhésion est décrit comme un « cadre important pour pleinement réaliser le potentiel des relations entre l’UE et la Turquie, tout comme pour les réformes économiques, sociales et politiques en Turquie ». La « possible contribution » de l’UE à la stratégie de réforme judiciaire en Turquie a d’ailleurs été discutée. 

Toujours les mêmes points de discorde

Comme à leur habitude, les deux parties ont rappelé leurs lignes directrices : l'adhésion de la Turquie à l'UE, du côté turc, et le respect des droits de l’homme et la question chypriote, du côté européen. 

Le ministre turc a dit que les négociations devaient être traitées au niveau technique et ne devaient pas être entravées par des considérations politiques. Il a ajouté que la baisse opérée dans le budget de l'UE pour 2018 sur les fonds de préadhésion, dont le déblocage est conditionné au respect de l'État de droit en Turquie, avait entaché l’image de l’UE dans le pays. 

M. Çavuşoğlu a critiqué le fait que l’ouverture des cinq chapitres de négociations d’adhésion n’ait pas été suivie d’actes, regrettant le double langage des Européens. Mme Mogherini a rétorqué que l’UE appliquait, au contraire, des « normes élevées » et qu’il était difficile de trouver des partenaires aussi fiables qu’elle. « Pensez-y », a-t-elle ajouté. 

Mme Mogherini et M. Hahn ont insisté sur l’importance de l'État de droit. « La Turquie sera plus forte, selon nous, avec une société turque solide et unie, des médias libres, un dialogue systématique et ouvert entre la société civile et les décideurs » politiques, a expliqué la Haute Représentante, rappelant les préoccupations de l’UE concernant la détention de journalistes, d'universitaires ou de représentants de la société civile. 

« L'état d'urgence est maintenant derrière nous et j'ose espérer que toutes les mesures connexes apparaîtront bientôt du passé », a-t-elle ajouté. Elle a notamment appelé la Turquie à faire un suivi « approprié » du verdict de la Cour européenne des droits de l'homme selon lequel la détention prolongée du coprésident du parti HDP, Selahattin Demirtaş, violait la Convention des droits de l'homme. (Camille-Cerise Gessant)

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