Aucune percée n’est attendue sur la question migratoire et plus particulièrement sur le concept de « centres contrôlés » ou de « plates-formes de débarquement » de migrants, lors de la réunion informelle des leaders européens, mercredi 19 et jeudi 20 septembre à Salzbourg, qui évoquera aussi les négociations sur le Brexit (voir autre nouvelle).
Après un sommet européen de juin laborieux (EUROPE 12052), les Vingt-huit feront le point sur leurs actions et tenteront de retrouver une approche « constructive » après « les tensions de l'été », comme le leur demande le président du Conseil européen, Donald Tusk, mardi 18 septembre dans sa lettre d'invitation.
Mais les Européens n’ont pas beaucoup progressé sur ces deux concepts, alors que les flux de migrants vers l'UE sont nettement à la baisse.
Le sujet ‘migratoire’ le plus concret à Salzbourg pourrait ainsi être davantage la proposition sur le renforcement du Corps européen des garde-côtes et garde-frontières (Frontex) présenté la semaine dernière par la Commission (EUROPE 12094).
Un dossier que certains présentent comme « consensuel » et d’autres, comme un peu plus problématique. Les points d’achoppement de cette nouvelle force potentielle de 10 000 gardes-côtes (déployés par les États membres) mobilisables en situation de crise pourraient porter sur des questions de souveraineté nationale. La discussion des leaders se concentrera en tout cas sur des aspects très précis comme le mandat et les opérations de l’agence européenne hors de l’UE.
Sur les centres contrôlés censés recueillir les migrants sauvés en mer Méditerranée dans les eaux territoriales d'un État membre, « rien de concret » n’est attendu à Salzbourg, selon une source diplomatique nationale.
Envisagés fin juin par les Vingt-huit, ces centres sont une réponse aux refus répétés du gouvernement italien de faire débarquer dans les ports italiens les bateaux d’ONG ou de gardes-côtes ayant recueilli des personnes secourues en mer.
L’idée consiste à se coordonner en amont sur le partage de l’accueil des personnes secourues et de demander ensuite aux Italiens - ou autres pays volontaires - d’ouvrir leurs ports et de maintenir ces personnes dans des centres contrôlés le temps d’examiner leur profil. Les demandeurs d'asile seraient transférés vers d’autres États membres volontaires, tandis que les migrants ne pouvant prétendre à une protection internationale feraient l'objet de procédures de retour vers leur pays d'origine.
Selon un diplomate, entre dix et quinze États membres soutiennent aujourd’hui le principe et le mécanisme de solidarité qui l’accompagne. Il y a « une majorité » en faveur, selon lui.
L’été a montré qu'une quinzaine de pays ont participé au cas par cas à ce type d’opérations. Dans le cas du navire Aquarius qui a repris la mer le week-end dernier, des pays comme l’Espagne, la France, l’Irlande, le Vatican, mais aussi l’Albanie ont participé à l'accueil au cas par cas.
Ces centres contrôlés doivent en tout cas aussi répondre provisoirement à l’absence de consensus sur la réforme des règles dites 'de Dublin' sur le système d'asile, toujours enlisée et sur laquelle les divergences se sont même encore creusées ces dernières semaines. Ce dossier doit revenir sur la table du Conseil en octobre.
L'Italie, dont l'attitude peut faire obstacle à une solution globale, est la clé des discussions. Rome demande depuis le début un système de rotation des ports d’accueil dans les États membres et le partage des migrants secourus. Mais d’autres pays, comme la France, refusent de transiger sur le principe du débarquement dans le port sûr le plus proche, tout en se montrant ouverts sur la répartition automatique.
« L’Italie est le nœud du problème », a résumé une source lundi. « Il faut faire en sorte que Rome participe au système et accepte une normalisation du système. »
D’autres pays, comme la Hongrie, l’Autriche et le Danemark demeureraient, selon cette source, opposés à tout système de débarquement dans l'UE, y compris pour les personnes secourues dans les eaux des États membres. Ces pays feraient valoir qu'il s'agit d'une mesure incitant à l'émigration vers l'UE. Ce seront ces pistes, assimilées à du refoulement, que d'autres États membres voudront définitivement écarter à Salzbourg.
L'Égypte comme modèle ?
Sur les « plates-formes de débarquement » hors de l'UE, de migrants secourus dans les eaux internationales ou de pays tiers, plusieurs réunions avec les pays tiers potentiellement concernés se sont déroulées ces dernières semaines.
Mais, selon Donald Tusk, c’est avec l’Égypte que les pourparlers sont les plus avancés. Après une visite au Caire avec le chancelier Kurz, le président du Conseil européen a annoncé un sommet UE/Ligue arabe début 2019.
« Nous devrions aussi discuter la possibilité de développer la coopération avec l’Égypte, y compris dans le domaine de la migration », écrit M. Tusk dans sa lettre d’invitation. Et d'ajouter : « Il est utile de rappeler que les autorités égyptiennes ont fait de la lutte contre le trafic de migrants une priorité. En conséquence, aucune personne n’est arrivée irrégulièrement dans l’UE via l’Égypte cette année contre 13 000 personnes en 2016. » (Solenn Paulic avec Mathieu Bion)