L’espoir de parvenir à un accord de transition sur le Brexit d’ici mars s’envole et de nombreuses voix prédisent désormais l’échec total des négociations. « Nous arrivons à un stade critique », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE impliqué dans les négociations sur le Brexit.
Cette semaine, malgré la main tendue par les diplomates européens, qui ont adouci le ton sur le sujet des sanctions, la position générale du bloc au sujet de la transition s’est durcie.
Les hauts fonctionnaires de l’UE répètent qu’ils n’ont jamais accepté l’échéance de mars qui s’est « imposée d’elle-même », selon eux. Plus inquiétant encore pour le Royaume-Uni, la Commission européenne associe désormais explicitement un accord sur la transition aux engagements pris par le pays en décembre sur les questions du solde budgétaire, du traitement des citoyens et de l’Irlande. Le 28 février, la Commission entend soumettre une ébauche de traité de retrait, qui couvre à la fois la transition et l’accord de décembre, sans en débattre préalablement avec le Royaume-Uni.
En intégrant la période de transition dans le traité global de retrait, la Commission européenne laisse véritablement aux négociateurs jusqu’à octobre pour s’entendre sur les deux sujets. Les entreprises déplorent toutefois ce délai, avançant qu’il est trop éloigné pour leur permettre de planifier le prochain exercice financier.
Entre-temps, le Royaume-Uni insiste pour changer les règles pour les citoyens de l’UE qui arriveront après mars 2019 et souhaite avoir voix au chapitre dans l’élaboration de la législation européenne au cours des 21 mois de la période de transition. Par ailleurs, alors qu’un compromis semble envisageable sur la date butoir, l’UE se déclare inflexible sur ses autres limites. « La Commission fera preuve de fermeté vis-à-vis des Britanniques sur la question d'une période de transition », a avancé un diplomate européen directement impliqué dans les négociations. « S’ils attendent d’autres concessions, ils ne sont pas près d’en avoir ».
Les diplomates conseillent au Royaume-Uni de concentrer ses efforts sur la coopération à mettre en place en matière de pêche, d’aviation, d’affaires étrangères et de sécurité durant la transition, et de cesser de « perdre du temps » à convaincre l’UE de reconsidérer ses limites.
Les Britanniques sont également pressés par l’UE, qui attend toujours plus de clarté sur leurs attentes d’un futur accord commercial, alors que la question de la frontière irlandaise représente toujours une source de conflit.
L’ébauche de traité de retrait de la Commission européenne comprendra une solution de rechange au cas où le Royaume-Uni souhaiterait rester parfaitement aligné sur les règles de l’UE relatives au marché unique et aux douanes en Irlande du Nord, si les négociations sur le Brexit devaient échouer. Cette option serait problématique pour le gouvernement conservateur, qui a également promis que la situation en Irlande du Nord serait identique au reste du Royaume-Uni.
Jusqu’à présent, aucune partie n’a proposé de solution. Pour sa part, l’UE s’inquiète de plus en plus de ne pas pouvoir empêcher le Royaume-Uni d’utiliser le Brexit pour vendre moins cher que ses concurrents continentaux. « Nous nous méfions de ce qu’ils feront après 2019 », a déclaré une source de l’UE. « Nous ne savons pas comment le Royaume-Uni va commencer à réglementer. »
L’Institute of Directors, basé à Londres, a appelé cette semaine à une « union douanière sur mesure et partielle » avec l’UE après le Brexit, conformément à l’arrangement conclu par le bloc avec la Turquie, ce qui pourrait résoudre le problème. L’accord couvrirait les biens industriels et les produits alimentaires transformés. Il supprimerait les restrictions liées aux « règles d’origine » et permettrait au Royaume-Uni de conclure des ententes de libre-échange avec d’autres pays et dans d’autres secteurs. Cependant, le gouvernement britannique a exclu de participer à « une » ou à « l’» union douanière avec l’UE. (Version originale anglaise par Sarah Collins)