À leur arrivée à leur réunion informelle à Sofia, les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE sont apparus désunis concernant la date d’adhésion de la Serbie et du Monténégro à l’UE, alors qu’ils devaient discuter de la stratégie de la Commission pour les Balkans occidentaux, publiée le 6 février dernier. La stratégie estime que ces deux pays pourraient adhérer à l’horizon 2025 (EUROPE 11955). Ainsi, selon une source européenne, lors de leur discussion, les ministres ont eu une « réaction positive » à propos de la stratégie. « Certains ont dit que ce n'était pas suffisamment ambitieux, d'autres que c'était trop ambitieux, mais, sur le principe de la stratégie, tout le monde est positif », a-t-elle résumé auprès d'un petit groupe de journalistes.
« Je suis très déçue de la stratégie. Je pense que l’intégration et l’élargissement devraient être bien plus rapides, car les Balkans occidentaux ont de nombreux défis concernant les tensions (dans la région) et je pense que cela pourrait être plus facilement surmonté si l’élargissement allait plus vite », a expliqué le ministre hongrois, Péter Szijjártó. « La Serbie et le Monténégro pourraient aller de l’avant de façon beaucoup plus rapide. 2022 pourrait être réaliste (…) 2025, c’est trop tard », a-t-il ajouté, se demandant pourquoi « il faudrait avoir à attendre sept ans pour les intégrer ». « Je ne vois pas de raison qui explique pourquoi nous sommes si lents », a précisé M. Szijjártó, estimant que l’UE ne devait pas se plaindre que les États-Unis, la Russie ou encore la Turquie aient une stratégie concernant les Balkans occidentaux, mais qu’elle devait promouvoir sa stratégie et aller beaucoup plus vite. Le ministre a souhaité que les deux pays ouvrent tous les chapitres d’adhésion qui ne le sont pas déjà, cette année. Podgorica a déjà ouvert 30 des 35 chapitres, et Belgrade 12. « Négocions et essayons de conclure d’ici 2022 », a-t-il insisté.
Si le Hongrois a estimé qu’une adhésion aiderait à régler les tensions dans la région, pour son homologue slovène, Karl Erjavec, ce sont justement les tensions, au niveau des frontières, qui rendent la date de 2025 « irréaliste ». Rappelant que son pays avait mis 20 ans à dialoguer avec la Croatie pour trouver une solution concernant leur frontière – solution qui n’est toujours pas effective – ou encore que la Croatie et la Serbie discutaient depuis plus de 26 ans sur leur frontière commune, le chef de la diplomatie slovène a expliqué qu’il n’était « pas possible » d’attendre que ces conditions soient remplies en 2025. « Et cela pourrait être un gros problème pour l’élargissement de l’UE et les Balkans occidentaux », a-t-il jugé.
« Il n’était sans doute pas utile de fermer la porte aux Balkans en début de Commission Juncker mais, aujourd’hui, il ne faut pas donner de faux espoirs. On a un peu l’impression que c’est une sorte de réparation », a résumé le Belge Didier Reynders au quotidien Le Soir, ajoutant qu’il fallait travailler en fonction des mérites de chacun. « Si c’est en 2025 ou avant, tant mieux, sinon ce sera plus tard », a-t-il conclu.
La ministre bulgare, Ekaterina Zaharieva, tout comme le ministre français, Jean-Yves Le Drian, ne se sont, eux, pas attardés sur la question de la date d'adhésion, mais ont rappelé qu’il y avait des conditions à remplir pour devenir membre de l’UE. « Nous aurons un avenir commun dans l’UE quand ils seront prêts », a expliqué Mme Zaharieva, estimant que la stratégie de la commission était « très opportune, complète, objective et qu’elle ne faisait aucun compromis ». « Il est clair que les pays ont vocation à entrer dans l’UE (…) c’est incontestable. Mais il est clair qu’il y a des conditions, des exigences et que le chemin pour accéder à l’UE est difficile », a ajouté M. Le Drian. Selon une source européenne, lors de leurs discussions, la plupart des ministres ont ainsi rappelé que l'adhésion à l'UE était fondée sur le mérite, qu'il y avait des conditions, que celles-ci n'avaient pas changé et qu'il ne fallait pas importer de conflits au sein de l'UE. Ils ont aussi mis l'accent sur la coopération régionale et sur l'importance de s'engager avec les jeunes, a ajouté cette source. (Camille-Cerise Gessant)