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Bulletin Quotidien Europe N° 11943
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Le club des « cœurs ouverts » du Brexit

 

Même si les portes, les bras et les cœurs des dirigeants de l’UE restent ouverts à un revirement du Royaume-Uni, les négociations du Brexit se poursuivent.

Si la politique était du cinéma, nous pourrions qualifier la session plénière du Parlement européen de cette semaine consacrée au Brexit de comédie romantique dans laquelle le président du Conseil européen Donald Tusk (« nos cœurs vous sont toujours ouverts ») endosserait le rôle d’un amoureux transi (voir EUROPE 11940).

Nigel Farage, l’ancien dirigeant du parti UKIP, a semblé quelque peu décontenancé par ce déferlement d’émotions (même Jean-Claude Juncker a laissé une « porte » ouverte aux Britanniques), alors qu’il a lui-même ouvert la boîte de Pandore d’un second référendum. Selon M. Farage, l’UE complote pour faire échouer le Brexit. Il va jusqu’à accuser le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, de conspirer avec l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, et l’ancien vice-premier ministre, Nick Clegg, pour proposer « le pire accord possible » au Royaume-Uni.

Même si les sondages indiquent qu’aucune majorité ne se dégage au Royaume-Uni en faveur d’un second vote, les partisans du maintien dans l’UE y trouvent néanmoins une source de satisfaction. Ces sondages (y compris un sondage en ligne réalisé par lord Ashcroft, donateur du parti conservateur, et une enquête par téléphone de ComRes pour le Daily Mirror) révèlent en effet que la plupart des participants (45 % et 55 %, respectivement) voteraient en faveur du maintien en cas de nouveau référendum.

Mais tout cela relève du domaine des hypothèses.

Dans la réalité, les responsables européens finalisent les directives de négociation détaillées relatives à une période de transition post-Brexit et insistent pour qu’elle ne s’étende pas au-delà de décembre 2020 – même si certains pays, dont l’Irlande et plusieurs États d’Europe de l’Est, se montrent favorables à sa prolongation. Ils devront ensuite négocier ce document avec le Royaume-Uni dans le but de signer un accord de transition lors du sommet européen de mars.

Le travail a également commencé pour traduire en termes juridiques l’accord préliminaire sur le Brexit conclu en décembre (sur les droits des citoyens, le budget et la frontière irlandaise) (voir EUROPE 11927). Cette semaine, M. Varadkar a déclaré qu’il ne voulait pas changer un mot de l’accord de décembre, qui n’a été approuvé qu’après d’âpres négociations entre les quatre parties présentes autour de la table (Bruxelles, Dublin, Londres et Belfast) et qui joue habilement sur les mots (voir EUROPE 11941).

Mais il a également mis en garde contre tout « recul » sur l’accord, notamment en ce qui concerne les engagements pris pour maintenir une frontière irlandaise ouverte après le Brexit. La plupart des détails seront toutefois examinés lors des négociations sur le commerce.

Alors que les discussions relatives à un futur accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni ne commenceront pas avant la conclusion d’un accord de transition, les responsables de l’UE planchent sur leur projet de lignes directrices pour les négociations, qu’ils devront présenter aux dirigeants en mars. Malgré les nombreuses demandes de l’UE invitant le Royaume-Uni à avancer ses idées, les diplomates ne comptent pas sur un changement d’attitude des Britanniques. « Nous ne retenons pas notre souffle », a déclaré un responsable européen.

Un point est clair : le Royaume-Uni devra choisir entre une relation comparable à celle entretenue avec la Norvège, agrémentée de certaines obligations, mais qui bénéficie d’un accès total au marché unique, ou un accord de libre-échange tel que celui conclu avec le Canada. Comme l’a souligné le président français, Emmanuel Macron, au cours d’un mini-sommet au Royaume-Uni cette semaine : « Si vous voulez accéder au marché unique, y compris aux services financiers, be my guest [ne vous gênez pas]. Mais cela suppose de contribuer au budget et de respecter les juridictions européennes. »

Entre-temps, l’élaboration d’un plan d’urgence destiné à parer une éventuelle absence d’accord se poursuit. Les fonctionnaires de la Commission européenne passent au crible la législation de l’UE en quête d’obstacles qui pourraient se présenter et les pays de l’UE effectuent leurs propres recherches. Le ministère néerlandais des Affaires économiques et du climat a ainsi publié cette semaine les résultats d’une étude qui révèle que ses coûts d’importation et d’exportation non tarifaires augmenteraient de 387 à 627 millions d’euros par an (hors droits de douane et TVA) si le Royaume-Uni sortait de l’UE sans accord.

(Version originale anglaise par Sarah Collins)

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