Loin des règlements de compte par médias interposés, les dirigeants européens ont envoyé, vendredi 20 octobre à Bruxelles, un signal d'encouragement sur leur volonté de parvenir à un accord avec Londres sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, prévu en théorie en mars 2019.
Ils ont en effet lâché un peu de lest sur la préparation des négociations concernant la future relation commerciale qui liera les deux parties et se sont accordés sur le fait d’adopter des lignes directrices en décembre, si le gouvernement britannique apporte les dernières clarifications nécessaires, en particulier sur le solde budgétaire de sortie.
Ils vont, d’ici là, commencer un travail de ‘scoping’ qui leur permettra d’être prêts en décembre à donner un nouveau mandat à Michel Barnier, s’ils estiment que les progrès sont arrivés à un stade suffisant. Selon une source européenne, l’ambiance dans la salle des Vingt-sept et la veille, lors du dîner à Vingt-huit, était d’ailleurs plutôt « positive » sur le fait que des choses pourront être faites d’ici à décembre.
Officiellement, en effet, la première phase du divorce n’est pas réglée : sur chacun des trois grands principes, à savoir les droits des citoyens européens et britanniques après mars 2019, la question de l’Irlande et de l’Irlande du Nord ainsi que sur la ‘facture de départ’, des progrès sont encore nécessaires, ont aussi rappelé les leaders européens vendredi.
Mais l’atmosphère semble s’être réchauffée. Pour le président du Conseil européen, Donald Tusk, ce Sommet européen avait pour vocation de « recréer de la confiance et de la bonne volonté et je crois que nous avons réussi », a-t-il commenté à l’issue des travaux.
Londres donnera-t-elle tous les gages en décembre ? Theresa May n’a pas répondu directement à cette question lors de ce Sommet. Elle a toutefois assuré que son gouvernement allait s’engager dans ce travail « ligne par ligne » sur les engagements financiers qu’elle a promis d’honorer à Florence le 22 septembre dernier (engagement total jusqu’à 2020, puis un calcul pour la suite). Elle s’est, en tout cas, dite « optimiste » et positive sur le fait que les deux parties travaillaient en vue d’un accord.
Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a, lui aussi, évoqué un « certain degré de confiance » dans le fait que suffisamment de progrès seront atteints en décembre, même s’il est impossible de « prédire l’avenir ». Un Brexit 'dur' pourrait en tout cas être évité avec une période de transition qui permettra de faire les changements nécessaires pour les États membres et aussi pour les citoyens, a-t-il indiqué vendredi, à l’issue du Sommet.
« Le compte-rendu de M. Barnier a montré qu’un effort financier important reste à faire de la part du Royaume-Uni. Nous sommes loin du compte », a résumé, de son côté, le président français, Emmanuel Macron. « Passer en phase 2, c’est entre les mains de Mme May ». Pour le dirigeant français, Mme May a toutefois donné des signes d’ouverture sur les trois sujets pendant ce Sommet.
Selon Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois, il ne faudra en tout cas pas reporter la question de la facture « aux calendes grecques » et, en décembre, les Vingt-sept pourraient tout de même décider d’avancer s’ils obtiennent des engagements clairs, par exemple, sur la méthode de calcul, sans forcément recevoir des chiffres précis de la part de Londres. « Si, en décembre, on n'a pas un chiffre exact, mais un listing des engagements, je suis d’accord qu’on avance là-dessus », a commenté le Premier ministre luxembourgeois.
Pour sa part, Angela Merkel était arrivée jeudi 19 octobre à Bruxelles en évoquant des progrès « encourageants » dans les négociations. Elle a indiqué vendredi, lors d’une conférence de presse, que l’idée de la phase de transition d’environ deux ans demandée par Theresa May à Florence était « une idée intéressante », même si elle ne fait pas partie de la première phase de négociations. Mais, comme M. Macron, la chancelière allemande estime qu’il reste encore beaucoup de travail à faire sur les engagements financiers et que les étapes que doit franchir Theresa May pour y répondre et permettre le passage en seconde phase sont « très claires ».
Le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, ne veut pas non plus que cette question de la facture britannique traîne indéfiniment et devienne une épée de Damoclès sur l’ensemble des négociations, notamment pendant la phase des pourparlers commerciaux.
En attendant, les conclusions des Vingt-sept ont été adoptées en 90 secondes vendredi matin, les leaders parlant ensuite pendant un peu plus d’une heure des autres enjeux des négociations et commençant même à évoquer le futur partenariat commercial. Dans leur travail de 'scoping', les Européens devraient notamment commencer à regarder de plus près les documents britanniques produits sur le sujet.
Comme l’a confié une source européenne, l’objectif des 27 était, vendredi, de ne pas « rendre la vie de Theresa May plus compliquée » qu’elle ne l’est déjà. (Solenn Paulic avec la rédaction)