Le Conseil des Affaires étrangères a décidé, lundi 17 juillet, de renforcer les sanctions de l’UE à l’encontre des passeurs en Libye.
« L’UE a convenu d'instaurer des restrictions à l'exportation vers la Libye de certains produits susceptibles d'être utilisés pour faciliter le trafic de migrants et la traite des êtres humains, notamment les canots gonflables et les moteurs hors-bord », explique le Conseil dans ses conclusions. Selon lui, l'UE va examiner comment étendre au-delà de ses frontières la restriction frappant l'accès des passeurs et des trafiquants à ces produits. Désormais, les États membres de l'UE vont disposer d'une base juridique pour empêcher l'exportation ou la fourniture de ces produits en Libye, quand il y aura des motifs raisonnables pour croire qu'ils seront utilisés par les passeurs et les trafiquants d'êtres humains. Cependant, ces restrictions n’empêcheront pas l'exportation ou la vente de ces biens s’ils sont destinés à des utilisations légitimes par la population civile, par exemple, pour les pêcheurs.
De plus, dans leurs conclusions, les ministres annoncent que l’UE « est prête à examiner des possibilités d'étendre les mesures restrictives pour les passeurs et les trafiquants d'êtres humains ».
« L'UE poursuivra son action pour aider à améliorer la gestion des frontières tant maritimes que terrestres par les autorités libyennes », préviennent les ministres. Le Conseil a ainsi convenu d’étendre la mission de gestion des frontières EUBAM Libye jusqu’au 31 décembre 2018 et de lui attribuer la tâche de planification pour une possible mission civile de renforcement des capacités et d'assistance aux crises. Les ministres ont aussi annoncé qu’ils prendraient « sous peu » une décision concernant la prolongation de l’opération Sophia, qui lutte contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée et dont le mandat expire le 27 juillet. L’Italie n’a pas encore donné son accord au renouvellement de la mission, pour faire pression sur les autres États membres concernant la crise migratoire.
De son côté, le ministre belge Didier Reynders, tout en apportant son soutien à l'opération, a estimé qu’il fallait avoir une « attention plus importante envers les eaux territoriales » libyennes et qu’il fallait « réfléchir à une façon pour que Sophia joue son rôle dans les eaux territoriales ». Sophia n’a pas l’autorisation d'entrer dans les eaux territoriales. Interrogée sur ces propos, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a expliqué que les gardes-côtes libyens pouvaient travailler dans les eaux territoriales, l’important étant que le travail soit fait. Face aux nombreuses critiques auxquelles font face les gardes-côtes libyens concernant leur attitude envers les migrants, le Conseil salue, dans ses conclusions, la décision du Conseil européen de mettre en place un mécanisme de suivi destiné à évaluer l'efficacité des actions de formation des gardes-côtes, sans pour autant expliquer comment cela pourrait être fait.
Par ailleurs, les ministres réitèrent leur soutien à l’accord politique libyen et soulignent leur soutien au nouvel envoyé spécial pour la Libye, Ghassan Salamé, qu’ils devraient inviter lors d’une prochaine session du Conseil Affaires étrangères. « La Libye a assez de ressources – humaines, économiques, naturelles - pour trouver sa propre voie pour sortir de la crise politique », a aussi rappelé Mme Mogherini devant la presse. (Camille-Cerise Gessant)