*** VINCENT MARTINET : Un pacte pour réformer et refonder l’Union européenne. Fondation Jean Monnet pour l’Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél. : (41-21) 6922090 – fax : 6922095 – Courriel : secr@fjme.unil.ch – Internet : http://www.jean-monnet.ch ). Collection « « Débats et documents », n° 8. 2017, 54 p..
Evaluer une situation sans être directement concerné par elle offre un double avantage : celui de ne pas se voir accuser de défendre son point de vue de manière intéressée et, partant, celui de disposer d’une liberté de jugement absolue. C’est là tout l’intérêt des idées avancées dans cette publication de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe par un professeur à l’Université de Lausanne qui préside la Commission fédérale suisse de la concurrence. Ce juriste passionné par l’architecture des pouvoirs au sein d’un Etat ou d’une union d’Etats et la gouvernance multi-niveaux connaît fort bien l’Union européenne, mais ‘de l’extérieur’, ce qui rend d’autant plus intéressants – et moins suspects – les conseils qu’il prodigue.
En revêtant « la robe d’avocat de la construction européenne », Vincent Martinet sait que le dossier à charge est lourd : à tort ou à raison, le déficit démocratique, la « viabilité incertaine de la zone euro », la « trop grande austérité » imposée à ses pays membres et la manière dont l’Union relève le défi migratoire alimentent les critiques et ressentiments. Incapable d’y répondre de manière convaincante, « l’Union navigue à vue, voire va à vau-l’eau – image d’une macabre réalité méditerranéenne ». Le temps est donc venu de repenser l’Union et, mieux, de la refonder en partant d’un double constat : i) elle est déjà structurée en cercles concentriques, son noyau dur étant la zone euro ; ii) vouloir la refonder sans « surtout placer les citoyens et, collectivement, les peuples des Etats membres » en son cœur serait peine perdue, tant il est vrai que, désormais, « une Europe contre les peuples ou en marge de ceux-ci est irrémédiablement vouée à l’échec ». Le reconnaître implique de sortir des sentiers battus en commençant par susciter – enfin ! – un grand débat citoyen sur l’Europe à l’échelle de l’Union tout entière.
Pour y parvenir, l’auteur avance deux idées en apparence iconoclastes. La première est d’asseoir la refondation – qui ne peut être, selon lui, ni la table rase, ni la révolution – sur un nouveau traité fondamental, un texte bref et précis qui prendrait la forme d’un pacte, à savoir une « convention de caractère solennel ou d’importance particulière entre deux ou plusieurs parties » appelée à être scellée dans des « conditions de solennité particulières ». Et de préciser qu’elle devrait être signée par les chefs d’Etat et de gouvernement dans la capitale grecque, le « Pacte d’Athènes » renouvelant ainsi « la solidarité et la confiance des Etats membres de l’Union à l’égard de celui d’entre eux qui connaît une crise d’une rare intensité et dont les relations avec les institutions européennes ainsi que certains Etats membres ont subi des troubles très sérieux des dernières années ». Ce serait, en clair, en revenir à l’idée fondatrice de Monnet qui était non pas de coaliser les Etats mais d’unir les citoyens, ceux-ci étant assurés par le Pacte que toutes les décisions prises dans l’Union rénovée le seraient (enfin ?) dans leur intérêt.
La deuxième idée avancée pour susciter le débat serait que celui-ci soit ponctué par un « référendum européen » pour valider, ou non, le Pacte. Pour Vincent Martinet, « l’apport fondamental et inestimable d’un référendum européen » serait d’envoyer « un message fort selon lequel tous les peuples des Etats membres comptent et décident dorénavant » dans l’Union. L’argument traduit peut-être une inclinaison typiquement suisse, mais il est d’autant moins dénué de bon sens que l’auteur explique aussi, à raison, qu’une campagne référendaire de ce type permettrait aux dirigeants politiques partisans de la construction européenne de damer le pion aux populistes qui, dans l’actuel statu quo, tiennent le haut du pavé communicationnel. Avec bon sens, il précise encore que la question posée aux citoyens européens devrait impérativement être claire et concise : « Approuvez-vous le Pacte européen signé le {...} à Athènes ? » – sachant également que ce texte également devrait être compréhensible pour le commun des citoyens. Ses idées concernant « l’unanimité des peuples consultés, sous réserve d’un retrait de l’Union », requise pour que le Pacte entre en vigueur paraissent plus discutables, tout comme l’est son souhait que les citoyens des Etats membres soient également défendus aussi par le biais de leur parlement national. Il n’en demeure pas moins que tous les points abordés dans cet opuscule méritent l’attention, celle des dirigeants comme celle des citoyens ! Michel Theys
*** GILLES GRIN : Shaping Europe. The Path to European Integration according to Jean Monnet. Fondation Jean Monnet pour l’Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél. : (41-21) 6922090 – fax : 6922095 – Courriel : secr@fjme.unil.ch – Internet : http://www.jean-monnet.ch ). Collection « « Débats et documents », n° 7. 2017, 34 p..
Directeur de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Gilles Grin s’emploie, dans ce livret, à mieux cerner la philosophie qui a inspiré ce ‘père de l’Europe’ dans son action en faveur de l’intégration européenne. A cette fin, il a plongé dans les archives afin de le faire parler lui-même de sa vision de la souveraineté et du rôle de la loi ; des institutions et de l’importance, à ses yeux, d’identifier l’intérêt commun ; de la fédération comme objectif ultime du processus d’intégration; de l’identification progressive d’un chemin combinant intégration économique et union politique ; de la portée géographique de l’intégration de l’Europe ; de sa vision globale reliant le projet européen au reste du monde. Après voir souligné que le projet européen de Monnet était dès le départ éminemment politique, Gilles Grin observe notamment, dans ses conclusions, que sa croisade a surtout visé à « freiner les excès de souverainetés nationales intransigeantes » et que la « méthode communautaire » n’était rien d’autre qu’une « forme tempérée de fédéralisme tenant compte des réalités nationales ». Elle n’en tenait apparemment pas assez compte aux yeux de ceux qui, ces dernières années, ont systématiquement cherché à privilégier l’approche intergouvernementale... (MT)
*** MATHIAS DELORI : La réconciliation franco-allemande par la jeunesse. La généalogie, l’événement, l’histoire (1871-2015). Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (41 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : brussels@peterlang.com et order@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Géopolitique et résolution des conflits », n° 18. 2016, 280 p., 45 €, 36 £, 58,95 $. ISBN 978-2-87574-323-7.
Offrant une version abrégée et remaniée d’une thèse de doctorat, cet ouvrage procède d’une évidence et d’un constat. L’évidence, c’est que les gouvernements européens de la première moitié du XXème siècle ont rivalisé d’énergie et d’ingéniosité pour motiver les jeunes à faire la guerre. Avec un incontestable succès puisque, « de 1914 à 1918, les jeunes Français et Allemands se massacrèrent au rythme de 1000 personnes par jour ». Le constat, c’est celui de l’exception à la règle qu’a été le lancement, lors du traité de l’Elysée de 1963, d’une politique publique visant à faire se rencontrer un maximum de jeunes Français et Allemands.
Chercheur CNRS au Centre Emile Durkheim de Sciences Po Bordeaux, Mathias Delori s’interroge, dans ces pages, sur l’origine, le sens et les effets de cette politique de réconciliation par les rencontres de jeunes qui a été – et reste – mise en œuvre par l’Office franco-allemand pour la jeunesse. Il apporte aussi des réponses à la question de savoir pourquoi cette action publique vit le jour en 1963 et à l’échelle franco-allemande alors que la construction européenne était déjà bien engagée. S’appuyant sur deux matériaux de première main, à savoir des archives abondantes et pas moins de 75 entretiens avec des témoins, l’auteur fonde son travail sur la méthode généalogique développée par Michel Foucault afin de rendre compte de « l’histoire effective » et étudie tour à tour la genèse (de 1871 à 1963), la mise en œuvre (de 1963 à 1973) et la révision (depuis 1973) de cette politique de réconciliation par la jeunesse.
De la sorte, il montre notamment que, de 1871 à 1962, de nombreux acteurs ont contribué à faire de la jeunesse un objet d’action collective puis publique, mais avec des motivations parfois très différentes : « contrer la propagande nationaliste ou militariste en direction de la jeunesse, symboliser la ‘paix internationale’, motiver les jeunes à s’engager dans des structures militaires allemandes ou françaises, rééduquer les jeunes Allemands, signifier l’émergence d’une Allemagne (occidentale) nouvelle, etc. » Cette quête lui permet, au passage, d’envisager sous un jour nettement critique l’interprétation donnée de certaines situations et personnes dans l’historiographie traditionnelle des relations franco-allemandes. Il égratigne par exemple la figure du père jésuite Jean du Riveau, devenu « une sorte de personnage mythique » alors qu’il travailla toute la guerre dans les Chantiers de jeunesse de Vichy et resta « fidèle à ses engagements pétainistes jusqu’à la fin de sa vie ». L’auteur explique également pourquoi certains projets substantiels d’éducation des jeunes à la cause de l’Europe n’accédèrent jamais à l’agenda gouvernemental entre 1950 et 1954, même si deux « initiatives marginales » parvinrent à franchir le Rubicon, à savoir la révision des manuels scolaires et les rencontres internationales de jeunes. (MT)
*** GEORGIOS SOTIRELIS : Quelle gauche ? A la recherche de l'identité progressiste dans l’Europe de la crise. Editions Polis (33 Eolou Str., GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 – Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed.gr ). 2017, 168 p.,14 €. ISBN 978-960-435-544-0.
L'Europe a toujours été et reste encore, malgré l'émergence de nouvelles grandes puissances sur la scène internationale, non seulement l'avant-garde mais aussi la matrice des idées progressistes. Donc, en cette époque de crise, il est temps et même très urgent de remettre l’ouvrage sur le métier afin de forger la nouvelle identité progressiste du continent qui permettra de mettre à jour les principes et les valeurs marquant la culture juridique et politique européenne. Pour le Pr. Georgios Sotirelis (droit constitutionnel à la Faculté des sciences politiques et d'administration publique de l’Université d'Athènes, mais également avocat et dirigeant du département de recherche et d'études du Parlement grec), seule une nouvelle gauche – démocratique, pluraliste et révolutionnaire – pourra y parvenir. A ses yeux, seule une gauche respectueuse des meilleures traditions de la démocratie sociale, de l'eurocommunisme et de l'écologie politique sera à même de trouver des idées politiques à la hauteur des défis du temps présent, mais à la condition aussi qu’elle soit socialement sensible et ouverte aux nouvelles tendances qui apparaissent. Cette ‘nouvelle’ gauche peut être un rempart contre la menace de l'oligarchie des marchés et, parallèlement, développer des réponses qui permettent à l’humanité d’échapper aux griffes de la crise multiforme qui ne cesse de sévir. Pour le Pr. Sotirelis, dans la réalité très déprimante du « fondamentalisme du marché » et du « capitalisme sauvage », la libération véritable ne peut procéder que d’un message profondément humaniste porté par cette ‘nouvelle’ gauche au niveau national comme supranational. (AKa)
*** NIKOLAOS SEVASTAKIS : Les fantômes de notre temps. La gauche, la critique, la démocratie libérale. Editions Polis (33 Eolou Str., GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 – Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed.gr ). 2017, 136 p., 12 €. ISBN 978-960-435-541-9.
Cet ouvrage accueille des textes sur la démocratie et les conflits d'idées pendant les années de crise qui ont engendré, en Grèce, de la mélancolie européenne. La gauche, les impasses du radicalisme anti-mémorandum et les maux politiques dont souffre la Grèce d’aujourd'hui comptent parmi les sujets abordés par Nikolaos Sevastakis. Enseignant la philosophie politique et sociale depuis 1999, d'abord en sociologie à l'Université de l'Egée et puis, à partir de 2006, en tant que professeur associé au département de science politique de l’Université Aristote de Thessalonique, il combine dans ces pages l'analyse politique et la critique culturelle en ne cachant pas le fait que nous vivons une transition vers l'inconnu. Aux interprétations faciles de la crise, il oppose des réponses complexes aux problèmes spécifiques à la Grèce en termes de polarisation des idées et des orientations collectives. Il analyse les pièges liés aux exigences de moralité publique qui conduisent aux demandes de révision de la politique, ce qui l’amène aussi à réfléchir à leurs possibles accointances avec des dérives totalitaires qui ont parsemé le passé européen et qui prennent aussi la forme, de nos jours, du défi posé par l'islam radical dans toutes les sociétés européennes. Enfin, le philosophe aborde la culture de la crise en préconisant un processus de connaissance de soi, bien loin d’un recyclage de l'idéalisme national en mélancolie européenne dans la mer des problèmes mondiaux. (AKa)
*** PANAGIOTA ARNOU : La mondialisation, le néolibéralisme et la crise. Effets sur l'acquis démocratique. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 370p., 23,32 €. ISBN 978-960-02-3271-4.
La démocratie représentative moderne n’est ni le résultat d'une histoire linéaire, ni la résultante automatique du développement capitaliste. Elle est le fruit de revendications, de conflits et de luttes. Par conséquent, la démocratie représentative moderne doit être appréhendée comme un acquis social fragile, en tension permanente entre la préservation des gains démocratiques et la résistance aux tentations oligarchiques. Panagiota Arnou, professeur de sciences politiques et d’histoire à l’Université Panteion d’Athènes, consacre ce livre à ce combat sans fin. Son étude la voit revisiter Hegel, Marx, Habermas, Gramsci, Poulantzas, avant de les confronter aux dernières approches théoriques qui, développées entre autres par des penseurs tels qu’Agamben, Sasken, Bensaid ou Urbinati, conduisent à des conclusions complètement différentes. Avec la prévalence, depuis les années 1980, de de l'idéologie néolibérale, la démocratie représentative et ses instruments – les partis, les parlements, les élections... – affectent leur propre légitimité et nourrissent eux-mêmes leur contestation, sapant les acquis démocratiques et sociaux que sont par exemple l’État-providence ou les droits du travail. Le risque est, selon l’auteur, que les proportions de cette crise généralisée engendrent ‘naturellement’ des phénomènes autoritaires, ce qui ne serait rien d’autre qu’un suicide de l'État démocratique moderne... (AKa)