La sécurité, la stabilité et le développement durable de l’Afrique sont « de grandes priorités » pour des chefs d’État ou de gouvernement des sept pays parmi les plus riches de la planète, à en croire le communiqué final du G7 qui s’est achevé samedi 27 mai à Taormina (Sicile) au large des côtes africaines.
Mais le projet initial du président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, de faire adopter une déclaration séparée sur l’Afrique et la mobilité humaine, est tombé à l’eau, à la déception de ceux qui espéraient en un niveau d'ambition plus élevé, pour une véritable vision à moyen et long terme, des relations avec l'Afrique.
Dans le paragraphe sur l'Afrique, les dirigeants soulignent qu'une « Afrique stable représente un environnement stable pour les investissements » et prennent note du lancement prochain du plan d'investissement extérieur de l'UE (censé lever 44 milliards d'euros d'investissements en Afrique), comme de l'initiative pour un partenariat avec l'Afrique envisagée par le G20 sous présidence allemande en juillet. Ils soulignent l'importance de poursuivre les efforts pour étendre l'accès à l'énergie en Afrique et de soutenir l'Agenda 2063 de l'Union africaine, notamment pour offrir aux jeunes « un avenir prospère et sûr ». Tout cela aidera à réduire la pression migratoire, précisent-ils.
La nécessité d'une « action urgente » pour lutter contre l'insécurité alimentaire, notamment en Somalie et au Nigeria, est évoquée dans un paragraphe sur la sécurité alimentaire et la nutrition.
« En cette année d’attentes fortement réduites, le G7 a réussi à atteindre un nouveau plancher. La promesse initiale de ce sommet a été détruite par la posture de négociation négative de l’administration Trump et le manque évident d’ambition des autres dirigeants », se désole Friedrike Röder de l'ONG ONE. Et de faire observer que le niveau d'ambition ne se mesure pas à la mention, dans un communiqué, de quelques mots comme 'famine' ou 'développement durable'.
Elle déplore notamment l’absence d'accord sur des investissements réels pour lutter contre la famine et dit compter sur le prochain Sommet Afrique-UE (Abidjan, fin novembre 2017) sur l’emploi des jeunes (EUROPE 11789, 11788) pour montrer que « l’UE compte vraiment forger un nouveau partenariat avec le continent africain ».
Colère et déception. Pour le groupe S&D au Parlement européen, le G7 n’a pas traité efficacement les questions africaines. En mission au Nigeria, le président de ce groupe, Gianni Pittella (italien), et la vice-présidente de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE (instance politique de dialogue du partenariat entre les pays en développement d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et l’UE), Cecile Kyenge (S&D, italienne), ont exprimé, vendredi 29 mai « colère et déception ». Dans un communiqué conjoint, ils affirment : « Nous avons assisté à une vision égoïste et étroite qui a échoué à reconnaitre qu’investir en Afrique est essentiel pour l’avenir de l’Europe et pour nous tous ».
Gianni Pitella indique avoir « appelé les autorités nigérianes à finaliser l’accord sur les retours et la réadmission [des migrants illégaux en Europe] et à garantir un meilleur contrôle de leurs frontières », tout en invitant « la Commission européenne à faire pression sur les États membres pour ouvrir des canaux pour la migration légale en toute sécurité, en particulier pour les étudiants participant à des programmes d'éducation comme Erasmus Mundus ». (Aminata Niang)