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Bulletin Quotidien Europe N° 11776
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Turquie

Les députés européens appellent l’UE à repenser ses relations avec Ankara

Les députés européens ont souhaité, mercredi 26 avril lors d’un débat sur la Turquie, que l’Union européenne revoie ses relations avec la Turquie, en laissant de côté les négociations d’adhésion à l'UE et en mettant l’accent sur l’union douanière et le soutien à la société civile.

« La Turquie n’est pas prête pour adhérer, mais la rejeter n’est pas une solution », a résumé le Britannique CRE Syed Kamall, ajoutant qu’il fallait rechercher une nouvelle relation « qui nécessite un trésor de diplomatie, mais une relation plus honnête, basée sur la coopération et non plus sur l’objectif lointain de l’adhésion ». « Il faudrait bloquer la candidature (à l’adhésion) et envoyer un vrai soutien à la société civile, peut être en utilisant le levier de l’union douanière », a proposé pour sa part Fabio Massimo Castaldo (ELDD, italien).

Pour le leader du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, le président turc Recep Tayyip Erdoğan « ferme la porte à un partenariat avec l’UE ».  « La Turquie s’engage sur une voie erronée (...). Ce n’est plus réaliste de penser que la Turquie deviendra membre de l’UE. (…) Il faut arrêter cette chimère et mener une discussion de fonds », a-t-il estimé. Il a ainsi suggéré de « mettre un terme à la discussion sur l'adhésion et à s’engager dans un nouveau chapitre de coopération sectorielle », notamment dans la lutte contre le terrorisme ou l’union douanière.

Même son de cloche à l'ADLE. « Il est essentiel de s’engager dans une nouvelle coopération », a expliqué le Belge Guy Verhofstadt. Il a noté que les négociations étaient de facto gelées, alors que l’UE octroie chaque année des millions d’euros en fonds de pré-adhésion à Ankara (636,4 millions d'euros pour 2017). « Notre position serait de revoir les choses et pourquoi pas un nouvel accord d’association avec un chapitre économique, une union douanière même plus importante que celle actuellement envisagée », a détaillé M. Verhofstadt, précisant qu’il fallait, coté turc, une ouverture à la société civile.

Pour Kati Piri (S&D, néerlandaise), rapporteur du Parlement sur la Turquie, la coopération sectorielle ne devra pas se faire au détriment de la démocratie et des droits de l’homme. « Il faut utiliser le pouvoir économique de l’UE pour faire pression sur les réformes politiques dans le pays », a-t-elle estimé. Des milliers de personnes en Turquie partageant les valeurs de l’UE, il ne faut pas « laisser tomber la Turquie en tant que pays candidat une fois pour toutes », a-t-elle ajouté. L'Allemande Ska Keller, pour les Verts, a aussi insisté sur la nécessité de soutenir ceux qui s’opposent à M. Erdoğan. « L’UE doit employer tous les moyens pour aider la population : il y a un outil très important, l’union douanière. Il faut utiliser cet instrument et l’améliorer, mais pas maintenant, il faut attendre qu’il y ait une amélioration substantielle en termes de droit de l’homme », a-t-elle expliqué. Selon elle, cesser les négociations d’adhésion serait une méthode « rapide » mais cela ne signifie pas dire qu’elle soit « efficace ». Au nom de la GUE, l’Allemande Martina Michels a également demandé un plus grand soutien de l’UE à la société civile turque.

Le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a de nouveau mis en avant la nécessité d’un nouveau partenariat avec Ankara (EUROPE 11774). « Le moment est venu pour une discussion ouverte et amicale sur le futur de notre relation », a-t-il expliqué. Et d'ajouter : « Je voudrais que l’on garde la tête froide et que l’on conserve un format qui nous permettrait de travailler avec la Turquie dans les différents domaines d’intérêt commun, et cela nous donnerait la possibilité de faire avancer la démocratie et les droits fondamentaux ».

Pour le commissaire, la réunion informelle des Affaires étrangères à La Valette, vendredi 28 avril, à laquelle participera le chef de la diplomatie turque Mevlüt Çavuşoğlu, peut être une occasion de le faire (voir autre nouvelle).

Can Dündar appelle à soutenir la démocratie

Plus tôt dans la journée, au Comité économique et social européen, le journaliste turc Can Dündar a appelé l’Union à soutenir la démocratie en Turquie. « L'Europe peut avoir besoin de la Turquie, mais si elle attache encore une grande importance à la liberté de pensée et à la presse, elle devrait soutenir le peuple turc. L'Europe ne devrait pas abandonner ses valeurs dans l'intérêt des bénéfices ou des objectifs à court terme », avait-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant)

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