Les délégations présentes à la conférence sur la Syrie à Bruxelles, notamment la Russie et l’Iran, ont condamné, mercredi 5 avril, l’attaque chimique perpétrée la veille à Khan Cheikhoun, en Syrie. Selon un nouveau bilan, 72 personnes seraient décédées.
« La conférence a condamné l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement et Daech constatée par le mécanisme d’enquête conjoint de l’OIAC et des Nations Unies, ainsi que les attaques dont Khahn Cheikoun a été la cible. L’utilisation d’armes chimiques, par qui que ce soit et où que ce soit, doit cesser immédiatement », ont souligné les coprésidents (UE, ONU, Allemagne, Royaume-Uni, Qatar, Koweït et Norvège) dans leur déclaration commune, publiée à l’issue de la conférence. Les délégations ont, durant la réunion, observé une minute de silence en hommage aux victimes de l’attaque.
Lors de leur arrivée, les ministres des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, et britannique, Boris Johnson, ont ouvertement accusé le régime syrien d’être responsable de l’attaque. « Toutes les preuves que j'ai vues suggèrent que c'était le régime d'Assad (...) qui, en toute connaissance de cause, utilise des armes illégales dans une attaque barbare contre son propre peuple », a expliqué M. Johnson, souhaitant que les « coupables paient le prix ». En ouverture de session, il a ajouté qu’il était impossible, pour les délégations présentes à la conférence, d’ignorer « l’horrible attaque au gaz », tout en soulignant le paradoxe de la conférence où sont présentes des délégations qui soutiennent encore le régime.
« Moscou reconnaît qu’il y a eu des survols des avions syriens, qui sont par ailleurs des avions russes, qui ont tiré des missiles. Il n’y a pas de doute sur la responsabilité de Damas », a expliqué M. Ayrault. Selon la Russie, une frappe du régime avait touché un « entrepôt terroriste » d’armes chimiques. Le ministre français a qualifié l’attaque de « tragédie de plus », « d’illustration du drame syrien une nouvelle fois ».
Plusieurs délégations ont insisté sur la nécessité que les responsables de l’attaque soient identifiés et jugés. Ces « horribles évènements démontrent que des crimes de guerre ont lieu en Syrie et que le droit international humanitaire continue d'être violé fréquemment. (…) Nous avons demandé des responsabilités en ce qui concerne les crimes commis », a expliqué le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Condamnant « tous les actes de crimes de guerre », le conseiller fédéral suisse, Didier Burkhalter, a estimé qu’il était « important que la communauté internationale se mobilise et fasse tout ce qui est possible pour aller jusqu’à punir les coupables ». Selon lui, si des actes de ce genre continuent, c’est aussi dû au fait qu’il n’y a pas de condamnation. « Nous devrions tout faire pour amener les responsables devant une cour internationale, car c’est un des crimes de guerre les plus diaboliques que vous pouvez imaginer », a ajouté l’Allemand Sigmar Gabriel.
Depuis la Grèce, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé que le « meurtre indiscriminé d'enfants, de femmes et d'hommes avec des armes chimiques était un autre rappel tragique de la brutalité de ce conflit et du régime syrien. « Le régime syrien assume la responsabilité principale des atrocités. Mais tous ceux qui le soutiennent partagent la responsabilité morale et politique de la situation », a-t-il ajouté.
À New York, le Conseil de sécurité des Nations Unies devait se réunir d’urgence et discuter de l’adoption d’une résolution condamnant l’attaque. (Camille-Cerise Gessant)