Le Parlement européen a adopté, mercredi 5 avril à une très large majorité, ses lignes rouges en vue de la négociation avec le gouvernement britannique sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.
Par 516 voix contre 133 et 50 abstentions, les eurodéputés ont formulé la « première réaction politique » à la notification de l’article 50 du Traité par le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, le 29 mars, comme le négociateur de la Commission pour le 'Brexit' Michel Barnier l’a lui-même résumé mercredi matin lors d’un débat en plénière (EUROPE 11757).
La prochaine prise de position d'une instance politique européenne sera celle du Conseil européen à vingt-sept qui adoptera ses propres lignes directrices, samedi 29 avril (EUROPE 11759).
Le Parlement européen, qui devra donner son consentement formel à la fin du processus de négociation menant au 'Brexit', énonce une série de principes, principes largement expliqués la veille du vote par les leaders de cinq groupes politiques à l’origine de cette résolution (PPE, S&D, ADLE, GUE/NGL, Verts/ALE) (EUROPE 11761).
Les députés soulignent qu’il est « essentiel d’assurer un traitement juste et équitable des citoyens vivant au Royaume-Uni et des citoyens britanniques résidant dans l’UE ». Ils rappellent également que le Royaume-Uni demeure un membre de l’Union jusqu’à son départ officiel, ce qui implique des engagements financiers qui pourraient courir au-delà de la date de retrait, actuellement fixée à mars 2019.
La résolution parlementaire met en garde contre toute tentative de compromis entre la sécurité et l’avenir de la relation économique entre l’UE et le Royaume-Uni. Elle s’oppose également à toute forme de « choix à la carte » et à une relation économique fragmentée caractérisée par des accords sectoriels.
Pour des dispositions transitoires d'une durée maximale de 3 ans
Enfin, la résolution précise que des négociations sur des dispositifs transitoires ne pourront commencer qu’une fois que des « progrès tangibles » auront été réalisés dans les négociations sur l’accord de retrait. Ces dispositions ne pourront pas durer plus de trois ans, tandis qu’un accord sur un partenariat futur ne pourra être conclu qu’une fois le Royaume-Uni en-dehors de l’UE.
Lors du débat en amont de l'adoption de la résolution, le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, a loué l'attitude des Vingt-sept agissant en ce moment « à l’unisson ». « Plus on sera fort à vingt-sept, plus on sera fort dans la négociation », a-t-il estimé. Il a, par ailleurs, promis que l’UE ferait preuve d’une énergie renouvelée pour reconsolider son projet d'intégration.
Le négociateur en chef de l'UE sur le 'Brexit', Michel Barnier, a rappelé que l’objectif commun était de sceller un accord à l'amiable, le « 'no deal' » n'étant un scénario enviable pour aucune partie. Refusant de punir le Royaume-Uni, il a juste estimé que ce dernier devait respecter ses engagements en permettant de « solder les comptes, ni plus, ni moins, » avec l'UE.
Aux yeux du Britannique Nigel Farage, leader de l’ELDD et partisan du 'Brexit', cette 'facture' estimée à 60 milliards d’euros est le signe que les Européens sont « rancuniers ». Il a en outre comparé l’UE à une « mafia » qui rançonnerait ses membres.
Mais selon Guy Verhofstadt, le coordinateur du PE pour les négociations du 'Brexit', il est normal que la résolution adoptée soit ferme car le Parlement ne peut accepter qu’un pays tiers bénéficie d'un statut plus favorable que lorsqu'il était membre de l’Union européenne. Plus tôt, le Belge avait admis en session plénière que le mariage entre Londres et l’UE n’avait jamais été marqué par la passion. Mais il a prédit qu'à l'avenir un leader britannique issu d'une nouvelle génération ramènerait le Royaume-Uni au sein de l'UE. (Solenn Paulic)