Les importations de viandes du Brésil feront désormais l’objet non seulement de contrôles physiques pour 100% des cargaisons aux points d’entrée dans l’UE, mais aussi de contrôles microbiologiques ciblés sur un échantillonnage de 20% des cargaisons, a annoncé la Commission européenne, mercredi 29 mars dans la soirée (EUROPE 11757).
Les représentants des États membres et de la Commission européenne sont en effet parvenus, mercredi, à un consensus à ce sujet, au sein du comité permanent des plantes, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (comité PAFF). La réunion fut entièrement consacrée à la nécessaire harmonisation des contrôles officiels renforcés déjà en vigueur dans les États membres, comme l'avaient demandé les chefs vétérinaires des États membres, en réponse au scandale de la viande brésilienne avariée susceptible de se retrouver sur le marché européen (EUROPE 11757).
Si un cas de viande suspecte est détecté, l’État membre concerné sera tenu d’en informer immédiatement la Commission et les autres États membres via TRACE (Trade Control and Expert System) - système de certificats vétérinaires électroniques que doivent utiliser les opérateurs dans le cadre des échanges intracommunautaires d’animaux vivants et de certains produits d’origine animale, et via le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (le système RASFF) de l'UE.
Toutes les cargaisons suspectes seront soit retournées au Brésil, soit détruites. Ces mesures feront l’objet d’un réexamen régulier au sein du comité au vu des résultats de ces contrôles, des audits auxquels procéderont les services de la Commission avant la mi-mai et des assurances que donneront les autorités brésiliennes quant à la fiabilité et l’indépendance de leurs contrôles officiels – en réponse à l’exigence formulée par le commissaire européen à la Santé et la Sûreté alimentaire, Vytenis Andriukaitis, actuellement au Brésil.
À ce jour, aucun cas avéré de viande avariée du Brésil, qu’il s’agisse de volaille ou de viande bovine, n’a encore été détecté dans l’UE. Le volume de viandes brésiliennes importées dans l’UE, assez minime, peut l’expliquer. Les Pays-Bas sont le plus gros importateur (80% des importations), suivis par l’Espagne, l’Italie (30 000 tonnes en 2016) et, dans une moindre mesure, la France. Seule une cargaison, sommairement inspectée en Italie, a été réexpédiée au Brésil, par précaution.
En temps normal, toutes les cargaisons de viande et de produits à base de viande en provenance du Brésil sont systématiquement soumises à des contrôles vétérinaires aux postes d’inspection vétérinaire aux frontières (PIF), conformément à la directive 97/78/CE fixant les principes relatifs à l’organisation des contrôles pour les produits en provenance des pays tiers, rappelle la Commission.
Tout contrôle révélant la non-conformité avec les normes strictes en vigueur dans l'UE déclenche immédiatement une alerte automatique afin que toutes les cargaisons du même produit en provenance de la même usine au Brésil fassent l’objet de contrôles renforcés.
Étant donné que la Commission ne va pas harmoniser le contrôle de la viande brésilienne déjà sur le marché, la France a annoncé vouloir vérifier que la viande fraîche arrivée dans les commerces présente toutes les garanties de sécurité sanitaire pour les consommateurs. L’Italie va aussi réaliser des contrôles, tout comme la Slovaquie, pays important de transit.
Le commissaire Andriukaitis fera rapport au Conseil Agriculture de l'UE, lundi 3 avril à Luxembourg, de son entretien avec le ministre brésilien de l’Agriculture. Il répondra aussi, lundi soir à Strasbourg, à une question orale de l’eurodéputé Éric Andrieu (S&D, français), coordonnateur pour les questions agricoles et membre suppléant de la commission parlementaire du commerce, sur les pratiques frauduleuses dans le secteur brésilien de la viande, nécessitant, selon lui, un embargo européen sur toutes les viandes du Brésil. « À court terme, ces fraudes massives menacent directement la santé des consommateurs européens et, à moyen terme, elles risquent de se retourner contre l’ensemble de la filière, à commencer par nos propres producteurs ! », estime cet eurodéputé, circonspect face à la négociation d'un accord de libre-échange avec le Mercosur. (Aminata Niang avec Jan Kordys)